Couleurs vives, minijupes, motifs à foison: les sixties sont de retour

© Courrèges (à gauche) - Moschino (au centre) - Prada (à droite)
Katrien Huysentruyt Journaliste

On nous avait promis le retour des Années folles après la pandémie. Pourtant, nous sommes inondés de flash-back des «swinging sixties», de Netflix à TikTok en passant par les Fashion Weeks. C’est que notre époque agitée ressemble à celle, explosive, des années 60.

L’hiver dernier, les élans optimistes des années 60 se faisaient déjà sentir: collants aux couleurs vives chez Versace, carreaux monochromes pour Dolce & Gabbana, ambiance psychédélique signée Anna Sui et minijupes chez Andrew Gn. Chez Courrèges, dont le DA est désormais le Belge Nicolas Di Felice, les robes courtes s’acoquinaient de bottes montant jusqu’aux genoux. Depuis, TikTok a adopté l’eye-liner graphique, avec ou sans la collection Haus of Mod du label beauté de Lady Gaga. Et dans son clip Positions, Ariana Grande semble tout droit sortie d’un Vogue vintage. L’artiste a également lancé une marque de maquillage, r.e.m Beauty, en partie inspirée par cette période dorée. Et le come-back des sixties n’est pas près de s’arrêter là: les minijupes sont en effet à nouveau à l’honneur chez Prada, Versace et Max Mara, entre autres. Des jupettes qu’on retrouve également, dans des teintes vives, dans la collection printemps-été de Dior, rappelant les golden days de Twiggy. Plus largement, la créatrice Maria Grazia Chiuri a redonné vie aux collections de l’un de ses prédécesseurs, Marc Bohan.

FLASH-BACK

Pour rappel, en 1961, sous sa direction, Dior présente le Slim Look, qui repose sur les tendances d’alors et ce que l’éditrice de mode Diana Vreeland, chez Vogue, baptise «Youthquake», une révolution dans le monde de la mode, portée par la génération des baby-boomers et leur style «mod». Les mods sont les enfants de la génération qui a vécu la guerre. Ils ont grandi dans un esprit de conformité, d’austérité et de pauvreté. A l’adolescence, ils se sont rebellés contre ce système, en consommant – des disques, des vêtements, des coupes de cheveux excentriques et des Vespa – mais aussi en apportant des idées nouvelles. L’indépendance économique, sexuelle et sociale des femmes est considérée comme le catalyseur du mouvement. La haute couture n’est pas épargnée. Pour la première fois, la culture et le style des jeunes donnent le ton. Les boutiques britanniques branchées, comme l’emblématique Biba, sont les premières à vendre une mode cool et abordable. En pionnière: la mère de la minijupe, Mary Quant. Dans sa boutique Bazaar, située sur King’s Road dans le quartier londonien de Chelsea, elle offre aux jeunes femmes le vestiaire qu’elles souhaitent: pratique, élégant, libre. En réaction, des couturiers comme Paco Rabanne, André Courrèges et Yves Saint Laurent commencent aussi à dessiner des minijupes ou s’essayent à la très futuriste tendance Space Age. Des maisons de haute couture comme Balenciaga abandonnent en cours de route, et ferment leurs portes. Chez Dior, Marc Bohan se voit confier la ligne Christian Dior, avec pour mission de l’adapter au nouveau marché.

ÉLECTROCHOCS

Et aujourd’hui, ce dressing novateur fait son come-back, tant le terrain est propice. La palette de couleurs optimistes des années 60 se prête parfaitement à une certaine joie post-pandémique. Par ailleurs, on sait que les périodes de crises génèrent souvent une envie de nostalgie et de retour à des tendances familières. Nous ne les avons pas tous vécues nous-mêmes, mais les sixties sont une époque bien documentée et photogénique, notamment grâce aux petit et grand écrans. Ainsi par exemple, l’esprit de la série Le jeu de la dame, qui a cartonné en 2020, coïncide avec l’ère mod. Les vestes en PVC, les minijupes, les collants aux couleurs vives et la coupe Vidal Sassoon de Mary Quant ont même eu droit à leur propre biopic en 2021. Par ailleurs, les grandes expos sont souvent de véritables précurseurs de tendances. En mars, Beautiful People a fermé ses portes au Fashion and Textile Museum de Londres. Le sujet: les célèbres boutiques de Chelsea qui ont été le moteur de la révolution fashion. Parmi elles, Apple, imaginée par les Beatles. Coïncidence ou non, Apple TV a sorti cette année le documentaire Get Back, qui aborde également la garde-robe stylée des Fab Four. Avant la sortie du documentaire, Paul McCartney a déclaré: «Je pense que nous avions vraiment beaucoup de style. C’était fantastique: nous venions d’arriver à Londres à 20 ans, découvrions les boutiques de King’s Road… Ça a marqué nos vies.»

WARHOL ET MUSK

La culture des jeunes des années 60 – comme celle d’aujourd’hui – était le produit de la révolution et de la technologie. La série Netflix consacrée à Andy Warhol met l’accent sur ces parallèles. Le pop art de l’Américain propose une vision ironique de la toute nouvelle société de consommation de ce temps-là. Pour lui, la célébrité était l’apogée de cette évolution. Sa fameuse citation «A l’avenir, chacun aura droit à son quart d’heure de célébrité» s’est finalement avérée prophétique. Aujourd’hui, cet appel à la consommation et l’impact des médias (sociaux) sont de nouveau mis en cause. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là. Les années 60 ont été une décennie très tendue, surtout aux Etats-Unis, avec des questions qui sont toujours très pertinentes aujourd’hui. Le mouvement des droits civils, l’activisme environnemental, le féminisme, la libération sexuelle et une guerre qui suscite l’indignation générale: six décennies plus tard, les combats n’ont pas vraiment changé. Ajoutez à cela une jeune génération qui s’oppose à l’establishment en optant pour la protestation pacifique et la désobéissance civile, et voilà les Marches pour le climat. Pendant ce temps, la guerre froide d’antan se réchauffe de façon inattendue en Ukraine et Bezos, Branson et Musk repartent à la conquête de l’espace. Optez donc pour la robe Barbarella Spage Age: nous avons atterri au beau milieu des sixties.

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