Il a mis six mois pour constituer patiemment ses puzzles singuliers. Soit dix tabliers, des pièces uniques, composés en incrustation d'un patchwork de vêtements au rebut, ces bons à jeter que l'industrie de la mode vomit régulièrement, constituant ainsi des stocks résiduels dans lesquels Jérémy Dhennin a pris plaisir à fouiller afin de les sauver de la destruction - l'upcycling comme geste créateur, augmenté d'éthique. S'il a choisi cet archétype du workwear, ce n'est pas par inadvertance. Et s'il a préféré le modèle japonais, son système de liens particulier, avec bretelles à l'arrière, ce n'est pas non plus un hasard. " Je suis un grand fan du Japon ", confesse le jeune homme formé à La Cambre Mode(s) et passé par les studios de Own, Cacharel, Jean-Paul Gaultier et aujourd'hui Celio, avec parenthèse heureuse dès 2006 aux côtés du fleuriste Thierry Boutemy.

SDP
© SDP

"Il est un rare qu'un vêtement ne change pas de forme au cours des siècles, le tablier me plaît pour cet aspect-là : si on épluche l'histoire du costume et de la mode, on constate qu'il a toujours été présent, même si on constate des évolutions. Mais il reste un vêtement unisexe assez universel, on le trouve en Orient et en Occident, il est connu de tous, j'aime cette idée d'une certaine banalité, dans le bon sens du terme. J'ai réalisé le patronage du tablier moi-même et me suis obligé à le garder pour tous les dix. En parallèle, je me suis amusé à créer des silhouettes complètes avec ces stocks de vêtements résiduels, que j'ai incrustés dedans, pour proposer des tabliers en trompe-l'oeil. Le but n'était pas de proposer une mode mais, sans être présomptueux, de faire plutôt un constat sur la mode actuelle, de poser un regard dessus, de prendre le temps et de retrouver la main. "

Jérémy Dhennin s'est ainsi plu à questionner en filigrane le vestiaire masculin, mais avec subtilité, le créateur a l'ironie raffinée. " Je veux travailler avec de la dérision, cela reste un vêtement tout de même, je ne suis pas médecin... J'aime l'idée du clin d'oeil : un tablier, cela cache d'office la silhouette, or, là, je joue sur une certaine transparence, les vêtements que l'on porte normalement au-dessous apparaissent au premier plan, le tablier devient un tablier de représentation, brouillant ainsi les différents plans... "

Christophe Lautrec
© Christophe Lautrec

Ce projet est né d'une rencontre, qui s'inscrit dans le temps. Après ses études de stylisme à Bruxelles, soit 2004, et ses premiers pas chez Own et Thierry Boutemy, le jeune créateur a fini par aller vivre à Paris. Là, au Jardin du Palais-Royal, une boutique l'attire comme un phare dans la nuit. C'est celle des Drapeaux de France, l'une des plus prestigieuses de l'univers, tenue par Patricia et Jacques Roussel, spécialistes des figurines, de personnages, faunes et flore en plat d'étain, " dans le respect de la tradition ". Jérémy les collectionne, les arbres surtout, une amitié se noue, ils l'encouragent à penser un projet " plus personnel ", qui naît ainsi " de manière informelle ". " Quand j'étais étudiant, j'avais une approche plus conceptuelle : ma toute première collection à La Cambre mode(s) comportait des combinaisons avec des images de mode imprimées en trompe-l'oeil. J'ai eu envie de travailler un vêtement en 2 D à l'image des figurines en plat d'étain des Drapeaux de France. Et d'autre part, le workwear m'intéresse, le tablier en particulier, qui par défaut est un vêtement en 2 D, techniquement, le patron d'un tablier, c'est de la pure 2 D. "

SDP
© SDP

Dans la Galerie Perge, sise Galerie Montpensier, du 20 au 26 janvier, durant la semaine de la Couture, Jérémy Dhennin exposera donc ses tabliers, nommés T1, T2, T3 et ainsi de suite jusqu'à 10. Avec une économie de moyens qui lui est chère, il les installera sur buste ou aux cimaises, avec pins en édition limitée signés Les Drapeaux de France, évidemment. Et sous ce titre si bien trouvé : Take Care, pour ce que ces deux mots en Anglais recouvrent, la bienveillance, la protection gracieusement fournie par le tablier et la volonté affirmée de réutiliser un vêtement déjà utilisé, par souci de durabilité et soin précautionneux, comme une déclaration d'amour.

Take Care, Jérémy Dhennin x Les Drapeaux de France, Galerie Perge, 15, Galerie de Montpensier, Jardin du Palais-Royal, Paris. Du 20 au 26 janvier 2020. Instagram Jeremydhennin

T2 par Jérémy Dhennin, SDP
T2 par Jérémy Dhennin © SDP
Il a mis six mois pour constituer patiemment ses puzzles singuliers. Soit dix tabliers, des pièces uniques, composés en incrustation d'un patchwork de vêtements au rebut, ces bons à jeter que l'industrie de la mode vomit régulièrement, constituant ainsi des stocks résiduels dans lesquels Jérémy Dhennin a pris plaisir à fouiller afin de les sauver de la destruction - l'upcycling comme geste créateur, augmenté d'éthique. S'il a choisi cet archétype du workwear, ce n'est pas par inadvertance. Et s'il a préféré le modèle japonais, son système de liens particulier, avec bretelles à l'arrière, ce n'est pas non plus un hasard. " Je suis un grand fan du Japon ", confesse le jeune homme formé à La Cambre Mode(s) et passé par les studios de Own, Cacharel, Jean-Paul Gaultier et aujourd'hui Celio, avec parenthèse heureuse dès 2006 aux côtés du fleuriste Thierry Boutemy."Il est un rare qu'un vêtement ne change pas de forme au cours des siècles, le tablier me plaît pour cet aspect-là : si on épluche l'histoire du costume et de la mode, on constate qu'il a toujours été présent, même si on constate des évolutions. Mais il reste un vêtement unisexe assez universel, on le trouve en Orient et en Occident, il est connu de tous, j'aime cette idée d'une certaine banalité, dans le bon sens du terme. J'ai réalisé le patronage du tablier moi-même et me suis obligé à le garder pour tous les dix. En parallèle, je me suis amusé à créer des silhouettes complètes avec ces stocks de vêtements résiduels, que j'ai incrustés dedans, pour proposer des tabliers en trompe-l'oeil. Le but n'était pas de proposer une mode mais, sans être présomptueux, de faire plutôt un constat sur la mode actuelle, de poser un regard dessus, de prendre le temps et de retrouver la main. " Jérémy Dhennin s'est ainsi plu à questionner en filigrane le vestiaire masculin, mais avec subtilité, le créateur a l'ironie raffinée. " Je veux travailler avec de la dérision, cela reste un vêtement tout de même, je ne suis pas médecin... J'aime l'idée du clin d'oeil : un tablier, cela cache d'office la silhouette, or, là, je joue sur une certaine transparence, les vêtements que l'on porte normalement au-dessous apparaissent au premier plan, le tablier devient un tablier de représentation, brouillant ainsi les différents plans... "Ce projet est né d'une rencontre, qui s'inscrit dans le temps. Après ses études de stylisme à Bruxelles, soit 2004, et ses premiers pas chez Own et Thierry Boutemy, le jeune créateur a fini par aller vivre à Paris. Là, au Jardin du Palais-Royal, une boutique l'attire comme un phare dans la nuit. C'est celle des Drapeaux de France, l'une des plus prestigieuses de l'univers, tenue par Patricia et Jacques Roussel, spécialistes des figurines, de personnages, faunes et flore en plat d'étain, " dans le respect de la tradition ". Jérémy les collectionne, les arbres surtout, une amitié se noue, ils l'encouragent à penser un projet " plus personnel ", qui naît ainsi " de manière informelle ". " Quand j'étais étudiant, j'avais une approche plus conceptuelle : ma toute première collection à La Cambre mode(s) comportait des combinaisons avec des images de mode imprimées en trompe-l'oeil. J'ai eu envie de travailler un vêtement en 2 D à l'image des figurines en plat d'étain des Drapeaux de France. Et d'autre part, le workwear m'intéresse, le tablier en particulier, qui par défaut est un vêtement en 2 D, techniquement, le patron d'un tablier, c'est de la pure 2 D. "Dans la Galerie Perge, sise Galerie Montpensier, du 20 au 26 janvier, durant la semaine de la Couture, Jérémy Dhennin exposera donc ses tabliers, nommés T1, T2, T3 et ainsi de suite jusqu'à 10. Avec une économie de moyens qui lui est chère, il les installera sur buste ou aux cimaises, avec pins en édition limitée signés Les Drapeaux de France, évidemment. Et sous ce titre si bien trouvé : Take Care, pour ce que ces deux mots en Anglais recouvrent, la bienveillance, la protection gracieusement fournie par le tablier et la volonté affirmée de réutiliser un vêtement déjà utilisé, par souci de durabilité et soin précautionneux, comme une déclaration d'amour.Take Care, Jérémy Dhennin x Les Drapeaux de France, Galerie Perge, 15, Galerie de Montpensier, Jardin du Palais-Royal, Paris. Du 20 au 26 janvier 2020. Instagram Jeremydhennin