La sculptrice Ariele Alasko vit quelque part, au milieu des bois, avec son chien et son amoureux, sur la côte ouest des Etats-Unis. Son compte Instagram rassemble près de 400 000 followers. Chacune de ses ventes en ligne, fixées comme des rendez-vous, est un événement. Elle fabrique des armoires, des sculptures, des mobiles, des brosses... en érable ou en noyer, qui sont autant de prouesses techniques. Elle réussit même à créer des chaînes en bois ! Bien sûr, seule une poignée de ses fans peut s'offrir l'une de ses merveilles, mais elle nourrit l'inspiration de la communauté créative des quatre coins de la planète. Elle est l'une des pionnières du renouveau de l'ébénisterie, un genre balayé par la culture pop, les productions minimalistes des années 90 et le règne du contreplaqué.
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La sculptrice Ariele Alasko vit quelque part, au milieu des bois, avec son chien et son amoureux, sur la côte ouest des Etats-Unis. Son compte Instagram rassemble près de 400 000 followers. Chacune de ses ventes en ligne, fixées comme des rendez-vous, est un événement. Elle fabrique des armoires, des sculptures, des mobiles, des brosses... en érable ou en noyer, qui sont autant de prouesses techniques. Elle réussit même à créer des chaînes en bois ! Bien sûr, seule une poignée de ses fans peut s'offrir l'une de ses merveilles, mais elle nourrit l'inspiration de la communauté créative des quatre coins de la planète. Elle est l'une des pionnières du renouveau de l'ébénisterie, un genre balayé par la culture pop, les productions minimalistes des années 90 et le règne du contreplaqué.Mais désormais, dans les grandes villes notamment, l'objet taillé, gravé, poli acquiert de nouvelles lettres de noblesse. Les cuisines s'enrichissent de cuillères sculptées aux formes singulières et de planches en bois aux noeuds marqués. Les salons accueillent la pièce (meuble, vase ou oeuvre d'art) unique qui contribuera à leur donner une âme. Et les boutiques et galeries répondent à la demande en triant sur le volet les plus belles réalisations d'artisans et de designers. L'enseigne St. Vincents, à Anvers, accueille ainsi dans son espace les créations d'artistes ébénistes belges et étrangers. Henri Delbarre et Geraldine Jackman, les propriétaires de cette galerie-boutique dont la réputation dépasse nos frontières, préfèrent parler de choix : " Nous ne pensons pas en termes de tendances. Notre sélection s'inscrit dans un style de vie valorisant les objets authentiques qui survivent à l'épreuve du temps ", expliquent-ils. Lors de l'ouverture de leur espace en 2015, on n'y trouvait d'ailleurs que des pièces vintage et d'artisans. " Nous romantisons peut-être les choses, car nous connaissons le travail derrière ces objets, mais ces créations faites à la main avec patience et passion ont pour nous une beauté et une qualité incomparables avec celles de la production industrielle ", poursuivent-ils. Sont notamment passés par ici : Kaspar Hamacher (lire plus bas), Lukas Cober, Roos en Hinke, Edward Collinson... Des artisans dont les oeuvres aux formes brutalistes, organiques ou abstraites sont mises en scène avec un goût sûr qui fait de cette adresse l'un des points d'observation privilégiés de talents et de styles émergents en Europe. Par ailleurs, le style wabi-sabi (venu du Japon et valorisant la beauté passée des choses), popularisé en Occident par l'architecte d'intérieur et antiquaire Axel Vervoordt, a contribué à la renaissance de l'ébénisterie ces dernières années. Notamment à l'intérêt pour le bois brûlé travaillé de main de maître par quelques designers belges dont Arno Declercq, qui expose cet automne une collection inspirée de l'architecture et des arts anciens à la galerie Garde, à Los Angeles. Pièce manifeste d'un aménagement ou objet d'art, un meuble ou une sculpture en bois personnalise, rehausse ou réchauffe celui-ci. Pour son nouvel espace The Audo, à Copenhague, la marque Menu a ainsi commandé à l'architecte mué en ébéniste autodidacte Nicholas Shurey (lire plus bas) des tables basses qui tiennent également lieu de sièges et de sculptures fonctionnelles. Celles-ci répondent au besoin tactile de notre époque épinglé précédemment par la designer britannique Ilse Crawford, lors du lancement de sa collection Touch pour le label bosnien Zanat. Et à un intérêt pour les biens durables porté par une nouvelle génération de makers audacieux. " L'artisanat est devenu un mot un peu fourre-tout ces dernières années, mais je pense qu'on assiste actuellement à un retour aux objets bien pensés requérant des compétences pointues, note Nicholas Shurey. Cette notion va à contre-courant de la culture de consommation. J'espère que, compte tenu des menaces climatiques très réelles et de l'épuisement des ressources qui planent sur notre futur, la société pourra, du moins en partie, se tourner vers une économie artisanale ", conclut-il. Ces pièces durables, souvent de collection, issues d'une réflexion artistique, de plusieurs années de savoir-faire, d'un travail de longue haleine et de matières premières de qualité, sont le nouveau luxe de notre temps saturé d'images et d'infinies sollicitations.