Opinion

Delphine Kindermans

Quand les réseaux sociaux font de leur nez

Delphine Kindermans Secrétaire de rédaction au Vif

Il est vrai que personne n’y échappe. Mais, plus encore que d’autres, les parents sont aux premières loges pour observer le pouvoir de nuisance des smartphones – et du digital au sens large.

Quiconque a déjà invité son fils ou sa fille à faire passer l’engin en mode « silencieux » sait que c’est une gageure, le faire éteindre équivalant quelques fois à un casus belli. Mais la pollution acoustique pendant les repas familiaux et les enfants zombies, là de corps mais pas d’esprit, pourraient n’avoir été que les signes annonciateurs d’un danger plus important. Aujourd’hui, en Corée du Sud, pays singulièrement accro à YouTube et Instagram, 30% des adolescentes recourent en effet à la chirurgie esthétique. Motif: se conformer aux standards de beauté imposés par la Toile… parfois à coups d’avatars – difficile, dans ces conditions, d’atteindre leur perfection clinique. En Occident également, on commence à constater les dégâts. L’Association des chirurgiens plasticiens américains en est même venue à alerter l’opinion, suite à une inquiétante augmentation de demandes de rhinoplastie, surtout chez les jeunes. C’est que le phénomène « selfie », et sa contrainte intrinsèque de manque de recul, grossit l’appendice nasal à l’image. Les adeptes du genre entendent dès lors le raboter pour lui donner une dimension s’approchant de celle qu’il a dans le monde hors champ.

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Et la pression ne concerne pas que les anonymes. Avec Victime des réseaux, la chanteuse Angèle signe un texte inspiré par la réalité des gens de sa génération, célèbres ou non: « Le truc, c’est qu’elle est plus jolie, et ça fout la haine. Puis elle poste une photo et l’autre elle met un « j’aime ». Et puis elle se sent mal. Pourquoi faire semblant de bien l’aimer? Car en attendant, c’est bête mais elle veut lui ressembler. »

Outre-Atlantique, Selena Gomez, la chanteuse et actrice qui se fit connaître en interprétant, dès 15 ans, le rôle d’Alex Russo dans la série Les sorciers de Waverly Place, a pris une décision radicale. En septembre dernier, la baby star, désormais âgée de 26 ans, publiait un post dans lequel elle se félicitait que diverses applis offrent « à chacun d’entre nous une voix » mais se disait dans le même temps « heureuse de pouvoir m’en retirer pour vivre ma vie en étant pleinement présente à ces moments qui me sont donnés ». Un message lourd de sens quand on sait qu’elle était alors à l’aube d’une grave dépression… Depuis, elle va mieux. Mais son petit nez retroussé n’est pas réapparu sur Instagram. Puissent ces deux cas amener à réfléchir ces Millennials qu’on sait particulièrement influencés par leurs idoles.

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