Kenzo Takada était le premier styliste japonais à s'être imposé à Paris, où il a fait toute sa carrière et a rendu célèbre son prénom. Lui qui avait vendu en 1993 sa marque de vêtements au géant LVMH et s'était retiré de la mode six ans plus tard restera connu pour son attachement à la couleur et sa déclinaison à l'infini du métissage, pas seulement de l'Extrême-Orient et de la France, mais aussi de l'Afrique.

Gardant son look d'éternel adolescent, le créateur était sorti d'une retraite de vingt ans, en début d'année, pour lancer une ligne de design.

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Il "s'est éteint le dimanche 4 octobre 2020 à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine des suites du Covid-19", a indiqué un porte-parole, dans un communiqué dimanche.

"Aujourd'hui, son optimisme, sa joie de vivre et sa générosité restent les piliers de notre maison. Il manquera beaucoup et laissera un souvenir impérissable", a écrit sur Twitter la maison Kenzo à propos de son fondateur.

"Avec ses coupes inventives, ses inspirations multiculturelles et ses imprimés teintés d'exotisme, Kenzo a indéniablement participé à l'écriture d'une nouvelle page de la mode, au confluent de l'Orient et de l'Occident", a souligné dans un communiqué la Fédération de la haute couture.

Né le 27 février 1939 à Himeji près d'Osaka, Kenzo Takada se passionne pour le dessin et pour la couture, enseignée à ses soeurs, mais interdite aux garçons.

Chassé de son appartement de Tokyo par les Jeux olympiques après ses études de stylisme, il embarque à Yokohama sur un paquebot en novembre 1964. Il arrive en France le 1er janvier 1965, dans le port de Marseille, et monte vers Paris, qui le fascine.

Vivant très chichement, et ayant les pires difficultés à communiquer, Kenzo Takada pense n'être que de passage. "Je trouvais tout sombre. Même Saint-Germain-des-Prés", raconte-t-il au quotidien Libération en 1999.

"Profiter de la vie"

Il s'obstine, soumettant ses dessins à des couturiers et des marques de prêt-à-porter. Et il s'installe définitivement en France. "Je me sens désormais plus Parisien que Japonais, mais si c'était à refaire aujourd'hui, je ne suis pas sûr que je viendrais encore faire ma vie à Paris", disait-il à Paris Match en 1989.

Sa première collection date de 1970, conçue depuis une minuscule boutique de la Galerie Vivienne qu'il appelle Jungle Jap. Il déménage en 1976 vers un lieu plus grand, place des Victoires, et fonde sa marque sous son seul prénom.

Sa première ligne pour hommes date de 1983, son premier parfum (Kenzo Kenzo) de 1988. Cinq ans plus tard, la griffe est rachetée par le groupe de luxe LVMH, pour moins d'un demi-milliard de francs (73 millions d'euros).

Final de défilé en 1996, Getty Images
Final de défilé en 1996 © Getty Images

"Kenzo Takada a su, à partir de 1970, donner à la mode un ton de poésie légère et une allure de douce liberté qui a inspiré de nombreux créateurs", a salué le PDG de ce groupe, Bernard Arnault.

Kenzo Takada quitte la mode en 1999, pour en finir avec le rythme infernal des collections et se consacrer des projets plus ponctuels. "J'ai 60 ans et 30 ans de carrière. Depuis longtemps je voulais profiter de la vie, voyager, voir des amis", explique-t-il alors à l'AFP.

Final de défilé en 1991, Getty Images
Final de défilé en 1991 © Getty Images
Anniversaire de 1991, Getty Images
Anniversaire de 1991 © Getty Images

Le dernier de ces projets s'appelait K-3, marque de design lancée en janvier. "D'un trait de crayon, d'un geste vif, il inventait une nouvelle fable artistique, une nouvelle épopée colorée mariant Orient et Occident, son Japon natal et sa vie parisienne", a affirmé le directeur général de cette société, Jonathan Bouchet Manheim.

Avec ses "près de huit mille dessins", le créateur japonais "n'a jamais cessé de célébrer la mode et l'art de vivre", a indiqué son porte-parole.

La maire de la capitale française Anne Hidalgo a également réagit à cette disparition. "La ministre de la Culture salue la mémoire d'un créateur iconique et audacieux", ont indiqué à l'AFP les services de la ministre Roselyne Bachelot. "Je l'aimais et l'admirais", a confié son prédécesseur Jack Lang.

Le décès de Kenzo suscite l'émoi au Japon

Des responsables politiques, des amoureux de la mode et des amis du créateur japonais Kenzo lui rendaient hommage lundi dans son pays natal, au lendemain de son décès en France à l'âge de 81 ans, décédé des suites du Covid-19.

"C'est très triste (...). "Nous souhaitons exprimer nos sincères condoléances pour la mort de M. Kenzo Takada, qui a diffusé dans le monde entier les arts et la culture de notre nation", a déclaré le porte-parole du gouvernement nippon Katsunobu Kato.

La gouverneure de Tokyo Yuriko Koike a quant à elle fait part sur Twitter de son "respect pour son merveilleux talent".

Junko Koshino, amie de Kenzo depuis leurs études dans la même école de mode à Tokyo dans les années 1950-60, a déclaré à des médias locaux qu'elle ne pouvait "toujours pas croire" à sa disparition. La styliste lui avait rendu visite en février dernier à Paris et lui avait encore parlé récemment.

"Je lui avais dit "S'il te plaît, fais attention. Ne sors pas". Et il m'avait répondu "Non, ne t'inquiète pas. Je ferai attention"" au virus, a-t-elle confié.

L'école de mode Bunka Gakuen de Tokyo a aussi rendu hommage à son prestigieux ancien élève, en soulignant notamment dans une déclaration qu'il était une source d'inspiration les jeunes talents.

Sa mort était aussi abondamment commentée par des fans sur les réseaux sociaux japonais.

"J'ai adoré ses imprimés floraux et ses parfums. Merci de m'avoir appris tant de choses merveilleuses. Maudit coronavirus", a écrit un utilisateur de Twitter.

"Je suis vraiment choqué... J'ai été inspiré par les couleurs (de Kenzo)", a déclaré un autre. "Je déteste le coronavirus. Il m'enlève tellement de choses".

Kenzo Takada était le premier styliste japonais à s'être imposé à Paris, où il a fait toute sa carrière et a rendu célèbre son prénom. Lui qui avait vendu en 1993 sa marque de vêtements au géant LVMH et s'était retiré de la mode six ans plus tard restera connu pour son attachement à la couleur et sa déclinaison à l'infini du métissage, pas seulement de l'Extrême-Orient et de la France, mais aussi de l'Afrique.Gardant son look d'éternel adolescent, le créateur était sorti d'une retraite de vingt ans, en début d'année, pour lancer une ligne de design. Il "s'est éteint le dimanche 4 octobre 2020 à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine des suites du Covid-19", a indiqué un porte-parole, dans un communiqué dimanche."Aujourd'hui, son optimisme, sa joie de vivre et sa générosité restent les piliers de notre maison. Il manquera beaucoup et laissera un souvenir impérissable", a écrit sur Twitter la maison Kenzo à propos de son fondateur."Avec ses coupes inventives, ses inspirations multiculturelles et ses imprimés teintés d'exotisme, Kenzo a indéniablement participé à l'écriture d'une nouvelle page de la mode, au confluent de l'Orient et de l'Occident", a souligné dans un communiqué la Fédération de la haute couture.Né le 27 février 1939 à Himeji près d'Osaka, Kenzo Takada se passionne pour le dessin et pour la couture, enseignée à ses soeurs, mais interdite aux garçons.Chassé de son appartement de Tokyo par les Jeux olympiques après ses études de stylisme, il embarque à Yokohama sur un paquebot en novembre 1964. Il arrive en France le 1er janvier 1965, dans le port de Marseille, et monte vers Paris, qui le fascine.Vivant très chichement, et ayant les pires difficultés à communiquer, Kenzo Takada pense n'être que de passage. "Je trouvais tout sombre. Même Saint-Germain-des-Prés", raconte-t-il au quotidien Libération en 1999. Il s'obstine, soumettant ses dessins à des couturiers et des marques de prêt-à-porter. Et il s'installe définitivement en France. "Je me sens désormais plus Parisien que Japonais, mais si c'était à refaire aujourd'hui, je ne suis pas sûr que je viendrais encore faire ma vie à Paris", disait-il à Paris Match en 1989.Sa première collection date de 1970, conçue depuis une minuscule boutique de la Galerie Vivienne qu'il appelle Jungle Jap. Il déménage en 1976 vers un lieu plus grand, place des Victoires, et fonde sa marque sous son seul prénom.Sa première ligne pour hommes date de 1983, son premier parfum (Kenzo Kenzo) de 1988. Cinq ans plus tard, la griffe est rachetée par le groupe de luxe LVMH, pour moins d'un demi-milliard de francs (73 millions d'euros)."Kenzo Takada a su, à partir de 1970, donner à la mode un ton de poésie légère et une allure de douce liberté qui a inspiré de nombreux créateurs", a salué le PDG de ce groupe, Bernard Arnault.Kenzo Takada quitte la mode en 1999, pour en finir avec le rythme infernal des collections et se consacrer des projets plus ponctuels. "J'ai 60 ans et 30 ans de carrière. Depuis longtemps je voulais profiter de la vie, voyager, voir des amis", explique-t-il alors à l'AFP.Le dernier de ces projets s'appelait K-3, marque de design lancée en janvier. "D'un trait de crayon, d'un geste vif, il inventait une nouvelle fable artistique, une nouvelle épopée colorée mariant Orient et Occident, son Japon natal et sa vie parisienne", a affirmé le directeur général de cette société, Jonathan Bouchet Manheim.Avec ses "près de huit mille dessins", le créateur japonais "n'a jamais cessé de célébrer la mode et l'art de vivre", a indiqué son porte-parole.La maire de la capitale française Anne Hidalgo a également réagit à cette disparition. "La ministre de la Culture salue la mémoire d'un créateur iconique et audacieux", ont indiqué à l'AFP les services de la ministre Roselyne Bachelot. "Je l'aimais et l'admirais", a confié son prédécesseur Jack Lang.