C'est Boris Vian qui, dans les années 50, décide de qualifier les chansons populaires de "tubes", en référence au cylindre du phonographe sur lequel sont enregistrées les hits de l'époque. L'homme est alors directeur artistique chez Philips, et il trouve que ces refrains à succès sonnent creux... comme des tuyaux. Il n'est pas au bout de ses surprises: bientôt, le rituel des "tubes de l'été" devient un exercice de style pour les maisons de disque, qui vont s'emparer de ces hymnes ultra-light pour en faire des valeurs sûres des supermarchés et des autoradios des vacanciers.

En 1960, lorsque Dalida hésite à arborer son nouveau maillot à pois sur la plage et le fait savoir en faisant résonner son Itsi bitsi petit bikini sur toutes les ondes, c'est le début d'une folle épopée estivale... aux enjeux commerciaux qui ne cesseront plus jamais de s'amplifier.

Un été... et plus si affinités

Et j'entends siffler le train (Richard Anthony), Aline (Christophe), Love me, please love me (Michel Polnareff) ou Que je t'aime (Johnny Hallyday) figurent parmi les friandises estivales des sixties. La décennie suivante ne sera pas en reste: alors que la fièvre du disco s'empare de la planète, L'été indien (Joe Dassin), Hotel California (The Eagles) ou Le Sud (Nino Ferrer) réussissent à se faire une place au soleil dans les bacs des disquaires. Un medley magistralement rédigé par Laurent Voulzy se charge de tout résumer en faisant l'unanimité: Rockollection et ses paroles qui nous collent encore au coeur et au corps.

Les années 80? Ceux qui se déhanchent sur les dancefloors des campings sont ravis de faire connaissance avec le Banana Split de Lio, Les démons de minuit d'Images ou la Nuit de Folie de Début de soirée.

Le tournant de l'histoire? Une chanson qui, en juin 1989, va débouler de nulle part

A chaque approche des beaux jours, la machine à tubes se remet en route. Mieux: elle parvient à fabriquer des mélodies qui, parfois, dépassent largement leur mission d'un seul été, revenant dans les discothèques l'été suivant, puis encore le suivant, et ainsi de suite jusqu'à devenir des succès intemporels.

Le tournant de l'histoire? Une chanson qui, en juin 1989, va débouler de nulle part sous le titre de Lambada. L'accordéon est entraînant, les paroles en portugais font monter doucement la température, et surtout, à la télé, le groupe Kaoma dévoile une chorégraphie carrément brûlante dans lequel les corps déhanchés sont (très) serrés, même pour les deux mômes de 10 ans qui s'y collent. Le triomphe est mondial, et la Lambada devient le premier tube de l'été à décrocher la gloire à la seule force de son clip... qui est aussi une publicité géante pour la marque Orangina, à laquelle s'associe la chaîne TF1 en matraquant la chanson à tout-va. C'est ce qu'on appelle une opération de marketing rondement menée, à l'aube des années 90 qui vont littéralement marquer l'âge d'or des tubes de l'été.

La force du matraquage

La recette imparable est limpide: de l'exotisme et de la bonne humeur. Il en va ainsi pour Maldon (Zouk Machine) qui nous met sa musique dans la peau, ou encore pour Saga Africa (Yannick Noah) dont l'ambiance de la brousse fait d'intenses secousses. Mais c'est un groupe espagnol répondant au nom de Los Del Rio qui va décrocher les étoiles en lâchant une véritable bombe estivale en 1996: la frénétique Macarena, virus musical à la chorégraphie hyper-contagieuse (imaginée par une certaine Mia Frye) qui va s'emparer du sommet du hit-parade planétaire durant des semaines entières. Aucune piste de danse ne peut éviter l'ouragan. Même Hillary Clinton en répète les gestes lors de la campagne présidentielle de son mari Bill.

A l'origine, pourtant, la chanson ne semble pas vouée à la gloire: elle est née quelques années plus tôt au Venezuela, improvisée par le groupe Los Del Rio lors d'une fête locale avant d'être enregistrée dans une version flamenco... qui passe inaperçue.

Remaniée avec des sonorités plus pop, elle est finalement propulsée par son fameux combo: mains vers l'avant puis retournées, vers l'arrière, croisées sur le torse, derrière la tête et posées sur les hanches, avec le bassin qui remue et un quart de tour en sautant (comme ça vous ne l'oublierez plus jamais). Cette fois, côté français, c'est la chaîne M6 qui matraque, même si TF1 tente de répliquer avec une autre version de la chanson interprétée par un groupe baptisé à la va-vite... Los Del Mar. Bien essayé, mais le coup part un peu trop tard.

La suite de l'épopée, on la connaît. Ou plutôt, on l'entend à chaque fois que le mois de juin approche, avec des mélodies ensoleillées qui semblent être les fruits de formules toutes faites ou de techniques commerciales savantes, mais qui, parfois, cartonnent par hasard. D'ailleurs, il y a les évidences, comme le Waka Waka de Shakira qui a servi d'hymne à la Coupe du Monde de football sud-africaine de 2010 avant de devenir un hit. Mais à côté, il y a aussi le Papaoutai de Stromae qui, à l'instar de L'Aigle Noir de Barbara, se révélera être un "tube de l'été" alors que ses paroles sombres ne sont pas du tout destinées à la saison.

Enfin, il y a les ovnis comme l'imparable Despacito (Luis Fonsi), missile portoricain qui a battu des records incommensurables en matière de vues sur Internet. Mais surtout, il y en a encore plein que l'on n'a pas cités, puisque chaque été possède désormais ses souvenirs... qui sont devenus un peu les autres.

C'est Boris Vian qui, dans les années 50, décide de qualifier les chansons populaires de "tubes", en référence au cylindre du phonographe sur lequel sont enregistrées les hits de l'époque. L'homme est alors directeur artistique chez Philips, et il trouve que ces refrains à succès sonnent creux... comme des tuyaux. Il n'est pas au bout de ses surprises: bientôt, le rituel des "tubes de l'été" devient un exercice de style pour les maisons de disque, qui vont s'emparer de ces hymnes ultra-light pour en faire des valeurs sûres des supermarchés et des autoradios des vacanciers. En 1960, lorsque Dalida hésite à arborer son nouveau maillot à pois sur la plage et le fait savoir en faisant résonner son Itsi bitsi petit bikini sur toutes les ondes, c'est le début d'une folle épopée estivale... aux enjeux commerciaux qui ne cesseront plus jamais de s'amplifier.Et j'entends siffler le train (Richard Anthony), Aline (Christophe), Love me, please love me (Michel Polnareff) ou Que je t'aime (Johnny Hallyday) figurent parmi les friandises estivales des sixties. La décennie suivante ne sera pas en reste: alors que la fièvre du disco s'empare de la planète, L'été indien (Joe Dassin), Hotel California (The Eagles) ou Le Sud (Nino Ferrer) réussissent à se faire une place au soleil dans les bacs des disquaires. Un medley magistralement rédigé par Laurent Voulzy se charge de tout résumer en faisant l'unanimité: Rockollection et ses paroles qui nous collent encore au coeur et au corps. Les années 80? Ceux qui se déhanchent sur les dancefloors des campings sont ravis de faire connaissance avec le Banana Split de Lio, Les démons de minuit d'Images ou la Nuit de Folie de Début de soirée. A chaque approche des beaux jours, la machine à tubes se remet en route. Mieux: elle parvient à fabriquer des mélodies qui, parfois, dépassent largement leur mission d'un seul été, revenant dans les discothèques l'été suivant, puis encore le suivant, et ainsi de suite jusqu'à devenir des succès intemporels.Le tournant de l'histoire? Une chanson qui, en juin 1989, va débouler de nulle part sous le titre de Lambada. L'accordéon est entraînant, les paroles en portugais font monter doucement la température, et surtout, à la télé, le groupe Kaoma dévoile une chorégraphie carrément brûlante dans lequel les corps déhanchés sont (très) serrés, même pour les deux mômes de 10 ans qui s'y collent. Le triomphe est mondial, et la Lambada devient le premier tube de l'été à décrocher la gloire à la seule force de son clip... qui est aussi une publicité géante pour la marque Orangina, à laquelle s'associe la chaîne TF1 en matraquant la chanson à tout-va. C'est ce qu'on appelle une opération de marketing rondement menée, à l'aube des années 90 qui vont littéralement marquer l'âge d'or des tubes de l'été.La recette imparable est limpide: de l'exotisme et de la bonne humeur. Il en va ainsi pour Maldon (Zouk Machine) qui nous met sa musique dans la peau, ou encore pour Saga Africa (Yannick Noah) dont l'ambiance de la brousse fait d'intenses secousses. Mais c'est un groupe espagnol répondant au nom de Los Del Rio qui va décrocher les étoiles en lâchant une véritable bombe estivale en 1996: la frénétique Macarena, virus musical à la chorégraphie hyper-contagieuse (imaginée par une certaine Mia Frye) qui va s'emparer du sommet du hit-parade planétaire durant des semaines entières. Aucune piste de danse ne peut éviter l'ouragan. Même Hillary Clinton en répète les gestes lors de la campagne présidentielle de son mari Bill.A l'origine, pourtant, la chanson ne semble pas vouée à la gloire: elle est née quelques années plus tôt au Venezuela, improvisée par le groupe Los Del Rio lors d'une fête locale avant d'être enregistrée dans une version flamenco... qui passe inaperçue. Remaniée avec des sonorités plus pop, elle est finalement propulsée par son fameux combo: mains vers l'avant puis retournées, vers l'arrière, croisées sur le torse, derrière la tête et posées sur les hanches, avec le bassin qui remue et un quart de tour en sautant (comme ça vous ne l'oublierez plus jamais). Cette fois, côté français, c'est la chaîne M6 qui matraque, même si TF1 tente de répliquer avec une autre version de la chanson interprétée par un groupe baptisé à la va-vite... Los Del Mar. Bien essayé, mais le coup part un peu trop tard.La suite de l'épopée, on la connaît. Ou plutôt, on l'entend à chaque fois que le mois de juin approche, avec des mélodies ensoleillées qui semblent être les fruits de formules toutes faites ou de techniques commerciales savantes, mais qui, parfois, cartonnent par hasard. D'ailleurs, il y a les évidences, comme le Waka Waka de Shakira qui a servi d'hymne à la Coupe du Monde de football sud-africaine de 2010 avant de devenir un hit. Mais à côté, il y a aussi le Papaoutai de Stromae qui, à l'instar de L'Aigle Noir de Barbara, se révélera être un "tube de l'été" alors que ses paroles sombres ne sont pas du tout destinées à la saison. Enfin, il y a les ovnis comme l'imparable Despacito (Luis Fonsi), missile portoricain qui a battu des records incommensurables en matière de vues sur Internet. Mais surtout, il y en a encore plein que l'on n'a pas cités, puisque chaque été possède désormais ses souvenirs... qui sont devenus un peu les autres.