"Quand je me demande si un vêtement est sale ou non, c'est qu'il ne l'est pas. C'est une règle d'or : je ne mets rien au bac au seul prétexte qu'il a été porté et j'estime qu'il n'est pas nécessaire de changer de soutien-gorge chaque jour. J'accorde énormément d'importance à l'hygiène mais je ne suis pas une fanatique de la machine à laver. Et encore moins du sèche-linge. " Celle qui parle est Stella McCartney. Après s'être élevée contre la fourrure, le cuir et l'air pollué, la créatrice plaide désormais également pour cette écocause, s'inspirant des meilleurs tailleurs londoniens de Savile Row, auprès desquels elle a fait ses classes durant ses études de mode. " Nettoyer un costume sur mesure, cela ne se fait pas. On le laisse sécher, puis on le brosse, voilà tout ", assurait-elle dans la même interview accordée au quotidien britannique The Guardian.

Une alternative écologique aux flacons de lessive classiques., SDP
Une alternative écologique aux flacons de lessive classiques. © SDP

La Britannique est loin d'être la seule à avoir revu drastiquement cette tâche ménagère. Un véritable mouvement se fait jour pour dénoncer notre maniaquerie textile. Car tous ces lavages aggravent considérablement notre empreinte écologique. Sont pointés du doigt : le gaspillage d'eau et d'énergie, la dispersion de produits chimiques dans la nature... mais aussi l'usure prématurée de nos garde-robes nous poussant à toujours acheter plus. Selon une étude menée par le fournisseur Engie, les ménages belges lanceraient en moyenne quatre à cinq machines chaque semaine. Soit une consommation annuelle de 40 kg de produit de lessive, 14 m3 d'eau et 230 kwh d'électricité, pour une dépense de 250 euros ! Des chiffres qui traduisent bien notre dépendance à la sacro-sainte lessive.

En réalité, notre société est conditionnée culturellement à vouloir toujours laver plus blanc que blanc et à ne pas remettre de fringues déjà portées. Certes, les lessives parfumées embaument, mais étendre chemises, pantalons et pulls une heure en plein air a le même effet. Nous l'avons juste oublié. On peut aussi surgeler le tout pendant quelques heures. Les odeurs provenant des bactéries dues à la transpiration, un passage au freezer suffit à les anéantir.

Un nombre croissant d'articles portent par ailleurs une étiquette " dry clean only ". Et ce alors que l'on peut sans doute leur faire subir un passage en machine, à basse température, ou sur un programme délicat. Il faut savoir que les marques utilisent généralement cela pour se décharger de toute responsabilité en cas de détérioration. Une aberration quand on sait que le nettoyage à sec abîme terriblement les fibres et coûte très cher. Sans parler des produits chimiques utilisés pour enlever les taches, au détriment de la nature et probablement aussi de la santé humaine.

Mode d'emploi

Le Care Label Project s'est attaqué à cette question. Cette initiative est née de la réflexion de créateurs et de producteurs de mode, d'ONG et de fabricants d'électroménagers. Parmi les participants, on retrouve, entre autres, la Belge Doriane van Overeem (ex-La Cambre), Adidas, AEG et Woolmark. Ensemble, tous ces protagonistes ont mis au point de nouvelles instructions de nettoyage - les normes actuelles s'inspirent toujours de ce qui se faisait dans les années 50, avec un matériel beaucoup moins performant - et prévu un nouveau label " don't overwash " (ne sur-lessivez pas).

Dans la même veine, voici cinq ans, H&M avait déjà lancé sa propre campagne, accompagnée de conseils, pour une chasse aux taches plus éco-friendly, Clever Care. On y suggérait de laver son linge à plus basse température ou de privilégier le séchage à l'air libre. Le but derrière tout ça : prolonger le cycle de vie de nos dressings et limiter l'impact environnemental. La chaîne suédoise de fast fashion a même, à l'époque, organisé des pop-up H&M Take Care pour aider les clients à tirer le meilleur parti de leurs achats. Sous ce nom, on trouve encore en ligne une page compilant de courtes vidéos et plein d'astuces. Le site belge de la marque rassemble également des tips pour mieux prendre soin de sa garde-robe. On y lit ainsi que le lavage, le séchage en machine et le repassage représentent 36 % de l'impact écologique d'un vêtement. Bonne nouvelle, dès lors : une fois la pièce achetée, et même si elle n'est pas parfaitement green, il est encore possible de faire un geste pour la planète !

Rapiécer les vêtements plutôt que les jeter..., SDP
Rapiécer les vêtements plutôt que les jeter... © SDP

Reste qu'il est tout de même nécessaire de rafraîchir de temps à autre ces textiles. Mais là encore, cela peut se faire de manière réfléchie puisqu'en supermarché, on trouve de nombreuses alternatives écologiques aux flacons classiques. La marque néerlandaise Seepje, par exemple, fabrique du savon à base de pelures de fruits de l'Himalaya contenant des saponifiants naturels. Il existe aussi des billes d'argile contenues dans une boule que l'on met au milieu du tambour et qui restent efficaces pendant cent ou deux cents cycles. A cela s'ajoute la possibilité de fabriquer soi-même ses produits, pour réduire en plus le packaging, et donc les déchets.

Chemise magique

Plus pointus, certains entrepreneurs fabriquent désormais des vêtements qui ne nécessitent quasi plus de lavage, notamment parce qu'ils retiennent moins facilement les odeurs de transpiration. C'est le cas de l'Américain Mac Bishop qui a imaginé en 2013, alors qu'il avait juste 23 ans, le label Wool & Prince sur la base de sa propre expérience. " Je venais d'achever mes études et je travaillais au marketing chez Unilever. Bref, un environnement très corporate où il faut être impeccable, se souvient-il. Or il se trouve que je déteste les lessives, le repassage et le nettoyage à sec. Soit ça me prend trop de temps, soit ça me coûte trop cher... " C'est ainsi qu'est née l'idée de fabriquer une chemise à ne laver que trois fois par an !

SDP
© SDP

Le secret de cette innovation ne réside pas dans une technologie hypersophistiquée mais dans un matériau séculaire : la laine. " En fait, le produit existait déjà. Il fallait juste le " rebrander ". Il y a encore pas mal d'idées préconçues attachées à la laine : elle gratterait, serait coûteuse et difficile à entretenir. Conclusion : tout le monde porte des modèles en coton qui sentent rapidement mauvais et où les plis se voient. C'est pourquoi j'ai fait le choix de la laine mérinos, des moutons qui ont au centimètre carré dix fois plus de poils que d'autres. Et leur pelage est plus fin et plus doux. Quand on tisse cette matière première, on obtient un vêtement léger et respirant, chaud l'hiver et frais l'été. De plus, c'est un lainage qui ne retient pas les odeurs et est naturellement antibactérien. Il ne rétrécit pas et n'accroche pas les impuretés. Enfin, une telle pièce dure six fois plus longtemps que son équivalent en coton, grâce à la fibre plus résistante et qui se troue moins facilement ", détaille le précurseur.

© GETTY IMAGES

Outre des chemises, Wool & Prince propose également des sous-vêtements, des chaussettes, des blazers et des chinos. Il y a même une ligne Femme avec chemisiers et robes, pour l'instant disponibles uniquement en ligne aux Etats-Unis. Sur le webshop européen, la marque vend une petite sélection masculine. Seule manque à la collection une chemise blanche... " Nous avons déjà fait pas mal d'essais, avoue le concepteur. Mais nous ne sommes pas encore totalement satisfaits du résultat. La laine est écrue et elle ne prend pas bien les pigments blancs. Cela dit, nous ne renonçons pas. En janvier prochain, on devrait en lancer une... "

A l'aube d'une nouvelle année, voilà en tous cas un geste facile à mettre en place, et plutôt salvateur dans nos plannings surchargés, pour apporter sa contribution à la cause green.

© GETTY IMAGES
© GETTY IMAGES
"Quand je me demande si un vêtement est sale ou non, c'est qu'il ne l'est pas. C'est une règle d'or : je ne mets rien au bac au seul prétexte qu'il a été porté et j'estime qu'il n'est pas nécessaire de changer de soutien-gorge chaque jour. J'accorde énormément d'importance à l'hygiène mais je ne suis pas une fanatique de la machine à laver. Et encore moins du sèche-linge. " Celle qui parle est Stella McCartney. Après s'être élevée contre la fourrure, le cuir et l'air pollué, la créatrice plaide désormais également pour cette écocause, s'inspirant des meilleurs tailleurs londoniens de Savile Row, auprès desquels elle a fait ses classes durant ses études de mode. " Nettoyer un costume sur mesure, cela ne se fait pas. On le laisse sécher, puis on le brosse, voilà tout ", assurait-elle dans la même interview accordée au quotidien britannique The Guardian. La Britannique est loin d'être la seule à avoir revu drastiquement cette tâche ménagère. Un véritable mouvement se fait jour pour dénoncer notre maniaquerie textile. Car tous ces lavages aggravent considérablement notre empreinte écologique. Sont pointés du doigt : le gaspillage d'eau et d'énergie, la dispersion de produits chimiques dans la nature... mais aussi l'usure prématurée de nos garde-robes nous poussant à toujours acheter plus. Selon une étude menée par le fournisseur Engie, les ménages belges lanceraient en moyenne quatre à cinq machines chaque semaine. Soit une consommation annuelle de 40 kg de produit de lessive, 14 m3 d'eau et 230 kwh d'électricité, pour une dépense de 250 euros ! Des chiffres qui traduisent bien notre dépendance à la sacro-sainte lessive. En réalité, notre société est conditionnée culturellement à vouloir toujours laver plus blanc que blanc et à ne pas remettre de fringues déjà portées. Certes, les lessives parfumées embaument, mais étendre chemises, pantalons et pulls une heure en plein air a le même effet. Nous l'avons juste oublié. On peut aussi surgeler le tout pendant quelques heures. Les odeurs provenant des bactéries dues à la transpiration, un passage au freezer suffit à les anéantir. Un nombre croissant d'articles portent par ailleurs une étiquette " dry clean only ". Et ce alors que l'on peut sans doute leur faire subir un passage en machine, à basse température, ou sur un programme délicat. Il faut savoir que les marques utilisent généralement cela pour se décharger de toute responsabilité en cas de détérioration. Une aberration quand on sait que le nettoyage à sec abîme terriblement les fibres et coûte très cher. Sans parler des produits chimiques utilisés pour enlever les taches, au détriment de la nature et probablement aussi de la santé humaine. Le Care Label Project s'est attaqué à cette question. Cette initiative est née de la réflexion de créateurs et de producteurs de mode, d'ONG et de fabricants d'électroménagers. Parmi les participants, on retrouve, entre autres, la Belge Doriane van Overeem (ex-La Cambre), Adidas, AEG et Woolmark. Ensemble, tous ces protagonistes ont mis au point de nouvelles instructions de nettoyage - les normes actuelles s'inspirent toujours de ce qui se faisait dans les années 50, avec un matériel beaucoup moins performant - et prévu un nouveau label " don't overwash " (ne sur-lessivez pas). Dans la même veine, voici cinq ans, H&M avait déjà lancé sa propre campagne, accompagnée de conseils, pour une chasse aux taches plus éco-friendly, Clever Care. On y suggérait de laver son linge à plus basse température ou de privilégier le séchage à l'air libre. Le but derrière tout ça : prolonger le cycle de vie de nos dressings et limiter l'impact environnemental. La chaîne suédoise de fast fashion a même, à l'époque, organisé des pop-up H&M Take Care pour aider les clients à tirer le meilleur parti de leurs achats. Sous ce nom, on trouve encore en ligne une page compilant de courtes vidéos et plein d'astuces. Le site belge de la marque rassemble également des tips pour mieux prendre soin de sa garde-robe. On y lit ainsi que le lavage, le séchage en machine et le repassage représentent 36 % de l'impact écologique d'un vêtement. Bonne nouvelle, dès lors : une fois la pièce achetée, et même si elle n'est pas parfaitement green, il est encore possible de faire un geste pour la planète !Reste qu'il est tout de même nécessaire de rafraîchir de temps à autre ces textiles. Mais là encore, cela peut se faire de manière réfléchie puisqu'en supermarché, on trouve de nombreuses alternatives écologiques aux flacons classiques. La marque néerlandaise Seepje, par exemple, fabrique du savon à base de pelures de fruits de l'Himalaya contenant des saponifiants naturels. Il existe aussi des billes d'argile contenues dans une boule que l'on met au milieu du tambour et qui restent efficaces pendant cent ou deux cents cycles. A cela s'ajoute la possibilité de fabriquer soi-même ses produits, pour réduire en plus le packaging, et donc les déchets. Plus pointus, certains entrepreneurs fabriquent désormais des vêtements qui ne nécessitent quasi plus de lavage, notamment parce qu'ils retiennent moins facilement les odeurs de transpiration. C'est le cas de l'Américain Mac Bishop qui a imaginé en 2013, alors qu'il avait juste 23 ans, le label Wool & Prince sur la base de sa propre expérience. " Je venais d'achever mes études et je travaillais au marketing chez Unilever. Bref, un environnement très corporate où il faut être impeccable, se souvient-il. Or il se trouve que je déteste les lessives, le repassage et le nettoyage à sec. Soit ça me prend trop de temps, soit ça me coûte trop cher... " C'est ainsi qu'est née l'idée de fabriquer une chemise à ne laver que trois fois par an ! Le secret de cette innovation ne réside pas dans une technologie hypersophistiquée mais dans un matériau séculaire : la laine. " En fait, le produit existait déjà. Il fallait juste le " rebrander ". Il y a encore pas mal d'idées préconçues attachées à la laine : elle gratterait, serait coûteuse et difficile à entretenir. Conclusion : tout le monde porte des modèles en coton qui sentent rapidement mauvais et où les plis se voient. C'est pourquoi j'ai fait le choix de la laine mérinos, des moutons qui ont au centimètre carré dix fois plus de poils que d'autres. Et leur pelage est plus fin et plus doux. Quand on tisse cette matière première, on obtient un vêtement léger et respirant, chaud l'hiver et frais l'été. De plus, c'est un lainage qui ne retient pas les odeurs et est naturellement antibactérien. Il ne rétrécit pas et n'accroche pas les impuretés. Enfin, une telle pièce dure six fois plus longtemps que son équivalent en coton, grâce à la fibre plus résistante et qui se troue moins facilement ", détaille le précurseur. Outre des chemises, Wool & Prince propose également des sous-vêtements, des chaussettes, des blazers et des chinos. Il y a même une ligne Femme avec chemisiers et robes, pour l'instant disponibles uniquement en ligne aux Etats-Unis. Sur le webshop européen, la marque vend une petite sélection masculine. Seule manque à la collection une chemise blanche... " Nous avons déjà fait pas mal d'essais, avoue le concepteur. Mais nous ne sommes pas encore totalement satisfaits du résultat. La laine est écrue et elle ne prend pas bien les pigments blancs. Cela dit, nous ne renonçons pas. En janvier prochain, on devrait en lancer une... " A l'aube d'une nouvelle année, voilà en tous cas un geste facile à mettre en place, et plutôt salvateur dans nos plannings surchargés, pour apporter sa contribution à la cause green.