Il y a dix ans, Kenneth Ramaekers vivait dans un véritable loft Space Age. Décoré uniquement avec du mobilier vintage blanc et noir, signé entre autres par Vico Magistretti et Peter Ghyczy. "J'étais un puriste. Tous mes meubles devaient avoir été fabriqués entre 1962 et 1974", explique celui qui est aujourd'hui directeur marketing de Jansen the Building Company. En 2021, son oeil pour le design rare des années 60 et 70 n'a pas perdu de son efficacité, mais son nouvel appartement a pris des allures de livre de coloriage funky. Avec une chambre à coucher violette, un canapé Tufty-Time couleur pétrole et un plafond de salle de bains "Miami Pink".
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Il y a dix ans, Kenneth Ramaekers vivait dans un véritable loft Space Age. Décoré uniquement avec du mobilier vintage blanc et noir, signé entre autres par Vico Magistretti et Peter Ghyczy. "J'étais un puriste. Tous mes meubles devaient avoir été fabriqués entre 1962 et 1974", explique celui qui est aujourd'hui directeur marketing de Jansen the Building Company. En 2021, son oeil pour le design rare des années 60 et 70 n'a pas perdu de son efficacité, mais son nouvel appartement a pris des allures de livre de coloriage funky. Avec une chambre à coucher violette, un canapé Tufty-Time couleur pétrole et un plafond de salle de bains "Miami Pink". Le héros de Kenneth, Verner Panton (1926 - 1998), y est pour quelque chose. Panton, c'est le designer de meubles et architecte d'intérieur danois qui pensait qu'il fallait "taxer la couleur blanche". "Pour ses projets d'intérieur, il avait développé une palette psychédélique avec des nuances très spécifiques de violet, orange, rouge, vert et bleu, raconte Kenneth Ramaekers. Lorsque j'ai peint les murs de ma chambre à coucher dans huit teintes Panton, je visais bien sûr la perfection. Un collectionneur m'a mis en contact avec la fille de Panton, Carin, qui m'a aidé à trouver les bonnes couleurs. Elle conseille également Verpan, le label qui réalise des rééditions de ses créations." Dans la chambre à coucher, la Pantonmania continue. Au-dessus de son lit, Kenneth Ramaekers a suspendu une pièce de tissu encadrée intitulée Design Lips, que le designer danois a conçue pour Mira-X. A côté du lit se trouve une chaise Vilbert, aujourd'hui difficile à trouver, que Panton avait dessinée pour Ikea en 1993. "Je ne suis pas un grand amateur d'Ikea, mais pour Panton, j'ai fait une exception. Ce modèle de chaise a fait un flop, et il en existe donc peu d'exemplaires. Et cela fait bien sûr grimper les prix", justifie Kenneth Ramaekers, qui porte pour l'occasion une tenue Dries Van Noten. "Pour sa collection printemps-été 19, Dries Van Noten a utilisé des motifs et des couleurs empruntés à Verner Panton. J'ai immédiatement pensé: un modèle de chaque, en M, s'il vous plaît!"Cependant, la pièce maîtresse de la collection Panton ne se trouve pas dans le dressing de Kenneth, mais dans son séjour. Là, une Living Tower datant de 1969 sépare le salon du coin repas. "Vous pouvez vous asseoir, vous suspendre ou vous allonger de quatre manières différentes dans ce meuble organique. Je l'ai acheté d'occasion. Je n'ai pas pu choisir la couleur mais le rouge ne dénote pas dans la pièce." La Living Tower est peut-être la création Space Age la plus marquante, mais ce n'est pas la plus rare que possède le maître des lieux. Il s'agit de sa table à manger ABS (1969) d'Anna Castelli et Ignazio Gardella. "Achetée pour 500 euros sur eBay en 2002. Le modèle se trouve au musée Kartell et vaut aujourd'hui plusieurs fois ce prix", précise-t-il. Dans la chambre de sa fille se trouve une autre trouvaille de ce type: un bureau rare signé Vittorio Introini pour Saporiti datant de 1969. "Il n'en existe que 200. J'ai acheté celui-ci à Turnhout, à un homme qui le vendait sous le nom de "Panton"", se souvient-il. "On me demande parfois si on ne se lasse pas d'un intérieur aussi Space Age, poursuit-il. Mais ces pièces ont déjà suffisamment traversé l'Histoire pour devenir des classiques. Ça a été une période révolutionnaire dans le domaine du design et de la mode. J'attends toujours une collection de mode futuriste qui ait l'impact de ce que Paco Rabanne et Pierre Cardin ont imaginé à l'époque. On dirait que les griffes ne font que copier, répéter et recycler. J'attends un nouveau big bang fashion." Kenneth Ramaekers a commencé sa carrière en tant que photographe (de mode), mais entre 2008 et 2016, il a dirigé le musée de la Mode de Hasselt. Il y a organisé des expos avec Paul Smith, Axelle Red et Hannelore Knuts, entre autres. Et de ces divers accrochages, il a gardé des souvenirs... Ainsi, il a conservé un tirage du grand photographe Peter Lindbergh de son exposition Jazz Age. "J'étais à la recherche d'une image pour l'affiche et je suis tombé sur une photo emblématique de Jessica Stam, prise pour Vogue Italia dans le style des années 20. Peter Lindbergh a accepté de la réutiliser comme image de couverture et en a fait faire une impression à Paris. Je l'ai achetée par la suite." Le succès de son exposition sur Paul Smith lui a par ailleurs valu une amitié avec le créateur britannique. En regardant bien, on en trouve quelques traces: des vêtements bien sûr, mais aussi des maillots de cyclisme signés et une crédence en aluminium dans la cuisine, inspirée de l'architecture de la façade du magasin de Paul Smith sur Albemarle Street. "Et j'oublie de citer le travail de Kristjana S. Williams dans mon coin repas. J'ai découvert cette artiste islandaise dans l'espace d'expo de Paul Smith, au rez-de-chaussée de sa boutique londonienne, précise notre homme. Paul doit être l'homme le plus sympathique du monde de la mode. Il ne se considère pas comme supérieur. Ce n'est pas le cas de beaucoup de designers."