Qui?

Photographe espagnol vivant entre Majorque et New York, Tomeu Coll (1981) s'est taillé une belle réputation en matière de photojournalisme. Cette aura, il l'a glanée en se voyant attribuer plusieurs récompenses (pendant deux années consécutives il a remporté l'Award of Photojournalism of Illes Balears). Aux Etats-Unis, le Smithsonian magazine l'a désigné "shooting star", un titre envié qui sacre des étoiles montantes de la photographie internationale. Outre le fait que son travail est publié par la crème de la presse mondiale (Stern, Der Spiegel...), on mentionnera l'éclairante anecdote suivante: Coll a créé The Erotic Eye Workshop, des formations atypiques pour exercer l'oeil des chasseurs d'images professionnels à regarder le monde à travers le prisme de la sexualité. Le tout imaginé avec l'iconique Donna Ferrato, talent américain connu pour ses photos dénonçant la violence faite aux femmes.

© TOMEU COLL

Quoi?

Comme son titre le laisse présager, Suburbia se penche sur la banlieue et sur les gens qui la peuplent. Loin de rendre un verdict définitif sur cette zone géographique en perpétuel déclassement, Tomeu Coll y projette son ombre, rappelant ainsi que ce que l'on montre du doigt n'est pas sans entretenir un lien profond avec nous-mêmes. Le photographe d'évoquer Nietzsche: "Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l'abysse, l'abysse le scrute à son tour."

Pourquoi?

Pour découvrir un oeil dont les images en noir et blanc sont inédites en Belgique. Egalement pour le portrait saisissant de ce clochard aux yeux vitreux qui mendie dans les rues de Venise. Cette terrible ironie: il ne voit rien et incarne à son corps défendant tout ce que l'époque refuse de regarder.

Tomeu Coll, Suburbia, Galerie Jacques Cerami, 346, route de Philippeville, à 6010 Charleroi. www.galeriecerami.be Jusqu'au 21 décembre prochain.