Le corset revient, un symbole de taille

Dior, collection Croisière 21. © SDP
Katrien Huysentruyt Journaliste

Après avoir été mis au placard à maintes reprises, le corset signe son grand retour. Ce haut a traversé autant de modes que de vagues féministes et aujourd’hui… il soutient la femme libre.

Au printemps dernier, Dion Lee, Mugler et Y/Project remettent le corset en piste. A l’automne, Victoria Beckham, Alexander McQueen ainsi que Chloé suivent le pas… impliquant toutefois de porter un épais manteau d’hiver par-dessus. Mais ce n’est que toute fin 2020 que les sites de vente en ligne, comme Lyst et Etsy, voient subitement le nombre de recherches pour cet article augmenter de plus de 100%. La raison? Un engouement collectif pour la série Netflix La chronique des Bridgerton. Une saga se déroulant dans la haute société britannique du XIXe siècle qui ravive alors la flamme du consommateur pour tout ce qui a trait à la période de la Régence: services à thé, lits à baldaquin… et corset, que l’une des filles à marier doit enfiler dans le premier épisode.

Alexander McQueen, été 21.
Alexander McQueen, été 21.© IMAXTREE

Va-et-vient

Mais revenons aux origines. C’est la reine Catherine de Médicis qui introduit cette pièce à la Cour française au XVIe siècle. Plus tard, la Regency britannique – dans le sillage de la Révolution française – prend en grippe tout ce qui vient de Paris, y compris les tailles trop fines: les robes Empire s’évasent juste en dessous de la poitrine, rendant inutile le ficelage du buste. Une réalité de l’histoire de la mode que semble oublier, soit dit en passant, La chronique des Bridgerton, mais qu’importe: le corset reflète dans cette série la liberté limitée des femmes au milieu du XIXe siècle.

La chronique des Bridgerton, sur Netflix.
La chronique des Bridgerton, sur Netflix.© SDP

Compte tenu des moeurs pudiques de l’époque victorienne, le corset refait ensuite surface… avant de disparaître à nouveau avec les suffragettes et la première vague féministe. Les robes garçonnes et les coupes plus amples de Coco Chanel font alors sensation. Après la Seconde Guerre mondiale, cependant, le corset s’offre un nouveau come-back entre autres grâce au New Look de Christian Dior, pour ensuite être brûlé sur le bûcher avec le soutien-gorge dans les années 60…

Ce regain d’intérêt aujourd’hui ne découle toutefois pas uniquement d’envies romantiques téléguidées par le petit écran. D’ailleurs, le programme Netflix n’a émergé qu’après que les maisons de couture aient dépoussiéré cet article. Car désormais, cette pièce, autrefois plutôt rigoriste, revêt une tout autre symbolique… A partir des années 70 déjà, la pionnière Vivienne Westwood fait de ce haut guindé une déclaration rebelle dans son vestiaire punk. Mais c’est Madonna qui renverse définitivement la signification du corset en arborant une création de Jean Paul Gaultier lors de la tournée Blonde Ambition de 1990. Ce modèle iconique, décrié par les premières féministes, sert dès lors de moyen de s’affirmer pour une deuxième vague de femmes libres d’esprit. D’instrument de torture patriarcal, ce vêtement devient le symbole d’une fille sexuellement libérée… inspirant ainsi les défilés, dans les nineties. Le fait que nous y revenions de nos jours encore s’inscrit dans le cadre de la nostalgie ambiante des années 90.

Madonna, dans le corset de Jean Paul Gaultier.
Madonna, dans le corset de Jean Paul Gaultier.© GETTY IMAGES

Sens dessus dessous

A partir de 2010, le corset s’aperçoit chez Marc Jacobs, Roberto Cavalli et Bottega Veneta, ainsi qu’au rayon lingerie. La scène burlesque est à son apogée et le succès de la série Mad Men invite tout un chacun à porter costumes – côté homme – et robes moulantes – côté femme – pour imiter les silhouettes vintage des personnages de la saga. Les corsets remplacent alors avantageusement les bandes de Spandex couleur chair. En prime, de nouveaux matériaux et technologies rendent l’attribut nettement plus confortable qu’il y a cent ans. Peu à peu, la lingerie s’invite même en version visible, notamment dans les festivals… Dessus et dessous s’entremêlent.

Prada, hiver 16-17.
Prada, hiver 16-17.© IMAXTREE

Depuis, des stars comme Kim Kardashian, Bella Hadid ou Dua Lipa, dans un corset rose bubblegum sur un pantalon large, n’hésitent plus à aller faire leurs courses quotidiennes affublées de la sorte, sous le soleil californien. La dernière vague de folie du corset a débuté il y a environ cinq ans, lorsque Prada a présenté de multiples corsets dans sa collection automne-hiver 16. Non pas des armures à la Madonna, mais bien des ceintures en tissu se laçant sur une veste ou une chemise. Sans être trop serrés, ces accessoires donnent de la forme aux silhouettes oversized. La créatrice Miuccia Prada décrit la collection comme « L’histoire des femmes et des rôles qu’elles jouent ». Et c’est en effet ce que raconte le corset et son évolution: du carcan subi à l’affirmation sans tabous d’une liberté sexuelle.

Balmain, été 21.
Balmain, été 21.© IMAXTREE

Loewe, 790 euros.
Loewe, 790 euros.

Thierry Mugler, été 20.
Thierry Mugler, été 20.© IMAXTREE

Guess, 99,90 euros.
Guess, 99,90 euros.© SDP

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