Les Vietnamiens n'aiment pas marcher. Pour se déplacer dans Hanoï - capitale à 7,5 millions d'habitants -, les plus fortunés sortent leur voiture, tandis que les scooters et les vélos sont plébiscités par tous les autres... même pour parcourir 500 mètres. Résultat : un trafic intense.
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Les Vietnamiens n'aiment pas marcher. Pour se déplacer dans Hanoï - capitale à 7,5 millions d'habitants -, les plus fortunés sortent leur voiture, tandis que les scooters et les vélos sont plébiscités par tous les autres... même pour parcourir 500 mètres. Résultat : un trafic intense. Et si vous insistez pour vous promener à pied, les locaux ont du mal à le comprendre. D'autant qu'ils sont habitués, eux, au brouhaha provoqué par les kyrielles de mobylettes et les klaxons incessants. Pour un touriste, l'acclimatation exige un peu de temps : le simple fait de traverser une rue prend l'allure d'une aventure. Mais la circulation, tout comme les innombrables câbles électriques qui fleurissent en hauteur dans la ville, résument bien le chaos organisé vietnamien : c'est compliqué à première vue... mais tout fonctionne.Pour prendre le pouls du lieu, direction le Vieux Quartier. Entre les temples, les pagodes, les maisons traditionnelles ou même les bâtiments Art déco, se déploient ici les traces d'une longue histoire. Nous sommes au coeur d'une cité commerçante presque millénaire, dont les trente-six rues portent chacune le nom d'une marchandise qui y était anciennement produite : paniers, soie, éventails, etc. Si l'endroit est devenu assez touristique, il n'en a pas moins gardé une agréable authenticité. La vie quotidienne se déroule littéralement à la vue de tous. Du matin au soir, les ruelles sont animées par les marchés installés devant les portes des habitants, les échoppes où l'on mange assis sur des petits tabourets à 30 cm du sol, la vaisselle faite avec des tuyaux d'arrosage sur le trottoir, ou les maisons grandes ouvertes qui laissent apparaître les salons ou cuisines des gens... L'esprit communautaire est une denrée impérissable. Un contraste éloquent avec notre individualisme occidental. Côté transport, pour les plus longues distances, on a l'embarras du choix : le taxi classique, le cyclo-pousse (même s'il est limité à certains districts) ou encore les taxis-motos (xé om), dont les chauffeurs vous hèlent à chaque coin de rue et embarquent leurs passagers à toute vitesse dans la cohue urbaine. Sensations garanties. Et excellent choix pour s'en aller vers le lac de Hoan Kiem, limitrophe de la vieille ville. Son nom, " l'épée restituée ", remonte à une légende du xve siècle : l'indépendance du pays aurait été gagnée grâce à une lame aux pouvoirs extraordinaires pêchée dans ses fonds, puis rendue à une tortue nageant dans ses eaux troubles. Aujourd'hui, si plus aucun reptile n'habite le lac, on peut néanmoins admirer la dernière tortue, gardée en relique, au sein du Ngoc Son, le " temple de la montagne de Jade ". Pour s'y rendre, il suffit d'emprunter, depuis la berge, le The Huc, l'emblématique et coloré " pont du Soleil levant ", qui offre une vue dégagée sur l'étendue d'eau. En continuant la promenade plus au sud, on aperçoit la Thap Rua, " tour de la tortue ", érigée sur un îlot. Et de l'autre côté de la rue, impossible de manquer la statue de Ly Thai To, hommage au premier empereur de la dynastie Ly à qui l'on doit la création de la future ville de Hanoï. De jour, grâce à ses abords fleuris, le lac est très apprécié par des Vietnamiens friands de portraits. Un peu partout, on les voit immortaliser des jeunes filles en robes traditionnelles qui enchaînent des poses étudiées devant des photographes professionnels. L'endroit est aussi fréquenté par les étudiants désireux de peaufiner leur apprentissage des langues avec les touristes. L'anglais, bien sûr. Mais aussi les mots de Molière, puisque la ville abrite un important institut français, L'Espace. Il ne faut surtout pas hésiter à accepter la causette : même si les jeunes sont parfois un peu timides, un petit sourire suffira à approuver implicitement leur invitation à discuter... et rien ne vaut les suggestions locales pour découvrir les coins ou les histoires méconnus de Hanoï. De nuit, il souffle un vent de romantisme sur le lac : les berges s'illuminent, le pont scintille de sa teinte rubis et les couples roucoulent face aux reflets qui colorient l'eau. Pour les gourmands, c'est l'heure de prendre une petite glace, et pour les sportifs, de s'adonner à une séance collective en plein air : fitness, danse de couple ou le traditionnel " dacau ", un jeu qui consiste à se lancer un petit volant à plumes avec les pieds. Une promenade digestive à compléter, par exemple, par une soirée au Water Puppet Theatre. Dans ce théâtre aquatique, les marionnettes en bois sont actionnées via de longues tiges tenues par des acteurs immergés dans l'eau, cachés du public par un rideau. Au menu : des saynètes de la vie quotidienne, avec orchestre et chants traditionnels. Un brin touristique, mais amusant. En quittant le lac, les grandes artères comme la Hang Bai offrent un spectacle où se mêlent modernité et authenticité. Les silhouettes gracieuses portant le " non la ", l'emblématique chapeau conique, glissent doucement sur leur vélo pendant que des ribambelles de citadins affluent de toutes parts en mobylette, casque ou cheveux au vent, seul ou en famille. Jusqu'à cinq personnes sur un véhicule ! En tournant sur la Ly Thuong Kiet, direction le musée des femmes du Viêt Nam, qui rend hommage à leur contribution à la vie sociale et l'histoire du pays. On y parle de mariage, de maternité et de traditions, tout en expliquant les différences entre les groupes ethniques. Une section indispensable : celle évoquant les femmes de la guérilla, dont les portraits, armes en main, illustrent leur détermination dans la lutte pour l'indépendance du pays, obtenue en 1945 par Ho Chi Minh. Envie de continuer le voyage dans le temps ? A 600 mètres de là, se dresse la prison Hoa Lo, un vestige de l'histoire transformé en musée. Anciennement appelée la " maison centrale ", elle fut construite par les Français pour contrecarrer la montée indépendantiste, puis servit à emprisonner les pilotes américains. La visite est captivante, mais elle fait aussi froid dans le dos, notamment lorsqu'on découvre les conditions de détention d'antan, les cellules communes, les cachots minuscules, ou encore la guillotine.En poursuivant encore vers l'ouest, par la Hai Ba Trung puis la Nguyen Khuyen, on traverse des rails de train. Leur particularité ? Ils passent entre les maisons et, parfois, des convois y circulent toujours. Pour les apercevoir, il suffit d'un peu de patience... et de vigilance. Au bout de la rue, apparaît le Van Mieu, le temple de la littérature, célèbre monument qui fut la première université du pays. Composé de tours et pavillons, dont la grande maison des cérémonies, il est le lieu privilégié des étudiants qui viennent y célébrer leur réussite en se faisant photographier dans leur tenue solennelle. Quelques kilomètres plus tard, le musée d'Ethnographie a pour mission l'étude et la conservation du patrimoine national. Les cinquante-quatre ethnies reconnues dans le pays y sont illustrées par les objets de leur quotidien, de leurs vêtements traditionnels ou même de leurs logements, comme les maisons sur pilotis, posées dans la partie extérieure du musée. Non loin, sur le chemin du retour, un petit détour s'impose par le West Lake : le plus grand lac de la ville, dont les berges s'étendent sur 17 kilomètres, est certainement l'endroit le plus paisible de Hanoï-l'agitée... Par Sandra Legrand