Oui, il existe des professionnels de la pétanque. Mais à moins d'être vous-même un pro ou un aficionado, vous ne pouvez pas citer le nom d'une seule star de la discipline. Parce que vous êtes probablement un saisonnier du genre, préférant attendre l'été pour montrer vos talents de tireur ou de pointeur lors des tournois du camping. Parce que dans le fond, tout ce qui vous importe, c'est de sortir vos boules (non, pas de vanne façon Grosses Têtes, nous ne sommes pas là pour ça) à l'heure où les glaçons sortent du frigo et où tout le monde veut remporter la bouteille de rosé mise en jeu par les organisateurs. Bien sûr, s'il y a bien une question que vous ne vous posez jamais à ce moment-là, c'est : d'où vient ce drôle de sport qui semble façonné pour ces flemmards de Méditerranéens ?

D'où vient ce drôle de sport qui semble façonné pour ces flemmards de Méditerranéens ?

Dans le Sud de la France, 1998, Bernard Bisson / Getty Images
Dans le Sud de la France, 1998 © Bernard Bisson / Getty Images

Le privilège des nobles

Si on veut être pointu, il faut remonter loin, très loin, pour comprendre l'origine de cet agréable passe-temps que les Gaulois pratiquaient déjà entre deux cueillettes et trois conquêtes. Mais filons plutôt vers la Renaissance, lorsque la noblesse se cherche des activités pour occuper ses longs après-midi de détente dans ses jardins ensoleillés. Après s'être amourachée du bilboquet, elle découvre le "jeu de boules" avec un bonheur sans nom, allant jusqu'à rendre jaloux (et furieux) les fabricants de gants en cuir et de petites balles nécessaires au... jeu de paume, cet ancêtre du tennis qui occupe alors la première place des hobbys populaires.

Le prince Bertil de Suède en pleine partie de pétanque, à Sainte Maxime, en 1977, Getty Images
Le prince Bertil de Suède en pleine partie de pétanque, à Sainte Maxime, en 1977 © Getty Images

Face à la pression et à leur statut de "privilèges de nantis", les boules sont carrément interdites. Qu'à cela ne tienne : ses adeptes continuent à s'y adonner en toute discrétion, et c'est dans la clandestinité que les premiers boulodromes voient le jour, à l'ombre des monastères où les moines accueillent les joueurs en les abreuvant de fromage et de vin.

Les premiers boulodromes voient le jour, à l'ombre des monastères où les moines accueillent les joueurs en les abreuvant de fromage et de vin

En 1850, dans la région de Lyon, une étape importante est franchie : l'activité est reconnue en tant que " sport " et on lui attribue même une fédération officielle. A ce moment-là, on parle encore de " jeu provençal " dans tous les villages méridionaux qui en font leur dada. L'écrivain Marcel Pagnol le mentionne avec une tendre nostalgie dans son oeuvre, en se souvenant des parties jouées par son père à Aubagne. Dans le film La Gloire de mon père sorti en 1990, la scène qui l'évoque n'oublie d'ailleurs pas de montrer qu'à cette époque-là, les tireurs ont encore le droit de faire quelques pas d'élan pour mieux projeter leurs boules alors faites en bois et en métal clouté...

Partie de pétanque, à Paris, en 1900, dans la rue Olivier de Serres, Getty Images
Partie de pétanque, à Paris, en 1900, dans la rue Olivier de Serres © Getty Images

Une histoire de pieds

Les choses vont changer quand va naître... la pétanque, la vraie. Celle où le joueur dégaine ses projectiles depuis un petit cercle tracé au sol. Avec les souliers fixés dans le gravier. Les "pieds tanqués", comme on le dit en patois marseillais. Ou en "pétanque", pour faire plus simple. C'est au tout début du XXe siècle qu'un champion de la commune de La Ciotat provoque malgré lui cette transition. Il s'appelle Jules Hugues, il souffre de rhumatismes et, pour lui, prendre de l'élan relève du calvaire. Il reste donc immobile lors de ses lancers, ce qui ne l'empêche en rien d'atteindre le cochonnet. Au bord du terrain, deux frères nommés Joseph et Ernest Pitiot assistent à la scène. Ils vont alors se charger du reste en peaufinant les règles et en organisant bientôt le tout premier concours de pétanque de l'histoire... à La Ciotat, là où tout a commencé et où se trouve encore aujourd'hui une plaque commémorative en l'honneur du " jeu de pied-tanqué " qui y fut créé en l'an de grâce 1910.

C'est au tout début du XXe siècle qu'un champion de la commune de La Ciotat provoque malgré lui cette transition. Il s'appelle Jules Hugues, il souffre de rhumatismes et, pour lui, prendre de l'élan relève du calvaire...

Festival de Cannes 1950 : Stars du moment, Robert Mitchum et Michèle Morgan dispute une partie de pétanque sur la plage, Getty Images
Festival de Cannes 1950 : Stars du moment, Robert Mitchum et Michèle Morgan dispute une partie de pétanque sur la plage © Getty Images

Assez vite, la pétanque fait des adeptes partout en France, mais aussi en Suisse, en Espagne ou au Maroc. Durant plusieurs décennies, elle reste néanmoins considérée comme un loisir qui se joue sous les platanes, comme les parties de fléchettes se disputent dans les cafés. Jusqu'au jour où la discipline prend une véritable ampleur grâce à la création, en 1959, des premiers Championnats du monde de pétanque triplette. Où ça donc ? Non pas à Marseille, ni à Saint-Tropez, mais bien... à Spa, même si la victoire reviendra cette année-là à nos chers voisins français. Mons, Gand et Bruxelles accueilleront à nouveau l'événement plus tard. La preuve, s'il en fallait vraiment une, que les Belges ont mordu depuis belle lurette à cette quête incessante du tir parfait et de la ruée vers le cochonnet. On a même remporté ce championnat deux fois, puisque vous voulez tout savoir.

En 1959, les premiers Championnats du monde de pétanque triplette se tiennent, non pas à Marseille, ni à Saint-Tropez, mais bien... à Spa, en Belgique

En même temps, comment ne pas succomber à un sport dont le vocabulaire permet à la fois de faire un bec, une casquette ou un biberon, mais aussi de tirer sur l'oreille, de noyer le bouchon, de réaliser une patinette ou même d'embrasser Fanny en cas de défaite cinglante? On vous le demande, peuchère.

Oui, il existe des professionnels de la pétanque. Mais à moins d'être vous-même un pro ou un aficionado, vous ne pouvez pas citer le nom d'une seule star de la discipline. Parce que vous êtes probablement un saisonnier du genre, préférant attendre l'été pour montrer vos talents de tireur ou de pointeur lors des tournois du camping. Parce que dans le fond, tout ce qui vous importe, c'est de sortir vos boules (non, pas de vanne façon Grosses Têtes, nous ne sommes pas là pour ça) à l'heure où les glaçons sortent du frigo et où tout le monde veut remporter la bouteille de rosé mise en jeu par les organisateurs. Bien sûr, s'il y a bien une question que vous ne vous posez jamais à ce moment-là, c'est : d'où vient ce drôle de sport qui semble façonné pour ces flemmards de Méditerranéens ?Si on veut être pointu, il faut remonter loin, très loin, pour comprendre l'origine de cet agréable passe-temps que les Gaulois pratiquaient déjà entre deux cueillettes et trois conquêtes. Mais filons plutôt vers la Renaissance, lorsque la noblesse se cherche des activités pour occuper ses longs après-midi de détente dans ses jardins ensoleillés. Après s'être amourachée du bilboquet, elle découvre le "jeu de boules" avec un bonheur sans nom, allant jusqu'à rendre jaloux (et furieux) les fabricants de gants en cuir et de petites balles nécessaires au... jeu de paume, cet ancêtre du tennis qui occupe alors la première place des hobbys populaires. Face à la pression et à leur statut de "privilèges de nantis", les boules sont carrément interdites. Qu'à cela ne tienne : ses adeptes continuent à s'y adonner en toute discrétion, et c'est dans la clandestinité que les premiers boulodromes voient le jour, à l'ombre des monastères où les moines accueillent les joueurs en les abreuvant de fromage et de vin.En 1850, dans la région de Lyon, une étape importante est franchie : l'activité est reconnue en tant que " sport " et on lui attribue même une fédération officielle. A ce moment-là, on parle encore de " jeu provençal " dans tous les villages méridionaux qui en font leur dada. L'écrivain Marcel Pagnol le mentionne avec une tendre nostalgie dans son oeuvre, en se souvenant des parties jouées par son père à Aubagne. Dans le film La Gloire de mon père sorti en 1990, la scène qui l'évoque n'oublie d'ailleurs pas de montrer qu'à cette époque-là, les tireurs ont encore le droit de faire quelques pas d'élan pour mieux projeter leurs boules alors faites en bois et en métal clouté...Les choses vont changer quand va naître... la pétanque, la vraie. Celle où le joueur dégaine ses projectiles depuis un petit cercle tracé au sol. Avec les souliers fixés dans le gravier. Les "pieds tanqués", comme on le dit en patois marseillais. Ou en "pétanque", pour faire plus simple. C'est au tout début du XXe siècle qu'un champion de la commune de La Ciotat provoque malgré lui cette transition. Il s'appelle Jules Hugues, il souffre de rhumatismes et, pour lui, prendre de l'élan relève du calvaire. Il reste donc immobile lors de ses lancers, ce qui ne l'empêche en rien d'atteindre le cochonnet. Au bord du terrain, deux frères nommés Joseph et Ernest Pitiot assistent à la scène. Ils vont alors se charger du reste en peaufinant les règles et en organisant bientôt le tout premier concours de pétanque de l'histoire... à La Ciotat, là où tout a commencé et où se trouve encore aujourd'hui une plaque commémorative en l'honneur du " jeu de pied-tanqué " qui y fut créé en l'an de grâce 1910. Assez vite, la pétanque fait des adeptes partout en France, mais aussi en Suisse, en Espagne ou au Maroc. Durant plusieurs décennies, elle reste néanmoins considérée comme un loisir qui se joue sous les platanes, comme les parties de fléchettes se disputent dans les cafés. Jusqu'au jour où la discipline prend une véritable ampleur grâce à la création, en 1959, des premiers Championnats du monde de pétanque triplette. Où ça donc ? Non pas à Marseille, ni à Saint-Tropez, mais bien... à Spa, même si la victoire reviendra cette année-là à nos chers voisins français. Mons, Gand et Bruxelles accueilleront à nouveau l'événement plus tard. La preuve, s'il en fallait vraiment une, que les Belges ont mordu depuis belle lurette à cette quête incessante du tir parfait et de la ruée vers le cochonnet. On a même remporté ce championnat deux fois, puisque vous voulez tout savoir. En même temps, comment ne pas succomber à un sport dont le vocabulaire permet à la fois de faire un bec, une casquette ou un biberon, mais aussi de tirer sur l'oreille, de noyer le bouchon, de réaliser une patinette ou même d'embrasser Fanny en cas de défaite cinglante? On vous le demande, peuchère.