Chantiers, casernes militaires, ateliers de charpentiers, oasis en plein désert ou camp de base dans la jungle: ces lieux ne sont a priori pas des repaires pour fashionistas. Pourtant, les créateurs de mode y puisent, aujourd'hui, leur inspiration. Il suffit de voir les catwalks où défilent des mannequins, hommes comme femmes, vêtus de pantalons cargo, blousons bombardiers, combinaisons, gilets de safari et autres bottines de combat.
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Chantiers, casernes militaires, ateliers de charpentiers, oasis en plein désert ou camp de base dans la jungle: ces lieux ne sont a priori pas des repaires pour fashionistas. Pourtant, les créateurs de mode y puisent, aujourd'hui, leur inspiration. Il suffit de voir les catwalks où défilent des mannequins, hommes comme femmes, vêtus de pantalons cargo, blousons bombardiers, combinaisons, gilets de safari et autres bottines de combat. Même les vêtements "normaux" sont assortis de détails puisés dans ce vestiaire utilitaire - grandes poches, énormes ceintures et boucles, fermetures Eclair ou encore rubans sont légion. Les sacs à dos envahissent, eux aussi, le rayon accessoires. Chanel en a d'ailleurs présenté un modèle en tweed, élargissant encore le public intéressé par ce fourre-tout à bretelles. Même sort pour la banane qui redevient un statement. Cette mode ultrafonctionnelle avait, déjà l'année dernière, fait son apparition chez de jeunes marques branchées comme Off-White et Acne Studios, mais aussi chez des mastodontes établis tels que Fendi, Givenchy, Prada et Loewe. Mais désormais, la tendance a percolé et il n'est plus rare de croiser l'un de ces looks pratico-pratiques en rue. Ce style n'a cependant rien de nouveau. Depuis des décennies, les créateurs lorgnent du côté des équipements de travail et des uniformes militaires. Dans les années 70, les femmes utilisaient d'ailleurs déjà ce dressing pour porter leur message féministe. Et Yves Saint Laurent, fin des sixties, a imaginé son premier gilet safari, dérivé des uniformes de l'Afrikakorps allemand pendant la guerre 40-45. Après une vague dans les nineties - on pense à Gwen Stefani en pantalon cargo -, le style utilitaire refait donc surface, privilégiant une palette de teintes neutre - kaki, brun et beige naturel. Ces tenues devant par définition durer pour la vie, les étoffes épaisses et résistantes comme le coton sont privilégiées, ainsi que de solides textiles hydrophobes - coton ciré, caoutchouc - et diverses matières high-tech, légères et respirantes... Tout est bon, tant que c'est robuste et durable. Des marques outdoor oubliées telles que Barbour et Aigle font dès lors leur come-back et sont encensées. Mais pourquoi cette envie subite de se balader en rue affublé comme un plombier ou un garde-chasse? Ce phénomène s'explique par le fait que les clients recherchent aujourd'hui davantage le confort et se focalisent sur l'aspect fonctionnel de ce qu'ils arborent. La cadence infernale dictée par la société impose des vêtements qui nous aident au lieu de nous freiner. Plus question donc d'enfiler une robe en soie qu'il faudra repasser juste avant de s'y glisser.Cette quête de confort a d'abord sonné l'émergence de l'athleisure. Cette tendance a fait muer les vêtements de sport en tenue day-to-night. Leggings et baskets ont alors quitté la piste d'athétisme, pour débarquer au bureau et sur le macadam. Mais les experts estiment désormais que l'utility wear va évincer cette mode sportwear en perte de vitesse. Il se pourrait que les joggings en Stretch et les sweats à capuche se voient rapidement détrônés par les pantalons cargo assortis de bottines militaires. D'autant que ces deux looks s'intègrent dans la même vague no gender, très en vogue ces temps-ci. En outre, cette garde-robe utilitaire répond à notre besoin d'authenticité. Ces vêtements ne sont pas conçus pour être beaux, élégants ou trendy mais seulement parce qu'ils sont pratiques. D'aucuns pensent également que nos changements en matière de mobilité jouent en faveur de ce succès. Celle qui troque l'auto contre le vélo préférera une veste de pluie et un sac à dos à un tailleur, accessoirisé d'un Birkin. L'apparition des travailleurs nomades, ces gens qui bossent aux quatre coins du monde ou du pays et ne disposent pas d'un bureau fixe où poser quotidiennement leur mallette, influencerait aussi la tendance. Quand on est constamment en route, des vêtements faciles, pourvus de nombreuses poches, sont bienvenus. De même que celui qui prend le bus tous les jours est content de pouvoir garder à portée de main son smartphone, son iPad, ses clés, son portefeuille... et son masque.