Laurence Leenaert avait l'intime conviction qu'elle ne ferait pas sa vie en Belgique. De là à s'installer au Maroc, il n'y a qu'un pas... franchi allègrement. Sur les conseils d'une amie, la jeune femme et sa soeur décident de s'offrir un séjour dans un très beau campement près de M'Hamid El Ghizlane, dernière oasis avant le Sahara. "Je venais d'interrompre ma formation au KASK (NDLR : haute école artistique, à Gand) pour me concentrer sur la création de sacs à main. Ce voyage dans le désert a été si marquant qu'à peine de retour en Belgique, je rappelais Bobo, le propriétaire de M'Hamid Camp, en lui demandant si je pouvais revenir avec ma machine à coudre. En échange, j'ai proposé de l'aider pour le planning et la communication." La Belge reste six mois sur place, pendant lesquels Bobo l'aide à se fournir en textiles et lui fait découvrir les plus belles facettes du pays. C'est la naissance d'une véritable amitié. Dès qu'elle a une heure à elle, Laurence s'attelle à sa machine à coudre, partageant ses créations sur les réseaux sociaux. "Instagram m'a rapidement permis de vendre des pièces et...

Laurence Leenaert avait l'intime conviction qu'elle ne ferait pas sa vie en Belgique. De là à s'installer au Maroc, il n'y a qu'un pas... franchi allègrement. Sur les conseils d'une amie, la jeune femme et sa soeur décident de s'offrir un séjour dans un très beau campement près de M'Hamid El Ghizlane, dernière oasis avant le Sahara. "Je venais d'interrompre ma formation au KASK (NDLR : haute école artistique, à Gand) pour me concentrer sur la création de sacs à main. Ce voyage dans le désert a été si marquant qu'à peine de retour en Belgique, je rappelais Bobo, le propriétaire de M'Hamid Camp, en lui demandant si je pouvais revenir avec ma machine à coudre. En échange, j'ai proposé de l'aider pour le planning et la communication." La Belge reste six mois sur place, pendant lesquels Bobo l'aide à se fournir en textiles et lui fait découvrir les plus belles facettes du pays. C'est la naissance d'une véritable amitié. Dès qu'elle a une heure à elle, Laurence s'attelle à sa machine à coudre, partageant ses créations sur les réseaux sociaux. "Instagram m'a rapidement permis de vendre des pièces et de réinjecter des fonds dans l'achat de tissus. Sans l'aide de ce réseau, je n'aurais jamais eu la même visibilité." A la fin de ces six mois, la demoiselle a une certitude: il faut qu'elle s'installe là-bas. Sans trop réfléchir, elle revend son appartement gantois, boucle 100 kg de bagages, et reprend un avion, direction le Maroc. Pour se mettre le pied à l'étrier, elle décroche un premier job: house-sitter le temps d'un été. "Cela m'a donné le temps de me familiariser avec la ville et de nouer quelques contacts professionnels. A mon arrivée, je ne connaissais littéralement personne. Au début, les artisans avaient un peu de mal à prendre au sérieux une jeune femme de 25 ans. Je voulais renouveler le regard sur les techniques et les matériaux marocains traditionnels. Mais aux yeux de tous, j'étais à la fois trop rapide et trop négligente, bref un peu chaotique." Persévérante, la Belge s'accroche. Et elle fait bien, car en l'espace de quelques années, les lignes graphiques, la beauté et l'originalité des créations signées LRNCE - tapis, céramiques et coussins - ont su séduire. A tel point qu'elle est désormais à la tête de son propre studio, à Sidi Ghanem, un quartier industriel de Marrakech. La petite manufacture fait vivre 5 employés et 35 artisans indépendants. "Au début, je travaillais chez moi, tout en recevant non-stop des amis de passage. Ma vie ressemblait à des vacances permanentes. Aujourd'hui, j'ai de nombreux collaborateurs et je me rends chaque matin au studio. L'après-midi, je visite des ateliers, je contrôle la production, je prends le temps de trouver l'inspiration... A Marrakech, les heures s'écoulent plus lentement qu'ailleurs. On jouit d'une qualité de vie incroyable et les mentalités sont tellement plus ouvertes! J'apprécie la bulle que je me suis créée là-bas." Laurence passe ses premières années dans un petit riad de la trépidante médina de Marrakech. L'endroit idéal pour vivre, coudre et développer ses réseaux. Voici environ dix-huit mois - à la demande de son compagnon, Ayoub Boualam, qui n'a pas hésité à quitter Paris pour prendre en charge le volet business de LRNCE -, la créatrice emménage à Gueliz, un quartier bohème branché, avec ses restaurants, ses bars et son fameux Musée Yves Saint Laurent. Le couple y loue une maison vieille de 200 ans, l'ancienne demeure de Malika El Assimi, une célèbre intellectuelle marocaine, poétesse, activiste et professeur. "Les maisons avec jardin sont très rares dans le coin. Pouvoir en louer une est une vraie chance: on ne voit jamais de pancarte pour des locations par ici." A l'exception des hauts plafonds et des sols en zelliges authentiques, l'habitation de Laurence et Ayoub est extrêmement simple, voire rudimentaire. La toile de fond rêvée pour les nombreux objets LRNCE: trouvailles dénichées aux souks et créations propres que la jeune femme fait réaliser par des artisans locaux. Notamment des vases en tadelakt - enduit naturel et hydrofuge à base de chaux - un lit de repos circulaire et une table d'appoint asymétrique. Rares sont les objets qu'elle n'a pas dessinés elle-même. "J'aime me dire que j'ai la liberté de concevoir ce que je veux, avec qui je veux. C'est le grand avantage qu'offre le fait de vivre et de travailler dans la Ville rouge. Pouvoir concrétiser ma vision de toute une série d'objets usuels, voilà ce qui me passionne. D'où le large choix que propose ma marque. Plus j'approfondis la création, plus j'en apprends sur la direction que j'ai envie de suivre en tant que designer. Et sur moi-même."