Il semblerait presque logique que cet intérieur soit accompagné d'une clause stipulant qu'aucune baleine n'a été maltraitée durant son élaboration, tellement les marches de cet escalier décorant le pied-à-terre d'un couple australo-britannique sont réalistes. "Lors de notre première rencontre, les origines de la propriétaire nous ont tout de suite amenés à discuter avec enthousiasme de la côte ouest de l'Australie", nous explique Luke Chandresinghe. Avec son épouse, il dirige le collectif de design et d'architecture Undercover, depuis Londres et la Provence. "Mon épouse et moi revenions tout juste d'un road trip dans cette région. A Byron Bay, j'avais été fasciné par les baleines." Plus précisément par le poids de la colonne vertébrale de ces mammifères géants. "Dans l'eau, ces vertèbres permettent à l'animal de se déplacer avec grâce. Mais sur la terre ferme, une baleine s'effondrerait sous la masse de son propre squelette. J'étais attiré par le défi qui consisterait à créer un escalier qui reflèterait ce paradoxe. Une pièce qui intriguerait ceux qui la voient. Comment de telles marches ne s'écroulent-elles pas?"
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Il semblerait presque logique que cet intérieur soit accompagné d'une clause stipulant qu'aucune baleine n'a été maltraitée durant son élaboration, tellement les marches de cet escalier décorant le pied-à-terre d'un couple australo-britannique sont réalistes. "Lors de notre première rencontre, les origines de la propriétaire nous ont tout de suite amenés à discuter avec enthousiasme de la côte ouest de l'Australie", nous explique Luke Chandresinghe. Avec son épouse, il dirige le collectif de design et d'architecture Undercover, depuis Londres et la Provence. "Mon épouse et moi revenions tout juste d'un road trip dans cette région. A Byron Bay, j'avais été fasciné par les baleines." Plus précisément par le poids de la colonne vertébrale de ces mammifères géants. "Dans l'eau, ces vertèbres permettent à l'animal de se déplacer avec grâce. Mais sur la terre ferme, une baleine s'effondrerait sous la masse de son propre squelette. J'étais attiré par le défi qui consisterait à créer un escalier qui reflèterait ce paradoxe. Une pièce qui intriguerait ceux qui la voient. Comment de telles marches ne s'écroulent-elles pas?" Il aura finalement fallu huit mois d'étude et de développement pour que les vertèbres en pierre calcaire de cet ouvrage hors-normes puissent être sculptées, et trois mois de plus pour que les tailleurs de pierre arrivent au résultat attendu. "Chaque marche est unique et incurvée de quelques degrés pour parfaitement s'intégrer dans la structure. C'était un puzzle extraordinaire, explique l'architecte. Les ingénieurs, comme les artisans et moi-même voulions avoir l'idée la plus précise possible du résultat final avant de nous lancer dans les premiers essais." Les marches ont donc d'abord été conçues en 3D puis transformées en prototypes en papier qui ont servi de base aux sculpteurs. "C'est incroyable de voir, avec le recul, à quel point ils ont réussi à se rapprocher de la précision qu'un ordinateur peut offrir. Une perfection nécessaire. La moindre erreur pourrait mener à des fissures ou un effondrement. A chaque étape du projet, la confiance des clients envers l'équipe grandissait, mais le budget demandé également, jusqu'à être multiplié par trois par rapport au prix initial. "Personne n'aurait pu évaluer correctement le coût d'une construction aussi particulière. Heureusement, les clients avaient l'envie et les moyens de continuer l'aventure. Eux aussi nous ont poussés à dépasser nos limites", précise Luke. Lorsque les créateurs leur ont proposé une modification de la rampe d'escalier pour diminuer les frais, ils l'ont même refusée. Ils préféraient du bronze massif, plutôt qu'une imitation. "Ils se sont vite rendu compte que leur appartement allait accueillir un élément unique. Un escalier fonctionnel, mais aussi une oeuvre d'art. Une sculpture de pierre et de bronze d'une telle envergure, fabriquée par un artiste un peu plus connu, aurait très vite pu coûter jusqu'à dix fois plus cher. Si ça, ce n'est pas une bonne affaire!", s'exclame l'architecte. L'appartement donne sur Lennox Gardens, l'un des squares les plus chers du quartier de Knightsbridge, dans la capitale britannique. Les hautes maisons en briques rouges qui y sont implantées datent des années 1880. A l'extérieur, les façades regorgent de détails néogothiques. Auparavant, les intérieurs comportaient tous de hauts plafonds, de larges baies vitrées, des ornements en stuc et du parquet. Toutefois, le temps et les changements de propriétaires ont fait qu'il n'en reste presque rien. Ici, l'imposant escalier est entouré d'un intérieur classique qui rappelle l'âge d'or de l'époque d'érection du bâtiment. "Nous nous sommes plongés dans les archives du Royal Borough of Kensington and Chelsea et nous y avons trouvé de vieilles photos. Sur l'une d'entre elles, nous avons remarqué un plafond rempli d'élégantes moulures. Nous nous sommes alors inspirés de ce motif pour créer un patron en bois que le plafonneur a répété sur la surface du salon. Tout a été fait sur place." Côté objets, selon l'architecte, choisir des luminaires et du mobilier uniquement dans un catalogue n'est pas suffisant. Il s'est donc rendu un week-end au Salon du meuble de Milan en compagnie des propriétaires. "Notre team avait préparé ce séjour au détail près et avait déjà effectué une fine sélection. Ainsi, beaucoup des pièces que nous avions repérées se retrouvent aujourd'hui dans le logement. Comme les luminaires de Lindsey Adelman, par exemple." Leur passion partagée pour le travail du plasticien américain Donald Judd a ensuite mené la commanditaire et les concepteurs dans les carrières de Carrare, entre Milan et Florence. "Lorsque j'ai vu les créations de Donald Judd dans le désert, j'ai eu envie de les imiter. Mais en marbre, et dans une cuisine. J'aime sortir une oeuvre d'art de son contexte et l'adapter à un aménagement", souligne Luke. Le bloc de marbre massif qu'ils ont sélectionné a été taillé en panneaux, comptoir, portes et poignées. Le tout a été agencé afin de reproduire à l'infini les nervures du matériau. Là aussi, une longue période de développement et de recherche a été nécessaire afin d'éviter les fissures. "Je préférerais sauter dans le vide que repartir de zéro pour ce projet. Instagram a amplifié nos attentes. Une image doit correspondre à énormément de critères avant d'attirer l'attention quand nous scrollons frénétiquement. Avec cet appartement, je voulais créer un espace qui fasse réfléchir." Mission accomplie, sans aucun doute.