Ce sont des jours d'émulation et de joie intenses. Du 25 au 29 avril, le Festival international de mode, de photographie et d'accessoires de mode à Hyères prend d'assaut, mais avec délicatesse, la villa Noailles. Depuis 1986, on en est à la 34e édition, la jeune création s'y donne rendez-vous. A l'invitation de Jean-Pierre Blanc, son fondateur, qui a su comment insuffler la vie à cet endroit résolument moderne, inspiré par le Bauhaus et le mouvement De Stijl et pensé par l'architecte Mallet Stevens en 1923 pour y abriter l'imaginaire vivant d'un couple de mécènes, Marie-Laure et Charles de Noailles.
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Ce sont des jours d'émulation et de joie intenses. Du 25 au 29 avril, le Festival international de mode, de photographie et d'accessoires de mode à Hyères prend d'assaut, mais avec délicatesse, la villa Noailles. Depuis 1986, on en est à la 34e édition, la jeune création s'y donne rendez-vous. A l'invitation de Jean-Pierre Blanc, son fondateur, qui a su comment insuffler la vie à cet endroit résolument moderne, inspiré par le Bauhaus et le mouvement De Stijl et pensé par l'architecte Mallet Stevens en 1923 pour y abriter l'imaginaire vivant d'un couple de mécènes, Marie-Laure et Charles de Noailles. Dans la catégorie mode, ils étaient dix créateurs venus de 9 pays différents à présenter leur collection au jury présidé par Natacha Ramsay-Levi, directrice artistique de Chloé, ravie d'être là, c'était une première pour elle, qui a tenu à couronner Christoph Rumpf avec le Grand Prix du jury Première Vision. Du haut de ses 25 ans, cet autrichien qui étudie à l'université des arts appliqués de Vienne conte l'histoire d'un petit garçon qui grandit seul dans la jungle, se battant pour survivre et découvrant peu à peu qu'il est un prince. Cela donne un vestiaire Homme de 7 silhouettes qui n'ont pas peur de la flamboyance. Il les a baptisées "Sans Titre", les joyaux de la couronne ne sont pas loin, avec des tissus chinés au marché aux puces qui servaient de tentures dont il a retravaillé les imprimés, des tops de danseuse orientale dont il s'est emparé pour anoblir sa toge, un tapis persan qu'il monte en volume et un manteau où tout est faux volontairement, même les boutons, qui a une innocence entêtée que ne renieraient pas Antoine de Saint Exupéry et son petit bonhomme à la rose. "En portant mes vêtements, je veux que les hommes deviennent ceux qu'ils rêvent d'être", prévient Christoph Rumpf faussement fragile et prêt à lancer sa marque, c'est son désir. Il s'inscrit ainsi dans la lignée de ceux qui remportèrent une médaille à Hyères, ainsi que le soutien précieux des grandes maisons et des acteurs de l'industrie de la mode qui savent pertinemment combien ce concours est révélateur - on vous épargne la liste exhaustive des lauréats mais on ne résiste pas au plaisir de citer Lea Peckre, Christian Wijnants, Julien Dossena, Botter, Anthony Vaccarello ou Felipe Olivera Baptista. Bravo. Bravo aussi à Noelia Morales, auréolée du Grand Prix accessoires de mode Swarovski, pour son bandeau de pirate à porter fièrement sur sein mastectomisé. Parce qu'elle connaît l'ablation, le cancer, le corps charcuté, elle s'est créé sa transcendance, qu'elle partage avec une joie profonde. Laquelle se concentre dans ce "mastectomy patch" à qui elle a donné le nom d'Anna Bonny, la pirate, mieux qu'un clin d'oeil. Bravo aussi à Sarah Levy qui remporte le Prix du Public de la ville d'Hyères avec sa collection "Creatures of Habit". L'ex-étudiante de La Cambre, en architecture d'abord puis en accessoires ensuite, prouve que sa maroquinerie d'une beauté insensée, pensée comme des "extensions de soi", séduit la femme et l'homme lambda, ce qui somme toute est la plus belle des consécrations.Dimanche soir, lors de la remise des prix, Jean-Pierre Blanc, sans qui ce festival ne serait évidemment pas, a jeté trois vivats lapidaires, qui valent mieux que tous les discours : "Vive le gens gentils, vive les gens qui ne gueulent pas, vive les pensées positives".