Né au début des années 1970, la world food s'est développée simultanément des deux côtés de l'océan Pacifique, entre Melbourne et la Californie, où les différentes communautés d'immigrés ont pris soin de préserver leur patrimoine gastronomique. Ce n'est que par une voie détournée, Londres, que ce courant alimentaire a pris de l'ampleur et a frappé aux portes de l'Europe. Qui mieux que la capitale du Commonwealth, avec ses viandes bouillies et ses mets aux arômes de menthe, pouvait accueillir sans broncher ce nouvel élan culinaire ? C'est là que, dans les années 1990, le phénomène s'est amplifié, a accédé à une reconnaissance et, aussi, s'est industrialisé. Certains critiques allant même, à l'époque, jusqu'à parler de révolution copernicienne de l'alimentation, dans la mesure où la Grande-Bretagne damait enfin le pion à la France quant à l'élaboration des nouvelles lois de la gastronomie.
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Né au début des années 1970, la world food s'est développée simultanément des deux côtés de l'océan Pacifique, entre Melbourne et la Californie, où les différentes communautés d'immigrés ont pris soin de préserver leur patrimoine gastronomique. Ce n'est que par une voie détournée, Londres, que ce courant alimentaire a pris de l'ampleur et a frappé aux portes de l'Europe. Qui mieux que la capitale du Commonwealth, avec ses viandes bouillies et ses mets aux arômes de menthe, pouvait accueillir sans broncher ce nouvel élan culinaire ? C'est là que, dans les années 1990, le phénomène s'est amplifié, a accédé à une reconnaissance et, aussi, s'est industrialisé. Certains critiques allant même, à l'époque, jusqu'à parler de révolution copernicienne de l'alimentation, dans la mesure où la Grande-Bretagne damait enfin le pion à la France quant à l'élaboration des nouvelles lois de la gastronomie. Aujourd'hui, l'avis de tempête est passé. Le phénomène a été " digéré " et relativisé. Après tout, il n'y a rien de foncièrement nouveau dans ces échanges et dans cette tendance des denrées à se mondialiser. Si l'on met les choses en perspective, on se rend compte que chaque cuisine se nourrit depuis toujours des influences étrangères. Même la sacro-sainte cuisine française n'y déroge pas. Le cassoulet, censé être typiquement hexagonal, ne serait rien sans les haricots du Pérou. Idem pour la bouillabaisse qui doit beaucoup au safran venu des Indes. Si elle continue de refaire recette, la world food a gagné en qualité. Plus question de faire prendre des vessies pour des lanternes à un public averti qui voyage et devient, par conséquent, de plus en plus exigeant. Les sushis, les pizzas - à moins qu'elles déclinent une garniture inattendue - passent actuellement pour de la world food basique. Ce sont, dès lors, les terroirs et les produits authentiques - façon jambon Pata Negra ou b£uf japonais Wagyu - qui montent en puissance. Elle relève de ces bonnes adresses qui mériteraient davantage de reconnaissance... En dialecte italien du nord, " caneva " signifie " cantine ". Une appellation adaptée pour un endroit qui vous restaure en toute simplicité. Situé sur un des coins de la rue des Grands Carmes, ce restaurant offre un décor sympa, un peu canaille, sur lequel s'ouvrent de larges baies vitrées. Ruggero et Luca, les deux associés venus de Trévise, sont de vrais passionnés qui ont décidé de dédier leur caneva à la cuisine vénitienne. Ensemble, ils mitonnent des plats généreux et raffinés tels qu'on peut les savourer là-bas. Il faut sans hésiter goûter l'osso-buco qui passe aux yeux de beaucoup d'amateurs pour l'un des meilleurs de Bruxelles. L'autre bon plan consiste à faire sortir les patrons de la carte. Les deux compères, en effet, ne résistent pas aux plaisirs du " hors piste ". Ils préparent alors des perles ne figurant pas au programme des réjouissances, telles d'excellentes pâtes " al'amatriciana ". Quitter les sentiers balisés est une sensation grisante... La Caneva, 9, rue des Grands Carmes, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 512 34 47. Le Notos, ouvert par Constantin Erinkoglou dans un ancien garage évoquant un loft, redore le blason de la cuisine grecque. De l'aveu des connaisseurs, il n'existe que deux autres restaurants du même type dans le monde : le Milos à New York et The Real Greek à Londres. Autodidacte, Constantin Erinkoglou a puisé son inspiration dans la cuisine familiale et dans la grande variété des produits du terroir grec. Ses trouvailles au carrefour de l'Orient et de l'Occident confinent au zen : fondant d'aubergine à la mousse d'amande, salade de lentilles à la sauce citronnée coulis de poivron et gingembre pour donner le ton. Son extrême rigueur culinaire s'attache à restaurer les saveurs au plus près de leur " vérité nue ". Ses compositions relèvent d'une alchimie précise qui s'effectue à coups de " doses homéopathiques ". Inutile de chercher ces mets ailleurs, ils sont issus de l'arrière-pays gourmand du chef. Côté crus, Notos promène les palais sans a priori à travers toute la Grèce vinicole. L'addition tourne autour des 50 euros le couvert. Notos, 154, rue de Livourne, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 513 29 59. Le comocomo, bar à tapas nouvelle vague, va comme un gant à la rue Antoine Dansaert. Il n'y avait pas de meilleur écrin que cette rue ultrafashion du dowtown bruxellois pour accueillir ce concept inédit croisant terroir basque et fast food. Sous-titré " Use your fingers " - " utilisez vos doigts " - le comocomo est dédié aux pintxos - prononcer " pinchos " - du nom de ces gourmandises basques à base de pain, de poissons, de viandes et de légumes. La carte a ses musts dont un très bon pintxos " pimiento del piquillo ", soit du pain garni d'un poivron rouge espagnol, fourré au fromage de chèvre. Sebastian Sanchez-Peña, le maître des lieux, a directement importé la formule des bars branchés de Madrid et de Barcelone. Non sans ajouter plusieurs touches personnelles de taille : une déco contemporaine basée sur le béton brut et les tuyauteries apparentes, un tapis roulant inspiré des bars à sushis londoniens et, surtout, une sélection de vins espagnols à découvrir, une fois par mois, lors de dégustations thématiques. On se régale ici en dessous de 20 euros. comocomo, 19, rue Antoine Dansaert, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 503 03 30. Internet : www.comocomo.beLa porte d'entrée poussée, les antipasti posés sur le comptoir mettent illico en appétit. Les yeux se tournent vers le petit tableau noir qui reprend dans un style très bonne franquette les suggestions du jour à ne surtout pas ignorer. Le chef, Damiano, compose parfaitement avec les saisons, ses humeurs et, paraît-il, les phases de la lune. On n'en doute pas lorsqu'on laisse fondre sur la langue le divin risotto aux champignons. Le décor est parfait, populaire dans le bon sens du terme : un vert très glace pistache de l'enfance tapisse les murs à la façon d'une trattoria romaine. Les nappes en papier, les couverts et les verres simples composent la plus franche des mises en scène gourmandes. L'addition, elle, s'en tient sagement à 30 euros par personne. Sale Pepe Rosmarino, 98, rue Berckmans, à 1060 Bruxelles. Tél. : 02 538 90 63. Ce restaurant affiche un décor sobre et contemporain en hommage aux femmes des Asturies. Et dans cette belle mise en scène, dominent le noir, le rouge, l'ardoise et le bois. Javier Sanchez, le propriétaire, a tout compris. Notamment qu'un restaurant, c'est comme une guitare : il faut que les six cordes soient au diapason pour faire naître une belle harmonie. Du service très pro à l'assiette, en passant par la carte des vins, tout concourt au bonheur gourmand d'une vraie cuisine de terroir généreuse et franche. En entrée, mention pour la tomate farcie de calamars et pancetta ibérique, risotto de riz noir (14 euros). Superbe ! En plat, le merlu accompagne de petits pois et de chipirons (23 euros) est du même niveau. L'addition, elle, tourne aux alentours des 60 euros par personne. Les Asturies ? Une " carte " mariant viandes séchées, fromages, cidre, poissons, légumes et fruits de mer. Un régal auquel le patron a eu le bon goût d'associer une belle sélection de vins ibériques. Les Asturiennes, 36-38, rue Saint-Laurent, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 218 84 54. Aux commandes : Anthony Coopmans, un jeune Belge parti sept ans en Italie se former aux arcanes de la pizza romaine. Pâte croquante comme il le faut et ingrédients savoureux, on est conquis dès la première bouchée. De plus, le chef a eu la bonne idée de proposer ses délices " al taglio ", comprendre " à la coupe " (entre 4,18 euros et 5,25 euros les 250 grammes). Une formule qui permet de varier les plaisirs. Ici, les pizzas sont servies au comptoir sous forme de grands rectangles. On peut ainsi s'offrir un festival de goûts sous forme de " pizza-tapas ". Les recettes ? Variées et inhabituelles : tomates cerises, courgette fromage alpin, cèpes saucisson, pomme de terre truffe, jambon truffe, potiron lardon... Mamma Roma propose aussi une série d'antipasti à volonté (en self-service, formule à 8,50 ou 10,50 euros). Huile bien dosée, légumes fondants, olives... Un délice aussi, le pain servi en accompagnement. Côté cadre, l'esprit est celui d'un snack. On aime l'esprit de néo-cantine avec ses tables hautes et aussi ses références au film... " Mamma Roma " de Pasolini. Mamma Roma, 5, chaussée de Vleurgat, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 640 42 80. Un snack casher au fond d'une galerie commerciale... Ouvert tout récemment, Pil Pel - un nom qui signifie " poivre " et " piment " en hébreu - vaut le détour. Snack " Casher Lamehadrin ", placé sous le contrôle du Beth Din de Bruxelles, l'endroit se présente comme un cube bien mis en scène mais plutôt froid quant à sa décoration. Raison pour laquelle on préférera aller y grignoter un morceau le midi : on y déjeune en dessous de 15 euros. Les mets généreux contrastent avec le minimalisme du décor. L'Orient déploie ses fastes en version déjeuner : caviar d'aubergines, lamelles de chou, poivrons à l'huile, hoummos, tahina... C'est tout le sud de la Méditerranée qui s'invite à la table. Toutes ces spécialités sont présentées dans de petites coupelles et accompagnées d'un très bon pain pita. Au menu également : des grillades, des pitas et des poulets rôtis. Détail important : il faut aimer l'ail qui n'est pas servi ici à la petite cuillère. Pil Pel mérite aussi un crochet pour le petit shop attenant. On y trouve une série impressionnante de produits venus d'Israël, de vins casher et de curiosités peu connues sous nos latitudes. On déjeune pour moins de 15 euros. Pil Pel Eat & Shop (Shopping De Fré), 82, avenue De Fré, à 1180 Bruxelles. Tél. : 02 374 53 00. Une ancienne boulangerie abrite cette cantine italienne aménagée avec goût et joliment émaillée de touches déco. Des lampes suédoises des années 1950 ajoutent une note finement design à l'atmosphère vieux commerce de bouche du lieu. Du coup, c'est un public mixte qui fréquente l'endroit : Marolliens pure souche et gourmands trendy. On notera aussi le jeu des photos ornant les murs : le padre dans la vitrine et les seconds rôles du cinéma italien dans la pièce " vert étrange " du fond. La cuisine, elle, est franche du collier avec une carte courte et maîtrisée : une croquante assiette d'antipasti, des pizzas inspirées, des plats de pâtes qui ne déçoivent pas - surtout les délicieux raviolis à l'huile de truffe. Le tout en pleine transparence car, à Easy Tempo, on travaille en live. Le service sympa, en tchatche toute méridionale, est assuré par une équipe à l'appellation d'origine contrôlée. Le détail irrésistible ? Les couvre-chefs de pizzaiolo des patrons. L'addition tourne autour de 25 euros le couvert. Easy Tempo, 146, rue Haute, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 513 54 40. Dans cet espace exigu - deux anciennes places de parking -, le maître, après Bacchus, c'est Enzo. Il fixe seul les règles du jeu gourmand. La " couleur " du lieu invite à la convivialité : deux tables d'hôtes, où l'on se sert littéralement les coudes, et quelques sièges devant le comptoir de l'officiant. Vincenzo Marino a grandi dans les vignes napolitaines de son grand-père. Il ne les a quittées qu'à regret et avec un attachement indéfectible pour les crus de son pays. Vini Divini relève plus de " l'expérience " que du restaurant. Pas de carte, pas de suggestions, pas de tarifs, juste un menu du jour. On choisit entre deux entrées et deux plats... Pour le reste, on s'en remet aux humeurs et à l'inspiration d'Enzo. Il faut le voir, derrière son comptoir, £uvrer comme un DJ de l'huile d'olive et du vinaigre balsamique. Avec un réchaud en guise de platine, il compose des harmonies qu'il arrose généreusement de gros sel et de tours de poivrier. Il aime réveiller les papilles qui somnolent. A la manière d'un bénédictin du terroir, il sélectionne soigneusement ses fournisseurs, que ce soit pour une mozzarella pleine de goût - la chose est assez rare pour être mentionnée - ou pour une coppa digne de ce nom. Le tout sans façon, la poêle se dépose sans complexe au milieu de la table. Vini Divini, 28, rue du Berger, à 1050 Bruxelles. Tél. : 0477 26 14 87. Le décor est magnifique et prend place, comme son nom l'indique, dans un bâtiment Art nouveau qui était autrefois un commerce dédié au poisson. Une belle fresque à l'inspiration marine et de grandes vitrines lumineuses en témoignent elles aussi. Les luminaires, la cuisine ouverte, les bois, le bar, les assiettes assorties au carrelage, les chaises... toute une âme et pas la moindre fausse note stylistique à pointer. La carte s'affiche 100 % italienne au point d'en reprendre la structure des repas : " antipasti ", " primi piatti " et " secondi piatti ". Le tout ponctué de suggestions bienvenues pour un couvert très slow food apportant fraîcheur et chaleur à l'assiette surtout quand il s'agit de produits de la mer. L'addition flirte avec les 55 euros le couvert. L'Ancienne Poissonnerie, 65, rue du Trône, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 502 75 05. Fred Nicolay, le " shaker " de l'horeca bruxellois, a imaginé un lieu à cheval entre un petit palais des Mille et Une Nuits et un boudoir oriental. Le plafond déverse une série de lanternes marocaines tandis que les sièges offrent des coussins brodés et moelleux. Aux murs, des photos du Maghreb des années 1950 et des étagères exposant des produits de là-bas. C'est surtout le soir, lorsque l'endroit est éclairé à la bougie, que la Kasbah trouve tout son lustre. Au sous-sol, une pièce encore plus sombre déploie davantage d'intimité. La carte est sans surprise mais d'excellente facture : Yussef Ottman, le chef, affiche la régularité d'un métronome. Son talent s'exprime tout particulièrement à travers la tajine de mouton aux pruneaux et aux amendes. Compter 40 euros le couvert. La Kasbah, 20, rue Antoine Dansaert, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 502 40 26. Atmosphère gay friendly pour Kika, une cantine au cadre seventies logée dans deux pièces en enfilade. Papier peint psychédélique, luminaires et mobilier d'époque... Rien ne manque pour entretenir l'illusion, des cendriers aux deux grands aquariums en vitrine. L'esprit culinaire home made, signé Laurence Soetens, la maîtresse des lieux, rend hommage à la Méditerranée. Cette approche fraîche revisite les classiques à sa façon, comme en témoigne une lasagne fourrée de pain de viande et garnie d'asperges. En entrée, les antipasti régalent les gourmands, adeptes de fraîcheur. La carte est courte mais bien maîtrisée et douce au portefeuille : environ 25 euros le couvert. L'accueil est de ceux qui font chaud au c£ur. Un hic toutefois pour ceux qui sont sensibles à la fumée de cigarette : l'absence de ventilation. Kika, 177, boulevard Anspach, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 513 38 32. Internet : www.kikakitchen.be Dans le numéro du 16 juin prochain, Weekend* eating sera consacré aux tables de Wallonie en phase avec le goût du jour. Michel Verlinden