L'Australie du Sud, cette terre de près d'un million de kilomètres carrés possède un million et demi d'habitants, établis pour l'écrasante majorité sur la bande côtière du sud-est. Un pour cent de ceux-ci vivent pourtant à l'intérieur des terres dans un vaste désert que les Australiens appellent " l'Outback ". Cette terre des rêves brisés est un monde fascinant et cruel où plantes et animaux réinventent nuit après nuit les mille et une façons de capter les moindres gouttes d'humidité nécessaires à leur survie. Les pluies, rares et peu importantes, zèbrent le relief d'éphémères cours d'eau dont toute trace disparaît aussitôt le soleil levé dans un ciel azur. Mais quelques larmes célestes suffisent pour que la magie du désert opère, que la nature germe et s'épanouisse. Dans cet univers à la beauté austère et irréelle, des hommes et des femmes épris de liberté et d'espaces infinis ont choisi de s'établir. Pour ceux-là, il n'existe qu'une seule possibilité de subsistance, la vie pastorale. Souvent descendant des pionniers venus d'Angleterre ou d'Irlande, les éleveurs de vaches et de moutons occupent aujourd'hui une grande partie des territoires aborigènes d'autrefois. Leurs fermes appelées " stations " couvrent en moyenne 3 000 à 4 000 km², mais les plus grandes peuvent compter entre 10 000 et 12 000 km². Pour les familles qui règnent sur ces empires immenses, la vie s'écoule dans un isolement quasi total que ne rompt, une fois par semaine et pour quelques minutes seulement, le " facteur ".
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L'Australie du Sud, cette terre de près d'un million de kilomètres carrés possède un million et demi d'habitants, établis pour l'écrasante majorité sur la bande côtière du sud-est. Un pour cent de ceux-ci vivent pourtant à l'intérieur des terres dans un vaste désert que les Australiens appellent " l'Outback ". Cette terre des rêves brisés est un monde fascinant et cruel où plantes et animaux réinventent nuit après nuit les mille et une façons de capter les moindres gouttes d'humidité nécessaires à leur survie. Les pluies, rares et peu importantes, zèbrent le relief d'éphémères cours d'eau dont toute trace disparaît aussitôt le soleil levé dans un ciel azur. Mais quelques larmes célestes suffisent pour que la magie du désert opère, que la nature germe et s'épanouisse. Dans cet univers à la beauté austère et irréelle, des hommes et des femmes épris de liberté et d'espaces infinis ont choisi de s'établir. Pour ceux-là, il n'existe qu'une seule possibilité de subsistance, la vie pastorale. Souvent descendant des pionniers venus d'Angleterre ou d'Irlande, les éleveurs de vaches et de moutons occupent aujourd'hui une grande partie des territoires aborigènes d'autrefois. Leurs fermes appelées " stations " couvrent en moyenne 3 000 à 4 000 km², mais les plus grandes peuvent compter entre 10 000 et 12 000 km². Pour les familles qui règnent sur ces empires immenses, la vie s'écoule dans un isolement quasi total que ne rompt, une fois par semaine et pour quelques minutes seulement, le " facteur ".Aux portes de l'OutbackPort Augusta, une petite cité de 13 000 habitants se trouve située aux portes du désert. Un léger vent venu du large inonde les rues d'une odeur iodée. Il atténue la chaleur qui d'ordinaire ensert la ville. Samedi, 6 h 45. Le jour se lève paresseusement sur l'aéroport. Le hangar du Royal Flying Doctors Service, la plus ancienne des institutions australiennes qui fournit une assistance médicale aux gens de l'Outback, est clos et le tarmac, silencieux. Seule une faible lueur s'échappe du petit bâtiment de l'ASA, la compagnie aérienne de South Australia. Phil, 36 ans, vient d'être affecté au Channel Run, il vole exceptionnellement avec Andrew, 30 ans, un aviateur confirmé qui assume habituellement seul la même extraordinaire routine. Ce week-end, coiffés de leur double casquette de " pilote facteur ", ils effectueront ensemble une tournée de 2 600 km. Tandis que Phil imprime le bulletin météo du week-end, Andrew évolue, afin de prévoir sa consommation de carburant, son courrier ainsi que le poids de son unique passager ! Bizarrement, à quelques minutes du décollage et excepté une grosse pile de quotidiens, ne se trouve embarqué que peu de courrier.En 12 minutes, le petit Rockwell Shrike Commander, nommé Alpha Charlie Zulu, atteint 12 000 pieds. Phil enclenche alors le pilotage automatique. Direction, plein nord. Notre vitesse tourne autour des 280 km/h. Il est 7 h 30 du matin mais déjà, la lumière est aveuglante. Andrew coince ses cartes de navigation sur la vitre droite pour se protéger du soleil. Nous survolons la partie nord des Flinders Ranges, une chaîne de montagnes qui s'étire sur 480 km. Quarante-cinq minutes seulement se sont écoulées et déjà on commence à mesurer l'immensité du paysage. La première escale est Leigh Creek. Il ne s'agit pas vraiment d'une ville, mais plutôt d'une mine de charbon à ciel ouvert qui occupent 4 000 courageux travailleurs. La camionnette du facteur n'est pas au rendez-vous et les pilotes en profitent pour faire un premier plein d'essence. Puis l'homme arrive avec une marée de colis et d'enveloppes qui emplira chaque centimètre carré inoccupé de l'appareil.Au rythme des atterrissages" Flight watch ACZ, 're taxing to Moolawatana. Cancel SAR " (1). Le dialogue avec la base de contrôle achevé, Phil change sa fréquence radio pour prévenir Audrey Sheehan de leur arrivée. Elle et son mari sont propriétaires d'une " petite station " de 1 256 km2 où ils élèvent vaches et moutons. A notre atterrissage sur la piste de terre rouge, Audrey attend déjà devant son pick-up. Voyant le gros sac remplis de paquets et de lettres, un grand sourire s'affiche sur son visage. " Ha'ya, quelles nouvelles ? " lance Phil. " Salut les gars, en forme ? Désolée pas le temps pour la causette, j'ai l'feu sous mes marmites et 'suis seule au bercail ! " répond-elle en redémarrant presque aussitôt dans un nuage de poussière. Andrew, qui n'avait pas arrêté ses moteurs, redécolle. Inutile de scruter l'horizon : les premières habitations sont à plus de 12 km ! Le temps d'un saut de puce, le scénario se répète 30 minutes plus tard à Merty Merty, une propriété de 4 403 km2 que possède la famille Rieck. Les parents, leurs filles et deux hommes de main vivent là en vase clos avec quelques milliers de bovins... La matinée s'écoule ainsi au rythme des décollages et atterrissages, bercée par les noms aux sonorités exotiques de nos escales perdues aux confins de l'Australie du Sud.Le soleil est à la verticale lorsque l'Aéro Commander franchit la frontière de l'Etat du Queensland pour se poser juste derrière, à Birdsville. Nous y faisons un plein et mangeons dans l'unique hôtel, le coeur d'une localité de cent âmes à peine. Connue pourtant dans tout le pays pour ses courses de chevaux, plus de 4 000 personnes débarquent ici une fois l'an, le premier week-end de septembre. Pour l'heure, la place est plutôt calme. Au comptoir, un ringer (2) sirote en silence son pot de XXXX, la bière du pays. Des cuisines, on entend Jack chanter " Waltzing Mathilda ", l'hymne des gens de l'Outback. A notre arrivée, il accourt, trop heureux de nous tenir compagnie. L'été (de décembre à avril) est ici très humide et les inondations isolent encore davantage certaines régions. Phil et Andrew sont forcés de faire l'impasse sur certaines escales de l'après-midi où il est impossible d'atterrir. Le ciel est chargé et pour éviter les turbulences, nous montons jusqu'à 10 000 pieds, la limite de pressurisation. Peu avant la tombée de la nuit, nous atteignons Boulia sur les rives de la rivière Bourke. Une bien étrange petite ville de 300 habitants où tous travaillent pour le même employeur, le Council, responsable de la réfection des routes. Hormis sa course de chameaux annuelle, Boulia pourrait sembler insignifiante si elle n'était le lieu des Min Min Lights, un phénomène lumineux inexpliqué qui poursuit hommes et voitures et sur lequel les tribus aborigènes relatent de nombreuses légendes. Le lendemain, le retour vers le sud réserve de nouvelles surprises. Du hublot, les yeux rivés sur de fins rubans d'eau, le coeur s'emballe pour ces magnifiques paysages abstraits teintés d'or, de vert tendre, d'ocre et de violet. Les stations desservies ne cessent de grandir, comme celle de Clifton Hills qui borde le désert de Simpson sur 20 720 km2. Un tonneau de fer blanc portant l'inscription Mail et un vieux frigo rouillé rempli de courrier à enlever seront, pour le reste de la journée, les seuls à nous accueillir. Mais partout se lisent de minuscules traces de vie et d'harmonie qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire.2002, année de l'OutbackLes manifestations du 1er juillet au 30 septembre 2002 : " Outback to Adelaide Bushwalk" Participez à la plus longue balade au monde sur l'Heysen Trail, du nom d'un immigrant et peintre allemand et aujourd'hui, le sentier favori des amoureux du bush. Plus de 2 000 km qui traversent notamment les Flinders Ranges pour rejoindre la pointe sud de la Péninsule Fleurie. Du 12 au 20 octobre 2002, " Tastes of the Outback " : gourmets et amateurs de vins vont adorer ce festival des vins et de la nourriture. Les chefs les plus célèbres d'Australie seront au rendez-vous Les épicuriens auront la chance d'y goûter de délicieuses préparations de poissons et de fruits de mer fraîchement pêchés mais aussi de viandes de kangourou et de crocodile. Les " Tastes of the Outback " se dérouleront en divers lieux des Flinders Ranges comme Melrose, Hawker, Wilpena Pound, Parachilna, Leigh Creek et Iga Warta.(1) SAR : Search and Rescue, littéralement Cherche et Secours, code de navigation aérienne avertissant la base de la présence d'un avion dans les airs. (2) Ringer : l'équivalent australien du cow-boy américain.Reportage : Sophie Dauwe