Tous les parents transmettent des choses qui leur échappent. Mais je n'ai pas envie d'être tenue responsable du succès d'Angèle et de Roméo. De même, je n'aurais pas aimé être responsable de leur échec. Il y avait peut-être un bon terreau mais c'est leur propre chimie. Et je ne dois pas les protéger, ils font cela très bien tout seuls. Et puis surtout, ils savent qu'on est là, c'est compris dans le paquet.
...

Tous les parents transmettent des choses qui leur échappent. Mais je n'ai pas envie d'être tenue responsable du succès d'Angèle et de Roméo. De même, je n'aurais pas aimé être responsable de leur échec. Il y avait peut-être un bon terreau mais c'est leur propre chimie. Et je ne dois pas les protéger, ils font cela très bien tout seuls. Et puis surtout, ils savent qu'on est là, c'est compris dans le paquet. J'ai réglé le problème du succès. Je suis heureuse de jouer, et mon bonheur de travailler n'est pas proportionnel au nombre de places que je vends. Pour autant que je puisse continuer à faire ce métier comme je le fais, sans entraves, en étant créative. Tout cela fait mon bonheur. Je ne suis pas sûre que j'aurais été capable de vivre ce que mes enfants vivent, il faut des qualités dont je suis sans doute dépourvue, mon émotivité, ma difficulté à pouvoir gérer plusieurs choses en même temps ne m'aident pas. Je ne suis donc pas en rivalité avec eux. Je passe beaucoup de temps à ne rien faire. Quand j'étais jeune, je culpabilisais, mais avec l'âge, j'ai découvert que ce n'était pas si grave que ça. L'ennui a cette vertu de laisser mon esprit tourner parfois fou dans ma petite tête et alors je trouve un truc un peu créatif à faire. En regardant les archives de la Sonuma qui me fascinent, la connexion s'est faite. Mon premier play-back, c'était une gardienne de but belge dans un petit reportage daté de 1966. Aujourd'hui, j'ai 15.000 abonnés sur Instagram, j'ai l'impression de pouvoir les surprendre, en tout cas de ne rien m'interdire. Et ce n'est jamais du foutage de gueule, juste une tentative d'incarnation, un défi parfois, une performance. Je trouve que c'est vraiment une attitude de "vieux con" de se plaindre qu'on ne puisse plus rien dire et que l'humour, c'était mieux avant. Certes, dans un stade de foot, on ne peut plus crier "Enculé", et c'est sûrement très troublant pour ceux qui ont eu une telle liberté d'expression de devoir se remettre en question, mais c'est intéressant. A l'époque des Snuls, il y avait cinq humoristes qui faisaient le tour des télés, des hommes, blancs. Alors quand aujourd'hui des filles s'emparent du stand-up, je trouve ça bien. De même des gens issus de l'immigration, des lesbiennes, des gays, des transgenres ou des travestis, que tout cela bouge.Je ne voyais pas l'utilité de me revendiquer féministe, jusqu'au jour où... Je viens d'une génération où il me semblait que le combat était pratiquement gagné. Dans mon quotidien, dans les rapports que j'avais avec mon mari, avec mon travail, alors que j'étais l'une des premières filles dans les médias et l'humour, il y avait bien parfois un peu de résistance, mais j'avais l'impression que c'était sur une bonne voie. Ce n'est pas MeToo qui m'a fait changer d'avis mais une exposition photo, qui montrait des femmes confrontées à l'avortement dans le monde, et à quel point elles étaient maltraitées. Ce fut soudain évident, je ne pouvais pas ne pas être féministe, rien que pour ces femmes-là. Et revendiquer la sororité. Regarder, cela vient de l'enfance. N'ayant pas énormément d'aptitudes sportives ou intellectuelles, je peux vraiment passer du temps à observer les autres. Je ne les regarde pas en me disant: "Je vais vous copier" mais c'est comme si je les mangeais. Après, il y a des choses que l'on digère et d'autres pas. Je n'aimerais pas être à la place de ceux que j'observe. J'aurais même horreur qu'on me regarde ainsi, c'est un peu indécent.Vieillir, cela n'a rien de réjouissant. Ça n'est pas joyeux de décliner. Le seul avantage en vieillissant, c'est qu'on est un peu plus tolérant avec soi-même, on relativise et on est moins intransigeant avec les autres. Je n'étais pas cool avec les gens quand j'étais plus jeune, je pensais tout savoir. C'est d'ailleurs le privilège de la jeunesse : on a l'impression qu'on a tout pigé, on ne se rend absolument pas compte qu'on va encore apprendre et que des surprises vont nous tomber dessus.