L'AFP a pu prendre connaissance de messages, courriels et compte-rendu de réunions, au fil d'un dossier de plusieurs milliers de pages, démontrant une volonté de dissimuler la réalité à l'opinion publique.

Le 5 mars, les autorités islandaises sont les premières à avertir leurs homologues autrichiennes du témoignage de 14 touristes testés positifs au nouveau coronavirus à leur retour de congés à Ischgl.

Selon deux vacanciers, leur contamination aurait pu se produire au cours du voyage de retour.

Dans un courrier électronique adressé à l'un de ses supérieurs, le responsable administratif du district, Markus Maas, suggère de se baser sur cette déclaration pour rédiger un communiqué de presse. "Avec ça, on sortirait Ischgl de la ligne de mire", écrit-il.

Le jour même, les autorités locales titrent: "Des touristes islandais ont, selon toute vraisemblance, attrapé le virus sur leur vol du retour".

- Profil bas -

Elles commencent toutefois à s'affoler en privé à la vision des chiffres d'infections en forte hausse. Mais elles continuent à faire bonne figure. "Nous essayons de faire profil bas", commente M. Maas.

A ce moment-là, Ischgl accueille quelque 10.000 touristes venus de toute l'Europe, le bar Kitzloch est bondé tous les soirs, les serveurs doivent zigzaguer dans la foule, sifflets à la bouche pour se frayer un chemin.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'a pas encore élevé la propagation du coronavirus au niveau de la pandémie.

Le 7 mars, l'employé d'un bar d'Ischgl, le Kitzloch, est à son tour testé positif dans cette station réputée pour ses "après-skis", des fêtes arrosées au pied des pistes.

Le lendemain matin, les instances sanitaires du Tyrol convoquent une réunion de crise et l'une de ses membres, Anita Luckner-Hornischer, s'alarme: "Nous pouvons nous attendre à de nombreux cas en lien avec ce bar", selon les documents consultés par l'AFP.

Pourtant, quelques heures plus tard, l'État du Tyrol se veut rassurant en public: "une transmission du virus aux clients du bar est, d'un point de vue médical, plutôt improbable", assure cette même responsable dans un communiqué.

Station d'Ischgl en Autriche, Getty Images
Station d'Ischgl en Autriche © Getty Images

A ce moment-là, Ischgl accueille quelque 10.000 touristes venus de toute l'Europe, le bar Kitzloch est bondé tous les soirs, les serveurs doivent zigzaguer dans la foule, sifflets à la bouche pour se frayer un chemin.

L'établissement ne fermera que deux jours plus tard, lorsque l'ensemble du personnel aura été déclaré positif. Ailleurs dans la station, la fête continuera à battre son plein jusqu'au 13 mars.

Tableau différent

Huit jours après l'alerte lancée par l'Islande, le chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz décrète un confinement local - l'un des tous premiers en Europe - et demande à des milliers de touristes d'évacuer Ischgl en une heure.

Au Danemark, en Norvège et en Allemagne, plusieurs centaines de malades du nouveau coronavirus ont un lien avec le Tyrol. On retrouve aussi la trace du foyer infectieux en Suède, en Islande, au Canada et au Royaume-Uni.

Au final, plus de 6.000 touristes de 45 pays affirmeront avoir été contaminés dans le Tyrol.

A ce stade, quatre personnes sont visées par une enquête du parquet, dont le maire d'Ischgl, Werner Kurz et Markus Maas, selon des courriers officiels consultés par l'AFP. Quatre premières plaintes visant la République d'Autriche ont été déposées dans le cadre d'une action collective, dont la famille d'un homme décédé de la maladie Covid-19.

A Vienne, le gouvernement est pointé du doigt pour la gestion de l'évacuation des touristes, une fois la mise en quarantaine décidée. Les vacanciers sont nombreux à affirmer avoir été infectés à ce moment-là.

Au Danemark, en Norvège et en Allemagne, plusieurs centaines de malades du nouveau coronavirus ont un lien avec le Tyrol. On retrouve aussi la trace du foyer infectieux en Suède, en Islande, au Canada et au Royaume-Uni.

Les autorités locales et régionales, accusées d'avoir laissé se développer un foyer de contamination pour des raisons commerciales en retardant les fermetures administratives inéluctables, réfutent tout manquement.

Dans la presse autrichienne, un porte-parole de la région du Tyrol a estimé jeudi que "l'allégation selon laquelle un tableau différent a été peint en public est incorrecte", la région ayant "transmis en l'état ses connaissances, en étroite collaboration avec le groupe de travail et les experts".

L'AFP a pu prendre connaissance de messages, courriels et compte-rendu de réunions, au fil d'un dossier de plusieurs milliers de pages, démontrant une volonté de dissimuler la réalité à l'opinion publique.Le 5 mars, les autorités islandaises sont les premières à avertir leurs homologues autrichiennes du témoignage de 14 touristes testés positifs au nouveau coronavirus à leur retour de congés à Ischgl.Selon deux vacanciers, leur contamination aurait pu se produire au cours du voyage de retour.Dans un courrier électronique adressé à l'un de ses supérieurs, le responsable administratif du district, Markus Maas, suggère de se baser sur cette déclaration pour rédiger un communiqué de presse. "Avec ça, on sortirait Ischgl de la ligne de mire", écrit-il.Le jour même, les autorités locales titrent: "Des touristes islandais ont, selon toute vraisemblance, attrapé le virus sur leur vol du retour". - Profil bas -Elles commencent toutefois à s'affoler en privé à la vision des chiffres d'infections en forte hausse. Mais elles continuent à faire bonne figure. "Nous essayons de faire profil bas", commente M. Maas.L'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'a pas encore élevé la propagation du coronavirus au niveau de la pandémie.Le 7 mars, l'employé d'un bar d'Ischgl, le Kitzloch, est à son tour testé positif dans cette station réputée pour ses "après-skis", des fêtes arrosées au pied des pistes. Le lendemain matin, les instances sanitaires du Tyrol convoquent une réunion de crise et l'une de ses membres, Anita Luckner-Hornischer, s'alarme: "Nous pouvons nous attendre à de nombreux cas en lien avec ce bar", selon les documents consultés par l'AFP.Pourtant, quelques heures plus tard, l'État du Tyrol se veut rassurant en public: "une transmission du virus aux clients du bar est, d'un point de vue médical, plutôt improbable", assure cette même responsable dans un communiqué.A ce moment-là, Ischgl accueille quelque 10.000 touristes venus de toute l'Europe, le bar Kitzloch est bondé tous les soirs, les serveurs doivent zigzaguer dans la foule, sifflets à la bouche pour se frayer un chemin.L'établissement ne fermera que deux jours plus tard, lorsque l'ensemble du personnel aura été déclaré positif. Ailleurs dans la station, la fête continuera à battre son plein jusqu'au 13 mars. Huit jours après l'alerte lancée par l'Islande, le chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz décrète un confinement local - l'un des tous premiers en Europe - et demande à des milliers de touristes d'évacuer Ischgl en une heure.Au final, plus de 6.000 touristes de 45 pays affirmeront avoir été contaminés dans le Tyrol.A ce stade, quatre personnes sont visées par une enquête du parquet, dont le maire d'Ischgl, Werner Kurz et Markus Maas, selon des courriers officiels consultés par l'AFP. Quatre premières plaintes visant la République d'Autriche ont été déposées dans le cadre d'une action collective, dont la famille d'un homme décédé de la maladie Covid-19.A Vienne, le gouvernement est pointé du doigt pour la gestion de l'évacuation des touristes, une fois la mise en quarantaine décidée. Les vacanciers sont nombreux à affirmer avoir été infectés à ce moment-là.Au Danemark, en Norvège et en Allemagne, plusieurs centaines de malades du nouveau coronavirus ont un lien avec le Tyrol. On retrouve aussi la trace du foyer infectieux en Suède, en Islande, au Canada et au Royaume-Uni.Les autorités locales et régionales, accusées d'avoir laissé se développer un foyer de contamination pour des raisons commerciales en retardant les fermetures administratives inéluctables, réfutent tout manquement.Dans la presse autrichienne, un porte-parole de la région du Tyrol a estimé jeudi que "l'allégation selon laquelle un tableau différent a été peint en public est incorrecte", la région ayant "transmis en l'état ses connaissances, en étroite collaboration avec le groupe de travail et les experts".