Quand est-ce qu'un acte de violence ou de harcèlement revêt-il une dimension sexiste ? Comment les reconnaître, comment les distinguer ?

Le harcèlement ou les violences, que ce soit dans l'espace public ou l'espace virtuel, prennent une dimension sexiste à partir du moment où cela est fait à la personne en raison de son sexe et/ou de son genre ou de son orientation sexuelle. Il s'agit d'imposer des propos et/ou des comportements qui ont pour effet de porter atteinte à la dignité des personnes visées, en créant une situation humiliante, intimidante, offensante, etc. Dans le contexte patriarcal de notre société, les auteurs sont majoritairement des hommes et les victimes sont majoritairement des femmes ou des personnes transgressant les normes sociales de genre, comme les personnes LGBTQI+.

Comment à expliquer aux ados, filles comme garçons, qu'il ne suffit pas de " fermer son compte " ou d'ignorer les attaques, que cette violence systémique a pour effet de restreindre la place des femmes sur l'espace public, fût-il virtuel ? Que cette somme de faits " isolés " révèle un problème d'une ampleur qui les dépasse - et qu'il faut combattre de toute urgence ?

Les violences à l'égard des femmes, dont fait partie le harcèlement sexiste en ligne, découlent du fait que notre société est patriarcale. En effet, il existe une hiérarchie entre les genres qui se traduit par de nombreuses inégalités entre les femmes et les hommes ainsi que des violences à l'égard des femmes et ce, dans de multiples domaines de la vie quotidienne. Notre travail, au sein de la Fédération des Centres de Planning Familial des FPS, est de faire prendre conscience de ce contexte patriarcal menant à ces violences multiples que les femmes subissent. Les centres de planning familial (CPF) sont également des acteurs-clé en termes de violences et éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS). C'est notamment par une généralisation de l'EVRAS, en contexte scolaire ou non, que l'on peut sensibiliser aux violences faites aux femmes, mais également par de l'éducation aux médias ou encore via des campagnes de sensibilisation.

Concernant spécifiquement le phénomène de harcèlement sexiste en ligne, il est important de souligner qu'il vise toutes les femmes, peu importe le milieu culturel, économique et social, et pas uniquement les femmes dites " visibles " en ligne comme les journalistes ou encore les politiques. D'après un rapport de l'ONU Femmes de 2015 cité dans le rapport du Haut Conseil à l'Egalité entre les Femmes et les Hommes, 73% des femmes interrogées disent avoir vécu de la violence en ligne. Ainsi, nombre d'entre elles développent progressivement des stratégies d'évitement qui peuvent mener à leur exclusion numérique. Ces stratégies d'évitement renforcent la fracture numérique existante. Or, l'accès à Internet est de plus en plus perçu comme un droit fondamental et comme essentiel pour le bien-être socio-économique de chacun et chacune.

Il est primordial de faire prendre conscience aux citoyens et citoyennes qu'ils et elles ont le droit de vivre leur vie relationnelle, affective et sexuelle comme elles et ils l'entendent sans contrainte ni jugement et que chacun et chacune est libre de faire des choix éclairés et consentis.

Par conséquent, la thématique du harcèlement sexiste en ligne constitue un enjeu sociétal et féministe. En effet, d'une part, il s'agit d'un enjeu sociétal car cela nous concerne toutes et tous (auteurs, témoins, victimes) et il est primordial d'en prendre conscience afin de pouvoir lutter contre cette problématique. D'autre part, pour atteindre l'égalité de fait entre les femmes et les hommes cisgenres hétérosexuels, il faut non seulement lutter contre les violences faites aux femmes en ligne, mais aussi garantir qu'elles puissent avoir accès aux espaces publics numériques au même titre que les hommes cisgenres hétérosexuels. Chacun et chacune devrait pouvoir profiter librement de l'espace public en ligne et hors ligne. Il n'est pas normal de devoir mettre en place des stratégies contraignantes pour se protéger d'une éventuelle agression.

Décider de fermer son compte ou de se déconnecter des réseaux (que ce soit temporairement ou non) n'a rien de honteux. L'idée n'est pas de blâmer les victimes qui décideront de le faire, chaque victime adopte la ou les stratégies qui lui convient le mieux. Cela n'est jamais la faute de la victime. C'est l'auteur qui est entièrement responsable de son comportement harcelant.

., Getty Images
. © Getty Images

Comment expliquer aux adolescentes que ce contexte sexiste leur impose des injonctions contradictoires et donc impossibles à tenir (à la fois être désirable, pas coincée, mais se respecter, etc.) et, surtout, que rien de tout ça n'est même souhaitable, et participe à ce sexisme ambiant ?

Via les projets que notre association mène nous souhaitons participer à déconstruire les idées reçues et les tabous autour de problématiques sociétales comme le harcèlement dans l'espace public en ligne ou réel. Il est primordial de faire prendre conscience aux citoyens et citoyennes qu'ils et elles ont le droit de vivre leur vie relationnelle, affective et sexuelle comme elles et ils l'entendent sans contrainte ni jugement et que chacun et chacune est libre de faire des choix éclairés et consentis.

Vous travaillez actuellement sur l'hypersexualisation des ados, les thématiques sont évidemment liées - mais en quoi, selon vous ?

Tout comme le harcèlement sexiste en ligne, l'hypersexualisation des femmes (jeunes et moins jeunes) sur les réseaux sociaux fait partie d'un continuum de violences faites aux femmes. Dans la continuité de notre campagne de sensibilisation et d'informations de 2020 sur le harcèlement sexiste en ligne, nous traiterons de cette thématique dans notre campagne de 2021. Ces deux thématiques ont des influences importantes sur les comportements des femmes en lignes:

- Concernant l'hypersexualisation sur les réseaux sociaux : 30% des jeunes filles disent utiliser des filtres pour embellir leurs photos[1].

- Concernant le harcèlement sexiste en ligne : suite à du harcèlement sexiste en ligne, 1 femme sur 5 dit avoir fermé son compte en ligne pour se protéger[2].

Dans les deux cas, ces phénomènes ont des répercussions notables sur la santé mentale des femmes et leur bien-être : troubles alimentaires, stress, anxiété, dépression, mauvaise estime de soi, etc.

Dans un contexte où les interactions sont majoritairement numériques et font partie de notre quotidien, il nous semble important de sensibiliser aux deux thématiques, afin de permettre aux femmes de s'approprier ou réapproprier le droit d'exister en ligne. Et ce, d'autant plus au vu du contexte sanitaire actuel que nous connaissons qui a amplifié le phénomène des violences en ligne.

Permettre aux femmes de s'approprier ou réapproprier le droit d'exister en ligne

N'oublions pas les actrices et acteurs de terrain qui traitent de la thématique également. Les CPF sont, par exemple, amenés à faire des animations EVRAS sur la thématique. En effet, ces animations permettent d'aborder de nombreux sujets auprès de différents publics (jeune ou moins jeune) et dans différentes lieux (scolaire ou non-scolaire) dans un but d'éducation sans jugement.

Quelles pistes peut-on donner aux ados eux-mêmes, ainsi qu'à leurs parents ? Comment faire pour ne pas reproduire les mécanismes toxiques à l'infini, sous prétexte qu'on a " toujours fait comme ça " ?

Il est primordial que les ados et leurs parents soient sensibilisés à l'ampleur des violences faites aux femmes, en ligne ou non. Cette sensibilisation peut notamment se faire via des campagnes d'éducation permanente comme celle que nous avons réalisé en 2020. Mais il est également important de souligner la nécessité de l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) qui peut se faire notamment dans le cadre scolaire et non-scolaire.

Cependant, la lutte contre le harcèlement sexiste en ligne ne passe pas que par l'éducation, mais également par un changement au niveau des politiques encadrant cette thématique. Dans le cadre de notre campagne, nous avions rédigé une liste de revendications envoyées aux politiques, demandant notamment une meilleure visibilisation des lois et des services d'aide pouvant être mobilisés par les femmes victimes de harcèlement sexiste en ligne.

Le harcèlement sexiste en ligne fait partie d'un continuum des violences, qui sont manifestations de ce système de domination pour maintenir la hiérarchie entre les genres

Les réseaux sociaux ont également un rôle à jouer à ce niveau. Dans une lettre ouverte pointant les problèmes de modération sur ceux-ci, nous amenions à une réflexion sur leur responsabilité en situation de harcèlement, que ce soit par une suppression des comptes problématiques ou par une meilleure modération des commentaires.

Les violences à l'égard des femmes forment un continuum comprenant diverses formes de violences manifestes (comme les insultes sexistes, les viols, et les féminicides, etc.) et plus indirectes (comme le contrôle exercé sur le corps des femmes, par exemple à travers les politiques restrictives en matière d'avortement). Le harcèlement sexiste en ligne fait partie de ce continuum des violences. Ces violences, en ce compris le harcèlement sexiste en ligne, sont l'une des manifestations de ce système de domination pour maintenir la hiérarchie entre les genres. Le harcèlement sexiste en ligne a pour objectif de contrôler la place des femmes dans l'espace public numérique et de contribuer au maintien du système patriarcal. Pourtant, chaque femme devrait avoir le droit de s'approprier l'espace public numérique au même titre que les hommes. C'est pour cela qu'il est important de lutter contre le harcèlement sexiste en ligne.

Comment surmonter la difficulté de trouver de l'aide alors qu'on n'a pas forcément envie de parler à ses parents de son activité en ligne ? Quand la crise sanitaire nous condamne à un maximum d'échanges virtuels ?

Il existe plusieurs pistes de solution face au harcèlement sexiste en ligne, qui ne nécessite pas forcément d'en parler à ses parents :

1. La fuite : supprimer/désactiver son compte, se déconnecter des réseaux pour un moment, bloquer l'agresseur, utiliser des pseudos à la place d'un vrai nom, etc.

2. La confrontation : dire directement à l'agresseur que son comportement est inacceptable. Cela peut faire peur de se confronter directement à lui mais c'est une manière de poser vos limites.

3. Dénoncer : auprès de quelqu'un d'autre qu'un parent, signaler les commentaires auprès du réseau social, signaler une discrimination sexiste auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH).

4. Chercher de l'aide auprès d'un centre de planning familial, via la ligne d'écoute 107 ou via la ligne écoute violences disponible au 0800 30 0 30 (qui est une ligne d'écoute anonyme et gratuite spécialisée dans les violences conjugales), auprès d'un·e psychologue, un·e médecin, un·e juriste ou avocat·e ou auprès d'une structure spécifique comme l'ASBL Femmes de droit - Droit des femmes ou Fem&Law, Child Focus, les Maisons arc-en-ciel, etc.

5. Porter plainte : on peut porter plainte en se rendant dans un commissariat de police. Les inspectrices·teurs sont obligé·e·s de prendre en compte votre plainte. Si possible, vous pouvez apporter des preuves de l'agression (par exemple, des captures d'écran). L'inspectrice·teur de police devra vous remettre une copie du procès-verbal ainsi qu'une attestation de dépôt de plainte. Même si vous n'avez pas porté plainte, vous pouvez faire appel à un service d'aide aux victimes. Il en existe au sein de chaque zone de police (police locale) ou de chaque arrondissement judiciaire (police fédérale).

Le documentaire #SalePute de Florence Hainaut et Myriam Leroy sera diffusé sur La Une ce 12 mai.

[1] ROUSSEAU Christian " L'image de soi chez les adolescentes : des chiffres interpellants ", RTBF, 15 mars 2019.

[2] INSTITUT EUROPPEEN POUR L'EGALITE ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES, Cyberviolence à l'encontre des femmes et des filles, 2017.

Quand est-ce qu'un acte de violence ou de harcèlement revêt-il une dimension sexiste ? Comment les reconnaître, comment les distinguer ?Le harcèlement ou les violences, que ce soit dans l'espace public ou l'espace virtuel, prennent une dimension sexiste à partir du moment où cela est fait à la personne en raison de son sexe et/ou de son genre ou de son orientation sexuelle. Il s'agit d'imposer des propos et/ou des comportements qui ont pour effet de porter atteinte à la dignité des personnes visées, en créant une situation humiliante, intimidante, offensante, etc. Dans le contexte patriarcal de notre société, les auteurs sont majoritairement des hommes et les victimes sont majoritairement des femmes ou des personnes transgressant les normes sociales de genre, comme les personnes LGBTQI+.Comment à expliquer aux ados, filles comme garçons, qu'il ne suffit pas de " fermer son compte " ou d'ignorer les attaques, que cette violence systémique a pour effet de restreindre la place des femmes sur l'espace public, fût-il virtuel ? Que cette somme de faits " isolés " révèle un problème d'une ampleur qui les dépasse - et qu'il faut combattre de toute urgence ?Les violences à l'égard des femmes, dont fait partie le harcèlement sexiste en ligne, découlent du fait que notre société est patriarcale. En effet, il existe une hiérarchie entre les genres qui se traduit par de nombreuses inégalités entre les femmes et les hommes ainsi que des violences à l'égard des femmes et ce, dans de multiples domaines de la vie quotidienne. Notre travail, au sein de la Fédération des Centres de Planning Familial des FPS, est de faire prendre conscience de ce contexte patriarcal menant à ces violences multiples que les femmes subissent. Les centres de planning familial (CPF) sont également des acteurs-clé en termes de violences et éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS). C'est notamment par une généralisation de l'EVRAS, en contexte scolaire ou non, que l'on peut sensibiliser aux violences faites aux femmes, mais également par de l'éducation aux médias ou encore via des campagnes de sensibilisation.Concernant spécifiquement le phénomène de harcèlement sexiste en ligne, il est important de souligner qu'il vise toutes les femmes, peu importe le milieu culturel, économique et social, et pas uniquement les femmes dites " visibles " en ligne comme les journalistes ou encore les politiques. D'après un rapport de l'ONU Femmes de 2015 cité dans le rapport du Haut Conseil à l'Egalité entre les Femmes et les Hommes, 73% des femmes interrogées disent avoir vécu de la violence en ligne. Ainsi, nombre d'entre elles développent progressivement des stratégies d'évitement qui peuvent mener à leur exclusion numérique. Ces stratégies d'évitement renforcent la fracture numérique existante. Or, l'accès à Internet est de plus en plus perçu comme un droit fondamental et comme essentiel pour le bien-être socio-économique de chacun et chacune. Par conséquent, la thématique du harcèlement sexiste en ligne constitue un enjeu sociétal et féministe. En effet, d'une part, il s'agit d'un enjeu sociétal car cela nous concerne toutes et tous (auteurs, témoins, victimes) et il est primordial d'en prendre conscience afin de pouvoir lutter contre cette problématique. D'autre part, pour atteindre l'égalité de fait entre les femmes et les hommes cisgenres hétérosexuels, il faut non seulement lutter contre les violences faites aux femmes en ligne, mais aussi garantir qu'elles puissent avoir accès aux espaces publics numériques au même titre que les hommes cisgenres hétérosexuels. Chacun et chacune devrait pouvoir profiter librement de l'espace public en ligne et hors ligne. Il n'est pas normal de devoir mettre en place des stratégies contraignantes pour se protéger d'une éventuelle agression.Décider de fermer son compte ou de se déconnecter des réseaux (que ce soit temporairement ou non) n'a rien de honteux. L'idée n'est pas de blâmer les victimes qui décideront de le faire, chaque victime adopte la ou les stratégies qui lui convient le mieux. Cela n'est jamais la faute de la victime. C'est l'auteur qui est entièrement responsable de son comportement harcelant.Comment expliquer aux adolescentes que ce contexte sexiste leur impose des injonctions contradictoires et donc impossibles à tenir (à la fois être désirable, pas coincée, mais se respecter, etc.) et, surtout, que rien de tout ça n'est même souhaitable, et participe à ce sexisme ambiant ?Via les projets que notre association mène nous souhaitons participer à déconstruire les idées reçues et les tabous autour de problématiques sociétales comme le harcèlement dans l'espace public en ligne ou réel. Il est primordial de faire prendre conscience aux citoyens et citoyennes qu'ils et elles ont le droit de vivre leur vie relationnelle, affective et sexuelle comme elles et ils l'entendent sans contrainte ni jugement et que chacun et chacune est libre de faire des choix éclairés et consentis.Vous travaillez actuellement sur l'hypersexualisation des ados, les thématiques sont évidemment liées - mais en quoi, selon vous ?Tout comme le harcèlement sexiste en ligne, l'hypersexualisation des femmes (jeunes et moins jeunes) sur les réseaux sociaux fait partie d'un continuum de violences faites aux femmes. Dans la continuité de notre campagne de sensibilisation et d'informations de 2020 sur le harcèlement sexiste en ligne, nous traiterons de cette thématique dans notre campagne de 2021. Ces deux thématiques ont des influences importantes sur les comportements des femmes en lignes:- Concernant l'hypersexualisation sur les réseaux sociaux : 30% des jeunes filles disent utiliser des filtres pour embellir leurs photos[1].- Concernant le harcèlement sexiste en ligne : suite à du harcèlement sexiste en ligne, 1 femme sur 5 dit avoir fermé son compte en ligne pour se protéger[2].Dans les deux cas, ces phénomènes ont des répercussions notables sur la santé mentale des femmes et leur bien-être : troubles alimentaires, stress, anxiété, dépression, mauvaise estime de soi, etc.Dans un contexte où les interactions sont majoritairement numériques et font partie de notre quotidien, il nous semble important de sensibiliser aux deux thématiques, afin de permettre aux femmes de s'approprier ou réapproprier le droit d'exister en ligne. Et ce, d'autant plus au vu du contexte sanitaire actuel que nous connaissons qui a amplifié le phénomène des violences en ligne.N'oublions pas les actrices et acteurs de terrain qui traitent de la thématique également. Les CPF sont, par exemple, amenés à faire des animations EVRAS sur la thématique. En effet, ces animations permettent d'aborder de nombreux sujets auprès de différents publics (jeune ou moins jeune) et dans différentes lieux (scolaire ou non-scolaire) dans un but d'éducation sans jugement.Quelles pistes peut-on donner aux ados eux-mêmes, ainsi qu'à leurs parents ? Comment faire pour ne pas reproduire les mécanismes toxiques à l'infini, sous prétexte qu'on a " toujours fait comme ça " ?Il est primordial que les ados et leurs parents soient sensibilisés à l'ampleur des violences faites aux femmes, en ligne ou non. Cette sensibilisation peut notamment se faire via des campagnes d'éducation permanente comme celle que nous avons réalisé en 2020. Mais il est également important de souligner la nécessité de l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) qui peut se faire notamment dans le cadre scolaire et non-scolaire.Cependant, la lutte contre le harcèlement sexiste en ligne ne passe pas que par l'éducation, mais également par un changement au niveau des politiques encadrant cette thématique. Dans le cadre de notre campagne, nous avions rédigé une liste de revendications envoyées aux politiques, demandant notamment une meilleure visibilisation des lois et des services d'aide pouvant être mobilisés par les femmes victimes de harcèlement sexiste en ligne.Les réseaux sociaux ont également un rôle à jouer à ce niveau. Dans une lettre ouverte pointant les problèmes de modération sur ceux-ci, nous amenions à une réflexion sur leur responsabilité en situation de harcèlement, que ce soit par une suppression des comptes problématiques ou par une meilleure modération des commentaires.Les violences à l'égard des femmes forment un continuum comprenant diverses formes de violences manifestes (comme les insultes sexistes, les viols, et les féminicides, etc.) et plus indirectes (comme le contrôle exercé sur le corps des femmes, par exemple à travers les politiques restrictives en matière d'avortement). Le harcèlement sexiste en ligne fait partie de ce continuum des violences. Ces violences, en ce compris le harcèlement sexiste en ligne, sont l'une des manifestations de ce système de domination pour maintenir la hiérarchie entre les genres. Le harcèlement sexiste en ligne a pour objectif de contrôler la place des femmes dans l'espace public numérique et de contribuer au maintien du système patriarcal. Pourtant, chaque femme devrait avoir le droit de s'approprier l'espace public numérique au même titre que les hommes. C'est pour cela qu'il est important de lutter contre le harcèlement sexiste en ligne.Comment surmonter la difficulté de trouver de l'aide alors qu'on n'a pas forcément envie de parler à ses parents de son activité en ligne ? Quand la crise sanitaire nous condamne à un maximum d'échanges virtuels ?Il existe plusieurs pistes de solution face au harcèlement sexiste en ligne, qui ne nécessite pas forcément d'en parler à ses parents :1. La fuite : supprimer/désactiver son compte, se déconnecter des réseaux pour un moment, bloquer l'agresseur, utiliser des pseudos à la place d'un vrai nom, etc.2. La confrontation : dire directement à l'agresseur que son comportement est inacceptable. Cela peut faire peur de se confronter directement à lui mais c'est une manière de poser vos limites.3. Dénoncer : auprès de quelqu'un d'autre qu'un parent, signaler les commentaires auprès du réseau social, signaler une discrimination sexiste auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH).4. Chercher de l'aide auprès d'un centre de planning familial, via la ligne d'écoute 107 ou via la ligne écoute violences disponible au 0800 30 0 30 (qui est une ligne d'écoute anonyme et gratuite spécialisée dans les violences conjugales), auprès d'un·e psychologue, un·e médecin, un·e juriste ou avocat·e ou auprès d'une structure spécifique comme l'ASBL Femmes de droit - Droit des femmes ou Fem&Law, Child Focus, les Maisons arc-en-ciel, etc.5. Porter plainte : on peut porter plainte en se rendant dans un commissariat de police. Les inspectrices·teurs sont obligé·e·s de prendre en compte votre plainte. Si possible, vous pouvez apporter des preuves de l'agression (par exemple, des captures d'écran). L'inspectrice·teur de police devra vous remettre une copie du procès-verbal ainsi qu'une attestation de dépôt de plainte. Même si vous n'avez pas porté plainte, vous pouvez faire appel à un service d'aide aux victimes. Il en existe au sein de chaque zone de police (police locale) ou de chaque arrondissement judiciaire (police fédérale).[1] ROUSSEAU Christian " L'image de soi chez les adolescentes : des chiffres interpellants ", RTBF, 15 mars 2019.[2] INSTITUT EUROPPEEN POUR L'EGALITE ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES, Cyberviolence à l'encontre des femmes et des filles, 2017.