Nos coups de coeur des dernières Fashion Weeks

© SDP

Un vent d’espoir et d’optimisme a soufflé sur les dernières Fashion Weeks virtuelles, dédiées à l’hiver 21-22. Le monde en a bien besoin.

« Il y a de la fête dans l’air », a déclaré Miuccia Prada. Son show, une fois de plus organisé main dans la main avec Raf Simons, fut certainement l’un des plus forts de la saison, avec une collection contemporaine, une explosion de couleurs et un décor plein de peluches et de marbre – un vrai régal pour les yeux. Sans parler de la bande-son, créée pour l’occasion par Richie Hawtin. A la fin de la vidéo, on pouvait observer quelques mannequins danser sous la lumière des stroboscopes, comme dans une boîte de nuit. Paillettes et manteaux en fausse fourrure étaient de la partie. C’était les « Années folles » que l’on nous promet depuis si longtemps, et elles étaient tout aussi hédonistes qu’il y a cent ans. Après son défilé Homme, en janvier, Miuccia Prada avait pourtant prévenu: le moment n’était pas propice à l’exubérance. Aujourd’hui, elle semble avoir changé d’avis: « Quelque chose grandit, très lentement, petit à petit. Je ressens une certaine excitation, un optimisme croissant », expliquait la créatrice via Zoom après sa présentation. Et Raf Simons d’ajouter: « Ce qui grandit, c’est le désir de mouvement, d’action, d’une nouvelle énergie. Nous espérons tous que les choses s’amélioreront bientôt. Espérons que ce sera au plus tard à la fin de l’année, lorsque cette collection sera en magasin. »

Nos coups de coeur des dernières Fashion Weeks
© SDP

D’autres créateurs ont aussi exprimé ce besoin de bouger, en axant leur défilé sur la danse, comme chez Dries Van Noten (sur la scène du deSingel), chez Dior (dans la galerie des glaces à Versailles), mais aussi chez Lanvin (dans un hôtel de luxe, avec, comme invité, le rappeur Eve). Quant à Chanel, la marque a troqué le Grand Palais monumental pour le Castel, un club de nuit claustrophobique, lieu de prédilection de la jet-set depuis 1962. En résulte une toute nouvelle vision de la griffe. Chez Balmain enfin, les tops ont déambulé sur les ailes d’un jet d’Air France: une autre manière d’exprimer le désir de liberté.

Dans son ensemble, le secteur semblait ainsi voir parfois la vie à travers des lunettes roses. Sans pour autant sombrer dans l’overdose de paillettes, le noir et le beige gardant leur place au dressing…

Chloé
Chloé© SDP

Messages confidentiels

A Paris, deux « débutants » étaient par ailleurs sous le feu des projecteurs. Chez Chloé, Gabriela Hearst a filmé ses filles, by night, dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans le coin du Castel. Le premier mannequin sortait du café Lipp, là où la fondatrice de Chloé, Gaby Aghion, défilait dans les années 50. Ainsi la créatrice actuelle a fait un lien direct avec l’histoire de la maison. Tout pile le jour du centième anniversaire de Gaby Aghion, c’était bien joué. Le vestiaire proposé revendiquait une approche durable: ni polyester ni viscose, mais bien du denim et du cachemire recyclés, ainsi qu’un sac à main tiré tout droit des archives, le modèle Edith, retravaillé à partir de surplus de tissus d’anciennes collections.

Courrèges
Courrèges© SDP

L’autre nouveau venu était le Belge Nicolas Di Felice, désormais à la tête de Courrèges. Et ses débuts furent assez spectaculaires, avec des tops marchant autour d’un cube blanc minimaliste, positionné quelque part non loin du périphérique. Dans sa collection, le créateur a adapté l’héritage moderniste des années 60 de la marque aux tendances de 2021. De précédentes tentatives de sauver le label ont échoué. Croisons les doigts pour que celle-ci soit la bonne.

Vivienne Westwood
Vivienne Westwood© SDP

De manière générale, les défilés les plus convaincants de cette saison ont été les plus intimistes et personnels, où l’on pouvait se sentir vraiment impliqué et touché en tant que spectateur. Le duo bruxellois derrière Ester Manas a invité seize femmes à parler du concept de sororité. Pas des mannequins, mais bien seize personnes très différentes et authentiques, dont Anne-Françoise Moyson, rédactrice mode au Vif Weekend. Dans les tableaux de Marine Serre, on pouvait observer des personnes accomplissant des actions du quotidien. Lamine Kouyaté de Xüly.BET, quant à lui, a parlé des enfants de la banlieue parisienne d’Ivry-sur-Seine, où est situé son bureau. Mais aussi de sa mère, et des bonbons dans les boîtes Quality Street. Quant à Vivienne Westwood, elle a chanté une version bancale de The White Cliffs of Dover – un morceau datant de 1941, l’année de sa naissance. « Il y aura de la joie et des rires / Et la paix pour toujours / Demain, quand le monde sera libre. » Avec cette chanson, Vivienne Westwood a rejoint les paroles de Miuccia Prada à Milan.

Les coups de coeur de nos journalistes

Marine Serre
Marine Serre© SDP

Le défilé Marine Serre, selon Anne-Françoise Moyson

« Avec elle, pas de défilé dénué de sens mais un site, marineserrecore.com, qui invite à l’expérience immersive, au plus près de son processus de création, de ses ateliers, de ses matières regénérées, de ses muses, de ses amis. L’esthétique et l’éthique de son hybridité ont pris la forme de films intimes et puissants de simplicité, dans le quotidien de celles et de ceux qui la portent, dans les entrepôts où elle source ses matières, entre les murs de son studio. Elle voulait que ce soit une lettre d’amour, une promesse de transformation pour éviter l’irréparable. Pari gagné. »

Dries Van Noten
Dries Van Noten© Casper Sejersen

Le défilé Dries Van Noten, selon Ellen De Wolf

« Six minutes. Il n’en a pas fallu plus à Dries Van Noten pour m’émouvoir. Une chose que peu de créateurs ont réussi ces dernières semaines. Le plus grand défi du numérique semble être de toucher, de susciter des émotions. C’est également le point de départ de sa collection. « C’est ce qui nous a tous manqué l’année dernière. Nous désirions créer une collection tournant principalement autour de la traduction des émotions. Et le mouvement. En particulier Pina Bausch et la danse belge actuelle », indique Dries Van Noten. Le résultat? Un défilé magistral alliant mannequins et danseurs sur la scène du deSingel à Anvers, avec le titre Angel de Massive Attack comme bande-son. »

Paco Rabanne
Paco Rabanne© SDP

Le défilé Paco Rabanne, selon Jesse Brouns

« Chez Paco Rabanne, le créateur Julien Dossena a laissé des filles en tenues de fête – avec beaucoup de paillettes et de fausse fourrure – sauter en slow motion sur un trampoline. En arrière-plan résonnait la chanson Slave to Love de Bryan Ferry. La vidéo a duré précisément 2 minutes 56. C’était donc une des représentations les plus courtes de ce calendrier de la mode, même si Agnès b a fait encore mieux avec un diaporama d’une minute et demie. Contrairement à d’autres vidéos bien plus longues, on pouvait parfaitement voir les vêtements, même à travers l’écran d’un iPhone. Mais avant tout: les filles ne cessaient de rire, cela faisait du bien. »

Partner Content