Le sport a pris les catwalks d'assaut. La mode, si poreuse, miroir de son époque, s'est entichée du sportswear, de l'activewear, de l'athleisure. Hoodies, sneakers, jogging et autres cyclistes font désormais partie de la garde-robe contemporaine. Tandis que les matières techniques chères aux athlètes ont conquis les créateurs, néoprène et élasthanne en tête. Ça fait quelques années que cela dure, voire quelques décennies - le luxe ne peut désormais plus s'en passer. La meilleure preuve, façon KO en 1 round ? La basket Air Jordan 1 OG Dior en version haute et basse et en édition limitée, au prix de départ de 1 700 euros et depuis dans la stratosphère (14 631, 20 euros sur FarFetch). Bien vu, Kim Jones, directeur artistique de Dior Homme, venu de chez Louis Vuitton où il avait déjà frappé fort en 2017 grâce à une collab' avec Supreme, label streetwear par excellence vénéré par les skateurs depuis le mitan des nineties. On se souvient qu'à la même époque, Dirk Bikkembergs, formé à l'Académie d'Anvers, forgeait une marque à son nom qui mêlait sexe et sport et revendiquait son ADN footballistique, tendance mens sana in corpore sano dans sa version ultra virile.

Botter, DR
Botter © DR
Raf Simons 2016, DR
Raf Simons 2016 © DR

Mais ce glissement de terrain et de genre entre la monde du sport et de la mode était déjà à l'oeuvre au siècle précédent, avec Coco Chanel et ses jerseys souples, avec Jean Patou et son vestiaire moderne pour la Divine, la joueuse de tennis Suzanne Lenglen. Et encore avant, avec John Redfern, considéré comme le père du sportswear qui, à la fin du 19e siècle, eut déjà l'idée d'alléger les tenues des sportifs du dimanche avec ses walking costumes et ses seaside costumes. Voilà pour les prérequis. Il est temps maintenant d'aller déambuler dans le musée avec Olivia Borlée et Elodie Ouédraogo. Elles savent parfaitement de quoi elles parlent. Elles ont créé leur marque en 2016, parce que sur le terrain, elles avaient pratiqué la mode à leur façon - leur idole ressemblait alors furieusement à Flo Jo, pour Florence Griffith-Joyner, qu'elles vénéraient pour ses performances et pour ses "crazy outfits". Voilà pourquoi leur label prône l'athleisure, dans des matériaux durables et innovants, qui s'affiche à toute heure du jour et de la nuit. Elles en sont les plus belles égéries. Et forcément quand le Musée de la Mode de Hasselt est venu les trouver il y a deux ans pour leur proposer d'être commissaires invitées, elles n'ont pas pu refuser. Elles trônent donc en grand, tout au long du parcours, photographiées par Ronald Stoops, dans les vêtements de Glenn Martens pour Y/Project, qu'elles portent avec beaucoup d'à-propos et une réelle admiration - "On est fans de son vestiaire, pour les matières qu'il utilise mais aussi pour sa façon d'intégrer les codes du sportswear et sa manière particulière de garder sa ligne de travail."

., Ronald Stoops
. © Ronald Stoops
., Ronald Stoops
. © Ronald Stoops
Y-Project 2021, DR
Y-Project 2021 © DR

Olivia pousse devant elle le landau dans lequel repose sa petite Olga née en mars dernier, elle s'arrête devant une robe d'Azzedine Alaïa qu'elles tenaient toutes les deux à donner à voir dans cette exposition. Elle date des années 80 et sert d'hommage à ce couturier qui savait mieux que personne sculpter les corps et avait compris l'intérêt du lycra, qui respecte les courbes et les magnifie pour autant qu'on ait du talent. Les silhouettes se suivent et ne se ressemblent pas : Raf Simons inspiré par les sous-cultures adolescentes, Gianni Versace passablement influencé par le fitness des eighties, Walter Van Beirendonck par le cyclisme et ses maillots en spandex, Jean-Paul Gaultier ou Thom Browne par la danse avec tutus en tulle, littéralement ou carrément réinterprétés en version costume pour homme. Les deux championnes ont ainsi rassemblé ce qui leur paraissait incontournable, dans les lignes, les silhouettes, les matières innovantes et les noms des créateurs qui comptent. "D'habitude, précise Elodie, on voit les collections dix minutes, le temps du défilé sur un catwalk, et là de les découvrir de tout près, c'était incroyable, les pièces de Sacai notamment, où l'on peut lire toute une histoire du streetwear..." "Et celles de Marine Serre, embraie Olivier, pour sa façon d'utiliser le lycra, un code reconnaissable entre tous, et sa volonté d'upcycler, son Future Wear est un bon résumé de ce qui se passe aujourd'hui. En travaillant sur l'expo, on a vraiment été impressionnées de voir combien le sport a réellement joué un rôle important dans l'évolution de la mode. Il a toujours été un peu au-devant d'elle. Et cela a permis d'émanciper et les corps et les femmes."

., Ronald Stoops
. © Ronald Stoops

Sûr que ce travail de recherche pourra se lire en filigrane dans leur collection à venir. D'autant qu'elles ont mis à profit ces temps de sidération pandémique pour ralentir, elles qui soignent leur marque parce qu'elles connaissaient mieux que personne l'importance des vêtements ajustés en second skin pour être au plus près de la performance, sans jamais sacrifier la beauté, les deux sont possibles. Elles ont en effet décidé de "s'écouter un peu plus", de changer de rythme, repenser le nombre de pièces, se limiter, être plus vertes, encore. Aussi en septembre, elles sortent une capsule de looks 100 % biodégradables. Elles visent l'excellence, on ne l'a pas oublié. Bien sûr qu'elles rêvent un jour de créer des baskets qui porteraient ce 42/54 FortyTwo FiftyFour qui les caractérise - "Sky is the limit" murmure Olivia. Au dernier étage, sous la charpente, leurs doubles virtuels attendent le visiteur et tournent en boucle. L'oeuvre d'art numérique est signée Frederik Heyman, objet pas tout à fait identifiable, et c'est tant mieux, qui mêle 3D, carnet intime et univers onirique. Titrées Second Skin, a Virtual Trophy, ces expériences visuelles et sonores vous plongent dans les émotions et sentiments secrets des deux jeunes femmes, qui elles aussi savent garder leur ligne de travail - des années d'athlétisme, ça vous forge un mental d'acier. Il y a des fleurs chez l'une et de l'eau, un enfant et des hippopotames chez l'autre, On y entend leur voix confier leur essence et l'on y découvre que courir, c'est déplacer sa gravité et trouver son alignement optimal. Il est permis d'en faire son mantra.

Activewear, au Musée de la Mode de Hasselt,11, Gasthuisstraat, 3500 Hasselt. Jusqu'au 30 décembre 2021.

www.modemuseumhasselt.be

Si le coeur vous en dit et que vous avez l'esprit de compétition, voici un petit défi lancé par le musée et Bioracer : concevez un maillot de cyclisme (que l'on pourrait porter en réalité quand on veut, sur un vélo, au boulot ou en boîte de nuit). Le ou la gagnante verra son maillot créé en 25 exemplaires. Just Do It. www.bioracerchallenge.com/activewear

Le sport a pris les catwalks d'assaut. La mode, si poreuse, miroir de son époque, s'est entichée du sportswear, de l'activewear, de l'athleisure. Hoodies, sneakers, jogging et autres cyclistes font désormais partie de la garde-robe contemporaine. Tandis que les matières techniques chères aux athlètes ont conquis les créateurs, néoprène et élasthanne en tête. Ça fait quelques années que cela dure, voire quelques décennies - le luxe ne peut désormais plus s'en passer. La meilleure preuve, façon KO en 1 round ? La basket Air Jordan 1 OG Dior en version haute et basse et en édition limitée, au prix de départ de 1 700 euros et depuis dans la stratosphère (14 631, 20 euros sur FarFetch). Bien vu, Kim Jones, directeur artistique de Dior Homme, venu de chez Louis Vuitton où il avait déjà frappé fort en 2017 grâce à une collab' avec Supreme, label streetwear par excellence vénéré par les skateurs depuis le mitan des nineties. On se souvient qu'à la même époque, Dirk Bikkembergs, formé à l'Académie d'Anvers, forgeait une marque à son nom qui mêlait sexe et sport et revendiquait son ADN footballistique, tendance mens sana in corpore sano dans sa version ultra virile. Mais ce glissement de terrain et de genre entre la monde du sport et de la mode était déjà à l'oeuvre au siècle précédent, avec Coco Chanel et ses jerseys souples, avec Jean Patou et son vestiaire moderne pour la Divine, la joueuse de tennis Suzanne Lenglen. Et encore avant, avec John Redfern, considéré comme le père du sportswear qui, à la fin du 19e siècle, eut déjà l'idée d'alléger les tenues des sportifs du dimanche avec ses walking costumes et ses seaside costumes. Voilà pour les prérequis. Il est temps maintenant d'aller déambuler dans le musée avec Olivia Borlée et Elodie Ouédraogo. Elles savent parfaitement de quoi elles parlent. Elles ont créé leur marque en 2016, parce que sur le terrain, elles avaient pratiqué la mode à leur façon - leur idole ressemblait alors furieusement à Flo Jo, pour Florence Griffith-Joyner, qu'elles vénéraient pour ses performances et pour ses "crazy outfits". Voilà pourquoi leur label prône l'athleisure, dans des matériaux durables et innovants, qui s'affiche à toute heure du jour et de la nuit. Elles en sont les plus belles égéries. Et forcément quand le Musée de la Mode de Hasselt est venu les trouver il y a deux ans pour leur proposer d'être commissaires invitées, elles n'ont pas pu refuser. Elles trônent donc en grand, tout au long du parcours, photographiées par Ronald Stoops, dans les vêtements de Glenn Martens pour Y/Project, qu'elles portent avec beaucoup d'à-propos et une réelle admiration - "On est fans de son vestiaire, pour les matières qu'il utilise mais aussi pour sa façon d'intégrer les codes du sportswear et sa manière particulière de garder sa ligne de travail." Olivia pousse devant elle le landau dans lequel repose sa petite Olga née en mars dernier, elle s'arrête devant une robe d'Azzedine Alaïa qu'elles tenaient toutes les deux à donner à voir dans cette exposition. Elle date des années 80 et sert d'hommage à ce couturier qui savait mieux que personne sculpter les corps et avait compris l'intérêt du lycra, qui respecte les courbes et les magnifie pour autant qu'on ait du talent. Les silhouettes se suivent et ne se ressemblent pas : Raf Simons inspiré par les sous-cultures adolescentes, Gianni Versace passablement influencé par le fitness des eighties, Walter Van Beirendonck par le cyclisme et ses maillots en spandex, Jean-Paul Gaultier ou Thom Browne par la danse avec tutus en tulle, littéralement ou carrément réinterprétés en version costume pour homme. Les deux championnes ont ainsi rassemblé ce qui leur paraissait incontournable, dans les lignes, les silhouettes, les matières innovantes et les noms des créateurs qui comptent. "D'habitude, précise Elodie, on voit les collections dix minutes, le temps du défilé sur un catwalk, et là de les découvrir de tout près, c'était incroyable, les pièces de Sacai notamment, où l'on peut lire toute une histoire du streetwear..." "Et celles de Marine Serre, embraie Olivier, pour sa façon d'utiliser le lycra, un code reconnaissable entre tous, et sa volonté d'upcycler, son Future Wear est un bon résumé de ce qui se passe aujourd'hui. En travaillant sur l'expo, on a vraiment été impressionnées de voir combien le sport a réellement joué un rôle important dans l'évolution de la mode. Il a toujours été un peu au-devant d'elle. Et cela a permis d'émanciper et les corps et les femmes." Sûr que ce travail de recherche pourra se lire en filigrane dans leur collection à venir. D'autant qu'elles ont mis à profit ces temps de sidération pandémique pour ralentir, elles qui soignent leur marque parce qu'elles connaissaient mieux que personne l'importance des vêtements ajustés en second skin pour être au plus près de la performance, sans jamais sacrifier la beauté, les deux sont possibles. Elles ont en effet décidé de "s'écouter un peu plus", de changer de rythme, repenser le nombre de pièces, se limiter, être plus vertes, encore. Aussi en septembre, elles sortent une capsule de looks 100 % biodégradables. Elles visent l'excellence, on ne l'a pas oublié. Bien sûr qu'elles rêvent un jour de créer des baskets qui porteraient ce 42/54 FortyTwo FiftyFour qui les caractérise - "Sky is the limit" murmure Olivia. Au dernier étage, sous la charpente, leurs doubles virtuels attendent le visiteur et tournent en boucle. L'oeuvre d'art numérique est signée Frederik Heyman, objet pas tout à fait identifiable, et c'est tant mieux, qui mêle 3D, carnet intime et univers onirique. Titrées Second Skin, a Virtual Trophy, ces expériences visuelles et sonores vous plongent dans les émotions et sentiments secrets des deux jeunes femmes, qui elles aussi savent garder leur ligne de travail - des années d'athlétisme, ça vous forge un mental d'acier. Il y a des fleurs chez l'une et de l'eau, un enfant et des hippopotames chez l'autre, On y entend leur voix confier leur essence et l'on y découvre que courir, c'est déplacer sa gravité et trouver son alignement optimal. Il est permis d'en faire son mantra. Activewear, au Musée de la Mode de Hasselt,11, Gasthuisstraat, 3500 Hasselt. Jusqu'au 30 décembre 2021. www.modemuseumhasselt.be