Son allure frêle de dandy lettré, de crooner inspiré, comme on l'a souvent décrit, confère à Jay-Jay Johanson une aura délicate. Il appartient à cette catégorie particulière d'hommes qui assument la part féminine de leur personnalité. En résulte une manière subtile d'être au monde, une attention de chaque instant doublée d'une sensibilité hors pair. Un regard, aussi, porté sur les plus petits détails. Sans doute est-ce pour cela que le Suédois voit au-delà de ce qui scintille et fait le buzz. Là où la plupart des musiciens ayant accédé à la notoriété déballent des adresses tonitruantes entre New York et Tokyo, l'auteur-compositeur-interprète ne délaisse en rien les charmes discrets d'une ville comme Bruxelles. Bien sûr - on peut s'y attendre de la part d'un orfèvre dont le prochain single Not Time Yet fait valoir une tonalité envoûtante - l'amour du passé n'est pas pour rien dans ce coup de foudre pour la capitale. Il explique: "La première fois que j'ai débarqué à Bruxelles, c'était en 1997 avec mon groupe. Je me souviens que ce soir-là, il y avait deux autres formations qui jouaient, dont les Tindersticks avec qui on s'est rapidement liés d'amitié." Plus de vingt ans plus tard, Jay-Jay n'a pas oublié un instant de cette soirée magique. "C'était pour nous inouï, mon groupe et moi n'étions quasi jamais sortis de Suède. Personnellement, je pense que le seul voyage que j'avais dû faire était Londres. C'était aussi nos premières représentations, du coup il y a eu quelques excès. L'un de nous s'était alcoolisé au-delà du raisonnable. On a dû le secouer pour qu'il vienne jouer. La dernière chose qu'il a faite avant de monter sur scène, ça a été d'évacuer tout ce qu'il avait ingurgité à la faveur d'un haut-le-coeur d'anthologie. Je pense que comme nous avions un look très clean, personne n'a jamais suspecté que nous pouvions être aussi rock'n'roll", sourit l'intéressé.
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Son allure frêle de dandy lettré, de crooner inspiré, comme on l'a souvent décrit, confère à Jay-Jay Johanson une aura délicate. Il appartient à cette catégorie particulière d'hommes qui assument la part féminine de leur personnalité. En résulte une manière subtile d'être au monde, une attention de chaque instant doublée d'une sensibilité hors pair. Un regard, aussi, porté sur les plus petits détails. Sans doute est-ce pour cela que le Suédois voit au-delà de ce qui scintille et fait le buzz. Là où la plupart des musiciens ayant accédé à la notoriété déballent des adresses tonitruantes entre New York et Tokyo, l'auteur-compositeur-interprète ne délaisse en rien les charmes discrets d'une ville comme Bruxelles. Bien sûr - on peut s'y attendre de la part d'un orfèvre dont le prochain single Not Time Yet fait valoir une tonalité envoûtante - l'amour du passé n'est pas pour rien dans ce coup de foudre pour la capitale. Il explique: "La première fois que j'ai débarqué à Bruxelles, c'était en 1997 avec mon groupe. Je me souviens que ce soir-là, il y avait deux autres formations qui jouaient, dont les Tindersticks avec qui on s'est rapidement liés d'amitié." Plus de vingt ans plus tard, Jay-Jay n'a pas oublié un instant de cette soirée magique. "C'était pour nous inouï, mon groupe et moi n'étions quasi jamais sortis de Suède. Personnellement, je pense que le seul voyage que j'avais dû faire était Londres. C'était aussi nos premières représentations, du coup il y a eu quelques excès. L'un de nous s'était alcoolisé au-delà du raisonnable. On a dû le secouer pour qu'il vienne jouer. La dernière chose qu'il a faite avant de monter sur scène, ça a été d'évacuer tout ce qu'il avait ingurgité à la faveur d'un haut-le-coeur d'anthologie. Je pense que comme nous avions un look très clean, personne n'a jamais suspecté que nous pouvions être aussi rock'n'roll", sourit l'intéressé. Un chaos qui est loin d'être le seul souvenir resté à Bruxelles. Celui qui a entamé sa carrière avec l'album Whiskey en 1997 a son destin inextricablement lié avec la Belgique. Ce depuis 2001, époque à laquelle il a rencontré Laura Delicata, mannequin verviétois repéré in illo tempore par Mario Testino. Ensemble depuis près de vingt ans, le couple a aujourd'hui un garçon de 12 ans, Sixten, qui ne manque pas d'aptitudes musicales. Au début de son histoire, le duo a eu une vie chahutée: Laura arpentait les catwalks aux quatre coins du monde, tandis que Jay-Jay était perpétuellement en tournée. "C'était une période étrange, on ne se voyait que dans des hôtels, toujours loin de chez nous. Plusieurs fois, on s'est retrouvés à Bruxelles. Ces moments étaient magiques, la ville était comme un havre de paix pour nous. Laura m'introduisait auprès de ses amis, j'avais l'impression d'avoir une famille. Nous fréquentions des bars et des clubs à l'atmosphère conviviale et bienveillante. Cela m'a marqué. J'en garde l'impression qu'il existe ici une énorme solidarité. Il me semble que les gens sont toujours là les uns pour les autres. Ce n'est pas pour rien si aujourd'hui encore ce sont les mêmes personnes que nous fréquentons. Ils sont toujours prêts à nous accueillir." Lorsqu'il débarque pour un concert ou la promotion d'un album, l'artiste en profite pour effectuer un pèlerinage au fil des lieux qui comptent pour lui. Voici en exclusivité pour Le Vif Weekend les adresses favorites de ses errances bruxelloises."Pour moi, le Fontainas représente l'essence même de Bruxelles. La première fois que j'y suis allé, c'était il y a super longtemps. En y revenant quelques années plus tard, on m'a accueilli comme si j'étais un membre de l'équipe. Incroyable, la même serveuse était derrière le bar. C'est tellement rare que l'on vous reconnaisse à l'heure du chacun pour soi." Classique des classiques de la scène du divertissement dans notre capitale, l'adresse s'est taillé une belle réputation en raison de son décor décalé, de ses programmations musicales électro, ainsi que ses cocktails dont le prix a su rester abordable. "J'ai un rapport particulier à la mode. Je m'y intéressais déjà avant de faire la connaissance de Laura. Mon approche est celle d'un amateur qui perçoit davantage une oeuvre d'art plutôt qu'une pièce à porter lorsqu'il envisage un vêtement. Je me souviens que la griffe Comme des Garçons m'avait tapé dans l'oeil. J'ai eu un coup de coeur pour une jupe. Je l'ai achetée mais sans autre intention que l'accrocher au mur, comme je l'aurais fait d'une toile. Aujourd'hui encore, il m'arrive d'acquérir des fringues juste pour le plaisir de les contempler." Avec Stijl, Jay-Jay Johanson rend hommage à une boutique pionnière du secteur à Bruxelles. Imaginé en 1984 par Sonja Noël, l'endroit décline une vision avant-gardiste du vêtement, de Rick Owens à Ann Demeulemeester, en passant par Haider Hackermann et Dries Van Noten. "Longtemps j'ai cru que la musique ne serait qu'un hobby pour moi. J'étais parti dans une autre voie, inspirée par mon père dont le métier était typographe. En 1993, j'ai travaillé pour le magazine britannique i-D, je pensais que ma route était toute tracée. Puis, j'ai été contacté en 1996 par le label BMG et tout s'est enchaîné. Il reste qu'au fond de moi, le goût des arts visuels subsiste. Cela se manifeste par le fait que je peins depuis toujours. J'aimerais beaucoup que mes toiles soient exposées dans le cadre des Galeries royales. Des contacts ont été pris en ce sens mais il est trop tôt pour savoir si cela aboutira à quelque chose." Se promener dans ces luxueuses galeries néo-Renaissance en s'imaginant que Victor Hugo s'y baladait déjà au XIXe siècle n'est certes pas le plus minime des plaisirs bruxellois. Librairie de référence, boutiques chics, restos historiques et cafés mondains s'y alignent pour le plus grand plaisir des badauds. "L'Archiduc fait valoir une atmosphère feutrée qui est totalement magnétique pour le crooner que je suis." L'actualité et l'obsession pour la nouveauté sont des états d'esprit bien ingrats, qui détournent souvent de ces adresses cultes n'ayant pas changé d'un iota au fil du temps. L'Archiduc appartient à cette catégorie de lieux. Repris en 1985 par Jean-Louis et Nathalie Hennart, c'est le tout bon plan pour s'offrir un concert de jazz. L'enseigne a vu défiler quelques pointures internationales venues s'y détendre après une prestation: Jacques Brel, bien sûr, mais aussi Barbara, Nat King Cole et Miles Davis. Le décor inimitable arrive en droite ligne de 1937. On s'y croirait. Ce cadre unique s'accompagne d'une cool atmosphère parfaite que l'on goûtera jusqu'à la moelle en sirotant un cocktail maison. "Il ne s'agit pas seulement ici de vêtements mais de "vêtements avec une histoire", ce qui fait toute la différence." Des années 20 aux années 80, Gabriele est le temple des amateurs de mode vintage. La cerise sur le gâteau? La présence de nombreuses pièces uniques qui témoignent d'un temps où l'on confectionnait ses habits soi-même ou l'on faisait appel à un atelier pour une création sortant des sentiers battus. "La dernière fois qu'on y est allés, mon pianiste y a oublié son portable, s'amuse Jay-Jay Johanson. Il faut dire que l'on était lancés, on y a dansé toute la soirée, même si ce n'est pas la vocation première de l'endroit. J'aime beaucoup ce bar qui est une surprise totale dans la mesure où il se trouve dans un quartier touristique où l'on s'attend à des adresses formatées. J'adore l'architecture du lieu qui fait place à une belle mezzanine." Avec son décor léché et son éclairage bien senti, le Bar Benelux appartient à la nouvelle génération des enseignes qui redorent le centre de Bruxelles. Le bonus? En plus des bières belges et des cocktails du moment, on peut s'y régaler de grignotages inspirés qui font le plein de bons produits, à l'instar des délicieux fromages et salaisons de Saint-Octave. Le tout enrobé dans une programmation musicale ultrasoignée, entre playlists et DJ sets. "Je tiens mon goût de la collection de vinyles de mon père qui entassait les disques de jazz. C'est une véritable addiction. Il y a quelque chose qui ressemble à mes chansons dans cette passion. Le fait est que l'on n'acquiert de nouvelles merveilles que lorsqu'un autre collectionneur se sépare de ses trésors, ce qui se produit le plus souvent en raison d'un décès. Au départ, on trouvait de nombreux albums des années 50, 60 et 70. Désormais, les années 80 commencent à poindre le bout de leur nez. Du coup, il y a beaucoup de mélancolie dans cette transmission aux contours tragiques qui épouse le cycle de la vie." The Collector est une adresse incontournable de la capitale. Sa force? Un vaste choix qui brasse toutes les catégories, du rock au funk, en passant par des imports plus rares. "Je viens à Bruxelles depuis vingt ans et une chose m'attriste: la disparition des disquaires. En deux décennies, il y a eu une véritable hécatombe. Heureusement, de manière inespérée, de nouvelles enseignes voient le jour. C'est le cas de ce Dust Dealers qui est incontournable pour les amateurs de 33 tours jazz-soul. Ce qui me ravit, c'est de pouvoir y dénicher des albums de légende qui ont une pochette spécifique pour le marché belge." Ouverte en 2016 par Oldy Clap, beatmaker et musicien, cette irrésistible boutique est une caverne d'Ali-Baba offrant un joli confort d'écoute, soit trois platines à disposition que l'on fait jouer depuis un douillet canapé. "Play it again, Sam"? Sans hésiter: le patron n'a pas un chronomètre en main. "C'est un passage obligé pour moi lorsque je suis à Bruxelles. Godiva est le chocolatier préféré de Laura. J'ai essayé de la convertir aux tablettes qui ont pour moi la saveur de l'enfance, la marque suédoise Marabou, mais elle n'y a pas adhéré, leur trouvant un goût prononcé de cire." On ne présente plus ce chocolatier "belge" - il appartient en réalité à un groupe turc Ülker - qui a exporté ses pralines à travers la planète.