Il y a quelques mois, l'enseigne trendsetter anversoise Coccodrillo inaugurait sa nouvelle boutique, aménagée par l'architecte gantois Glenn Sestig. Et qu'ont choisi ces deux éminents représentants du lifestyle flamand pour habiller l'espace de 250 m2 ? Des sols aux plafonds, du béton.
...

Il y a quelques mois, l'enseigne trendsetter anversoise Coccodrillo inaugurait sa nouvelle boutique, aménagée par l'architecte gantois Glenn Sestig. Et qu'ont choisi ces deux éminents représentants du lifestyle flamand pour habiller l'espace de 250 m2 ? Des sols aux plafonds, du béton. On le sait prisé des chantres du cool et il a connu ses virtuoses, qui se sont employés à révéler sa noblesse : Le Corbusier l'a ainsi travaillé " comme Michelangelo le marbre " et le démiurge de Brasilia, Oscar Niemeyer, l'a utilisé pour épater la planète entière. Plus proche de nous, des visionnaires de la trempe du Belge Juliaan Lampens contribuèrent également à sa gloire... alors même qu'une coulée aux airs de déferlante s'abattait sur le XXe siècle. Et c'est sans doute là que le bât blesse. La formidable exploitation qu'en firent les génies de l'archi fut occultée par sa capacité à répondre aux défis démographiques de son temps - c'est encore le principal matériau de fabrication de deux habitations sur trois dans le monde. Durant longtemps, le béton fut du coup injustement réduit, dans l'imaginaire collectif, au rôle de complice de prédilection d'exactions urbanistiques : HLM, parkings ou bâti mégalomane évoquant la période soviétique.Au tournant du millénaire, pourtant, ce mal-aimé connaît enfin la reconnaissance d'un public qui le snobait un peu, séduit par les performances de cette " pierre liquide " résistante et naturelle, adaptée à la production locale, recyclable, peu énergivore et que l'on peut modeler au gré de ses envies. " On prend des cailloux, du sable, du ciment, un peu d'eau, on mélange, et voilà ", comme nous l'a résumé l'architecte Bruno Erpicum (lire par ailleurs). Un matériau simple au potentiel quasi illimité, qui offre ses richesses aux architectes, voire même aux designers, et donne corps à leur créativité. La preuve avec des expos, des objets, des livres... Et deux intérieurs qui mettent cette " matière grise " à l'honneur.