L'Empereur Vespasien et son fils Titus ont lancé la construction du grand amphithéâtre de l'Empire en 70 après Jésus-Christ. Les gladiateurs sont alors déjà très populaires. Mais le Colisée les fera entrer dans la légende. Pour les Romains, le gladiateur n'est pas une brute assoiffée de sang, mais un guerrier courageux, un athlète hors norme qui défie la mort pour décrocher la gloire, la fortune et parfois la liberté. Il fascine les hommes, et les femmes lui vouent un culte à faire pâlir de jalousie un joueur d'un grand club de foot. À l'origine, il est esclave, prisonnier ou criminel. Le plus souvent volontaire, puisque devenir gladiateur est sa seule chance d'échapper à une vie de forçat. Au bout d'un certain nombre de victoires, on lui remet l'épée de bois, la rudis, symbole de sa liberté retrouvée. S'il sait gagner les faveurs du public et faire monter sa cote auprès des parieurs,...

L'Empereur Vespasien et son fils Titus ont lancé la construction du grand amphithéâtre de l'Empire en 70 après Jésus-Christ. Les gladiateurs sont alors déjà très populaires. Mais le Colisée les fera entrer dans la légende. Pour les Romains, le gladiateur n'est pas une brute assoiffée de sang, mais un guerrier courageux, un athlète hors norme qui défie la mort pour décrocher la gloire, la fortune et parfois la liberté. Il fascine les hommes, et les femmes lui vouent un culte à faire pâlir de jalousie un joueur d'un grand club de foot. À l'origine, il est esclave, prisonnier ou criminel. Le plus souvent volontaire, puisque devenir gladiateur est sa seule chance d'échapper à une vie de forçat. Au bout d'un certain nombre de victoires, on lui remet l'épée de bois, la rudis, symbole de sa liberté retrouvée. S'il sait gagner les faveurs du public et faire monter sa cote auprès des parieurs, en une journée, un gladiateur peut gagner l'équivalent de la solde annuelle d'un soldat romain. On ne s'étonne pas alors de voir des citoyens romains renoncer à leur liberté et choisir la carrière de gladiateur. Avides de gloire, des sénateurs et des empereurs descendent eux aussi dans l'arène. Mais le peuple n'est pas dupe, les combats sont truqués. L'empereur Commode n'avait aucun scrupule à se battre contre des adversaires peu entraînés, qu'il équipait généreusement d'épées de bois... ou de plomb.Le Ludus Magnus, aujourd'hui, dans l'ombre du Colisée, passe inaperçu. Pourtant, c'est ici, dans cette école d'élite, que le gladiateur, acheté à prix d'or, prête serment et jure obéissance totale à son "laniste", à la fois marchand, propriétaire et entraîneur. Ici il peaufine ses techniques de combat pendant plusieurs mois, avant d'être lâché dans l'arène. Le laniste choisit le type de combat qui convient le mieux au gladiateur et lui confie un armement. Un équipement léger n'est pas forcément un handicap: un simple glaive ou le filet des rétiaires sont bien plus maniables qu'une armure complète, avec casque, épée et bouclier!La visite du Colisée part du deuxième étage, au niveau des gradins où s'asseyaient les citoyens romains. On distingue en contrebas l'emplacement de la loge impériale; les étages supérieurs où prenaient place les femmes, les citoyens les plus pauvres et les esclaves; les cellules, au sous-sol, sous le plancher de bois, où étaient retenus les bêtes sauvages et les combattants. Le gladiateur, lui, emprunte un tunnel qui relie le Ludus Magnus au Colisée. Dans sa cellule, sous le plancher de bois, il ne voit rien. Seuls lui parviennent le bruit et l'odeur. L'odeur du sang des bêtes sauvages massacrées le matin même et des criminels mis à mort à l'heure du déjeuner. Une odeur que ne parvient pas à couvrir l'arena, le sable, qui donne son nom à l'arène, jeté sur le plancher pour absorber le sang. Et le bruit, celui de 75000 spectateurs échauffés par des heures d'at ente au soleil, impatients d'assister au clou de la journée: les combats de masse, d'abord, où s'aff rontent les gladiateurs les moins connus, puis les duels de stars.Que ressent le gladiateur quand il découvre enfin l'arène? De la peur? Ou l'ivresse de la star programmée pour donner le meilleur des spectacles? S'il se bat bien, même vaincu, le gladiateur a toutes les chances d'être gracié. Il représente un tel investissement que son propriétaire n'est pas pressé de le voir mourir. Ni le public, partagé entre son désir de voir une belle mise à mort et celui de retrouver sa star favorite au prochain combat. Les meilleurs médecins de Rome sont là pour soigner ses blessures. Mais la vie du vaincu est véritablement entre les mains du public... et de l'empereur.Aujourd'hui, le Colisée accueille des concerts, des représentations théâtrales et des cérémonies religieuses. Mais aucune ne déchaîne les passions comme les gladiateurs d'autrefois. Notre époque ne comprendra sans doute jamais la fascination des Romains pour ces spectacles cruels où, comme le résume Sénèque: "Méditer la mort, c'est méditer la liberté; celui qui sait mourir ne sait plus être esclave."TEXTE : BÉNÉDICTE BAZAILLE - PHOTOS : DOMINIQUE CHAUVETExtrait du Hors Série Weekend Spécial Rome