L'homme est à l'image de ses bâtiments. Droit, maîtrisé et sans détours. Lorsqu'il nous reçoit dans un salon privé du paquebot Flagey, avec vue panoramique sur la place ixelloise du même nom, il répond stoïquement aux questions. Il vient de donner une conférence au gratin du secteur immobilier belge à l'occasion du cycle Lunch with an Architect (lire l'encadré ci-dessous); son timing est serré, ses mots sont pesés. A peine le Londonien s'autorise-t-il un peu de second degré, avec un flegme typiquement anglais et une bonne dose de sarcasme destinée à ses compatriotes pro-Brexit. Et pourtant, à travers ce discours précis, on verra se dessiner, en filigrane, une personnalité humaniste. Et en fil rouge de notre dialogue, cette volonté farouche d'oeuvrer pour les utilisateurs d'un lieu, pour les gens, pour la communauté en général. Connu pour ses prestigieux projets culturels à Berlin - mais aussi aux Etats-Unis, avec son Saint Louis Art Museum (Missouri), ou en Asie où il a imaginé entre autres le cimetière Inagawa (près d'Osaka) -, David Chipperfield ne renonce pas pour autant aux constructions qui améliorent le quotidien. Ses interventions se veulent sculpturales et minimalistes, mais entendent également revaloriser les sites, sans les écraser. Comme dans le Neues Museum, fortement abîmé durant la guerre et dont il a pansé chaque plaie avec une minutie extrême, mêlant béton brut et techniques actuelles à une conservation rigoureuse de la patine du temps.
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