Réappropriation culturelle ou inspiration: la mode peut-elle piocher dans les cultures autochtones, sans aucune gêne?

Janvier 2013, Kim Jones, alors directeur artistique de Louis Vuitton, en grande conversation avec Antoine Arnault (LVMH) et son épouse, le top model Natalia Vodianova. Kim Jones porte un foulard inspiré du shuka masai, qui tire lui-même ses origines du tartan que les commerçants et les missionnaires écossais ont apporté dans la Vallée du Grand Rift au 19e siècle, en Afrique de l'Est

Le monde de la mode se défend à son tour contre les accusations d’appropriation culturelle, après l’offensive lancée par le Mexique contre la maison de couture américaine Carolina Herrera, accusée de plagier des motifs locaux.

A Paris Fashion Week, qui s’achève dimanche, les créateurs interrogés par l’AFP jugent que les emprunts sont légitimes, mais définissent les lignes à ne pas franchir.

C’est Wes Gordon, directeur artistique de la griffe new-yorkaise fondée par la styliste vénézuélienne Carolina Herrera, qui s’est retrouvé dans la tourmente après sa collection Resort 2020, inspirée des « vacances latino-américaines », débordant de couleurs et de broderies.

1.0Solidarity with Mexico 🇲🇽
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We ask @carolinaherrera to #GiveCredit and compensate the Mexican artisans from Tenango de Doria. Please share this campaign and help us to end up the cultural appropiation in fashion.

Photos – Carolina Herrera Resort 2020
– Traditional tenango piece embroidered by artisan Elvira Clemente Gomez at her home in Santa Monica, Tenango de Doria, Hidalgo, Mexico.
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Tenango is a style of embroidery which originated in the Tenango de Doria municipality in the Mexican state of Hidalgo. It is a commercialized version of traditional Otomi embroidery, which was developed in the 1960s in response to an economic crisis. It is estimated at over 1,200 artisans practice the craft in Tenango de Doria and the neighborhing municipality of San Bartolo Tutotepec. https://en.wikipedia.org/wiki/Tenango_embroidery
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Le gouvernement mexicain a protesté contre l’utilisation des motifs de Tenango de Doria, une localité très pauvre, nichée dans les montagnes du centre du Mexique, l’accusant d' »appropriation » de l’artisanat indigène.

Cet exemple est le dernier en date d’une série de polémiques.

Il y a quatre ans, une autre communauté mexicaine autochtone s’en était prise à la créatrice française Isabel Marant, lui reprochant d’avoir emprunté le design de la blouse de la communauté des Tlahuitoltepec, vieille de 600 ans. Auparavant, le Mexique avait protesté contre certains motifs utilisés par Zara, Mango ou Michael Kors.

Blouse brodée Vicky d'Isabel Marant
Blouse brodée Vicky d’Isabel Marant© DR

« Cela appartient à tous »

Des dirigeants mexicains veulent durcir une loi sur le droit d’auteur qui protège déjà les savoir-faire traditionnels pour punir « le plagiat dont différents peuples autochtones ont souffert ».

« J’ai fait mes études a l’académie d’Anvers où l’on apprend à s’inspirer des cultures, il n’y a rien de honteux à cela », estime au contraire le Belge Kris van Assche, directeur artistique de Berluti, qui a été pendant 11 ans le créateur des collections hommes de Dior.

Kris Van Assche
Kris Van Assche © REUTERS

« Il faut faire attention à ne pas attaquer tout le monde sur à peu près tout. L’inspiration vient forcément de quelque chose, le but c’est de le reconnaître et de le réinterpréter ». Pour lui, la ligne rouge c’est : « être « respectueux ou pas ».

Alejandro Gomez Palomo, jeune star espagnole montante, est plus catégorique. L’appropriation culturelle est un concept que « nous devrions tous oublier, il y a trop de polémiques, alors que nous vivons dans un monde globalisé », a lancé le styliste, qui vit dans le village andalou, où est localisée sa marque Palomo Spain.

« La culture appartient à tout le monde. Plutôt que de nous nuire, Carolina Herrera nous rapproche de la culture en général et de celle du Mexique en particulier », a-t-il ajouté. « C’est comme si les gens m’accusaient d’une appropriation culturelle parce que j’utilise les volants! », comme sur les robes des gitanes.

Aider les autochtones

Le créateur britannique Kim Jones, qui a succédé à Kris Van Assche chez Dior homme l’année dernière, insiste sur le fait qu’il faut avoir « énormément de sensibilité » dans cette question.

« Vous devez traiter tout le monde avec beaucoup de respect. J’ai grandi dans des pays différents, il y a partout des particularités », souligne-t-il. « Il suffit de parler aux gens, travailler avec eux, les écouter, célébrer ce qu’ils font et cela ira ».

Pendant son long règne chez Louis Vuitton, Kim Jones a appris à quel point la question pouvait être complexe.

Ayant grandi au Kenya et en Tanzanie, il a introduit le shuka, la célèbre robe à carreaux rouges et bleus du peuple massaï, lors d’un défilé homme pour la maison de luxe française.

1.0#photooftheday Mara is not just about the big cats or the big five. The biggest attraction are the people of the land, The Maasai Tribe, as photographed not far from the Talek entry gate of the Maasai Mara National Reserve.

Shot on #Sony #a7r3 with #sel2470gm
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Cela a suscité des protestations de la part de Massaï, dont certains ont depuis engagé des avocats pour réclamer des dommages aux marques comme Calvin Klein, Ralph Lauren, Jaguar Land Rover, ayant utilisé leur iconographie.

Pourtant, originellement le shuka tire ses origines du tartan que les commerçants et les missionnaires écossais ont apporté dans la Vallée du Grand Rift au 19e siècle, en Afrique de l’Est.

Pour Kim Jones, la question se résume à deux choix: « appréciation ou appropriation culturelle ». « Lorsque j’ai travaillé sur des choses qui ont été référencées culturellement, nous avons soit demandé aux personnes concernées si elles nous autorisaient à le faire, et elles percevaient alors une rétribution, soit nous avons travaillé ensemble pour fabriquer ces choses. Les aider, c’est vraiment essentiel ».

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