L'image a fait le tour du monde : un ours polaire suspendu entre ciel et terre. Sur fond de ciel bleu et pics enneigés, l'animal s'est offert une promenade en hélicoptère. Que fait la société protectrice des animaux ? Rien. Car, pas de panique, fixé au bout d'un long harnais, le plantigrade s'avère être une sculpture en résine signée Richard Orlinski, un plasticien français à succès dont les oeuvres sont prisées surtout aux Etats-Unis. L'opération périlleuse qui a consisté à poser sur un socle blanc ce Standing Wild Bear de 5 mètres de hauteur a fait l'objet d'une séquence vidéo à revoir sur YouTube. Logique, l'implantation d'un tel géant dans un environnement aussi inattendu, à 2 700 mètres d'altitude, relève quasi de la performance.
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L'image a fait le tour du monde : un ours polaire suspendu entre ciel et terre. Sur fond de ciel bleu et pics enneigés, l'animal s'est offert une promenade en hélicoptère. Que fait la société protectrice des animaux ? Rien. Car, pas de panique, fixé au bout d'un long harnais, le plantigrade s'avère être une sculpture en résine signée Richard Orlinski, un plasticien français à succès dont les oeuvres sont prisées surtout aux Etats-Unis. L'opération périlleuse qui a consisté à poser sur un socle blanc ce Standing Wild Bear de 5 mètres de hauteur a fait l'objet d'une séquence vidéo à revoir sur YouTube. Logique, l'implantation d'un tel géant dans un environnement aussi inattendu, à 2 700 mètres d'altitude, relève quasi de la performance. Quelques jours plus tard, le sommet de la Vizelle, une piste phare de Courchevel, accueillait un autre pensionnaire : un Walking Wild Bear blanc de 4 mètres de longueur. A la réalisation ? Orlinski, encore lui. Entre la station qui vient de fêter ses 70 ans et le sculpteur que s'arrachent des stars telles que Sharon Stone, Pharrell Williams, Meryl Streep, Harrison Ford ou Rihanna, on peut carrément parler d'une histoire d'amour qui dure depuis plusieurs années. Qu'elles soient bleues ou rouges, les descentes de la Mecque huppée de la vallée de la Tarentaise ont fait place à d'autres pièces, dont Wild Kong, un singe rouge se frappant le torse qui n'est pas sans évoquer un célèbre homologue ayant pris ses aises en haut de l'Empire State Building. La très centrale place du Rocher, elle, donne à voir d'autres figures du bestiaire Orlinski dans une version ajourée Inox. L'idée de faire des pentes neigeuses une galerie à ciel ouvert ne pouvait que séduire la clientèle chic de Courchevel. Il faut s'attendre à rencontrer du collectionneur à la pelle dans une station où l'on trouve du Château Brane-Cantenac au Spar, et où l'on dénombre trois palaces - Cheval Blanc, Les Airelles, le K2 - ainsi que dix-huit hôtels 5-étoiles. Cette idée, on la doit aux galeries Bartoux, qui possèdent une belle expertise en la matière. Nées à Honfleur, elles ont cette expérience du collectionneur en vacances, elles le traquent jusque sur son transat. Ça se tient : au repos et en famille, on relâche la garde, on est plus enclin à l'achat impulsif. En partenariat avec la station savoyarde, ces galeries organisent donc chaque année un événement hivernal dont le nom - L'Art au sommet - ne laisse planer aucun doute sur la tonalité artistico-poudreuse. La manifestation, qui existe depuis 2009, proposera sa neuvième édition au cours de la saison hiver 2017-2018. Les opus précédents ont fait la part belle à des thématiques aussi variées que Dalí, Botero ou, dans sa variante la plus récente, le street art. Un large public a été séduit. Sur place, personne ne boudait son plaisir entre ce couple de traders britannique qui affirmait venir chercher une " bouffée d'art pur ", ou cet agent immobilier belge se réjouissant à l'idée de découvrir " un registre artistique différent " de celui qu'il a l'habitude de côtoyer. " J'aime l'idée d'un art en libre accès. Ne pas être obligé de franchir la porte d'un musée ou d'une galerie... mais laisser les oeuvres aller à la rencontre des gens. Les montagnes constituent un écrin sublimissime. Le ciel, le soleil, les cimes qui se découpent derrière les sculptures, cela leur donne un relief particulier ", se réjouit Richard Orlinski. Il faut avouer que, même si ce serait mentir que d'affirmer que tous les artistes exposés soulèvent l'enthousiasme, la mécanique est drôlement bien huilée. Nul besoin de faire des efforts, la création s'affiche en grand aux quatre coins du panorama. Au sommet des Chenus, à 2 238 mètres d'altitude, on fait connaissance avec le travail de Julien Marinetti. A la fois peintre, sculpteur et graveur, ce Parisien né en 1967 y a installé son Doggy John, un bouledogue français en bronze peint. L'ambition ? " Réaliser un syncrétisme de la peinture et de la sculpture ", selon l'intéressé. Mais Marinetti ne s'en est pas tenu là, il a également convié ses pandas BA, qui ont fait un tabac à Singapour, à le représenter en trio du côté du téléphérique du sommet de la Saulire, à 2 700 mètres. Sans oublier une fratrie de pingouins - Bob et ses copains - s'ébrouant sur la passerelle de la Croisette. Dans ce même esprit d'efficacité spectaculaire, il faut pointer Noe Two, artiste contemporain issu du graffiti. Lui aussi -cette récurrence mérite d'ailleurs d'être questionnée - déroule une imagerie au sein de laquelle l'animal occupe une place de choix. On pense particulièrement à son emblématique gorille Yaoundé, puissant singe représenté cigare au bec sur une énorme bâche de 6 mètres sur 2 placée sous le pont des Chenus. Pionnier du mouvement urbain en France, Noe Two s'est aussi fendu d'une intervention sur une télécabine sous la forme d'un impressionnant lion rugissant. Plus opportunistes sont les créations d'un Fred Allard qui a fait du détournement de marques sa signature. Ainsi de ses fameux " sacs " hybrides : Chanel-Coca-Cola, Fendi-Pepsi, Dior-Orangina. La programmation artistique tire également des ficelles subtiles. On en veut pour preuve la présence d'une artiste-fleur du graffiti, à savoir Miss.Tic. Avec elle, le propos est différent. Ses pochoirs résolument féministes - une vraie respiration dans un univers de pratiques citadines trop souvent machistes - plantent une atmosphère poétique où le langage occupe une place prépondérante. Ainsi de " Je n'ai de maternelle que la langue " ou " L'art nuit à la stupidité ", slogans forts de l'univers de cette Parisienne. " Je sais compter jusqu'à toi ", proclame-t-elle sur une bâche jouxtant le travail de Noe Two. Impossible de ne pas évoquer son " Sourire nuit gravement à la morosité " qui était aussi à découvrir chez Bartoux. Dans ce même esprit de poésie graphique, on évoquera la présence de JonOne. Pionnier du genre, il figure parmi les hérauts du street art en Europe. Originaire de New York, l'homme possède une vraie patte qui concentre le talent du coloriste et la finesse du calligraphe. Son oeuvre s'inscrit de façon évidente au coeur de l'histoire de la peinture. Autoproclamé " peintre graffiti expressionniste abstrait ", ce qui n'a rien de prétentieux quand on découvre l'éclat de son intervention sur l'une des bennes du téléphérique de la Saulire. Pas de doute, ce qui distingue John Perello - son vrai nom - est sa prédilection pour " l'agitation et le mouvement de la couleur plutôt que la figuration ", une révélation qui lui serait venue en regardant les traînées de peinture sur une rame de métro. Un autre pionnier, Seen, connu comme le " godfather of graffiti ", a bluffé Courchevel grâce à son style percutant hérité tout droit du Bronx où il est né en 1961. Enfin, il faut aussi mentionner le très beau travail de " Rébecca ( ! ) ", une plasticienne assumée " fabulatrice " qui a fait parler d'elle en investissant la boutique de Chantal Thomass durant la FIAC. Elle est intervenue sur quatre anciennes cabines, vingt perches et un télésiège, en les enrobant de rubans de bretelles de soutien-gorge récupérés parmi les invendus des grandes marques. Une autre façon de rappeler la nécessité du féminin dans l'art urbain. Bien sûr, ce foisonnement arty ne s'écrit pas qu'en extérieur, plusieurs lieux et hôtels prolongent le feu d'artifices visuel, entre la galerie Grulier, dont l'écurie d'artistes - Joy, Hubert Privé, Isabelle Scheltjens... - est taillée pour une clientèle flamboyante, et le Cheval Blanc qui, Bernard Arnault oblige, fait place à une oeuvre de Murakami. Ce n'est pas un secret, " Courch' " traîne derrière elle l'a priori selon lequel y dévaler les pistes revient à " skier avenue Montaigne ". S'il est indéniable que le luxe est une dimension essentielle d'un séjour sur place, le propos mérite d'être tempéré. Ses 40 000 lits - moitié commerciaux, moitié privés - affichent aussi bien des possibilités de logement à 35 000 euros la nuit qu'à... 135 euros la semaine. Un montant pour lequel le vacancier ne se voit pas attribuer un " placard " mais bien un produit labellisé dont les standards sont vérifiés chaque année. L'avantage pour le quidam qui se rend modestement sur place, c'est de pouvoir profiter des facteurs qui ont fait de Courchevel un incontournable de la neige. On pense surtout à la formidable situation de village ouvert sur la montagne à la manière d'un amphithéâtre qui lui sourit de toutes ses dents blanches. L'horizon de celui-ci ? Les 3 Vallées, le plus grand domaine skiable au monde. L'autre axe significatif du développement de cette pionnière construite en 1946 sur un terrain vierge, c'est l'immédiateté. Nathalie Faure de l'office du tourisme explique : " Le capitaine d'industrie qui arrive ici ne vient pas pour endurer des épreuves supplémentaires, il est en demande de plaisir instantané, skis aux pieds. La bonne nouvelle, c'est que ce qui est à portée de main de l'homme d'affaires bénéficie à tout le monde. Je pense par exemple à l'enneigement. 80 % du domaine au-dessus de 1 850 mètres d'altitude, 90 % du domaine est orienté nord, et il y a 600 canons à neige dernière génération. Courchevel ne craint pas les hivers doux... Sans oublier le remarquable travail accompli par les pisteurs et les dameurs. " Autre point fort dont tout un chacun peut profiter : le service omniprésent. A tel point qu'après quelques jours sur place, on s'irrite presque d'avoir à pousser une porte pour l'ouvrir. Bien évidemment, tout cela comporte un danger, celui de ne plus s'étonner de rien, comme de trouver du wi-fi à 2 251 mètres d'altitude... Courchevel, tu m'as pourri.