Le décor : un patchwork de maisons bourgeoises médiévales, de baraques de pêcheurs bigarrées et de palais, un ensemble où se côtoient harmonieusement azulejos traditionnels et formes modernes. A côté de cela, Porto emporte le passant dans les ruelles où il fait bon flâner, avec des barbecues en pleine rue, l'odeur de la mer et du poisson grillé, les galeries d'art branchées et même, comme égarés dans le paysage, des surfeurs aux tignasses décolorées par le soleil. Certes, la température est légèrement plus fraîche qu'à Lisbonne. Mais même par temps de bruine, l'atmosphère n'y est jamais maussade...
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Le décor : un patchwork de maisons bourgeoises médiévales, de baraques de pêcheurs bigarrées et de palais, un ensemble où se côtoient harmonieusement azulejos traditionnels et formes modernes. A côté de cela, Porto emporte le passant dans les ruelles où il fait bon flâner, avec des barbecues en pleine rue, l'odeur de la mer et du poisson grillé, les galeries d'art branchées et même, comme égarés dans le paysage, des surfeurs aux tignasses décolorées par le soleil. Certes, la température est légèrement plus fraîche qu'à Lisbonne. Mais même par temps de bruine, l'atmosphère n'y est jamais maussade... La première facette de la ville saute aux yeux : une architecture qui en jette. Il faut dire que deux grands noms du genre y sont encore en activité : Eduardo Souto de Moura (64 ans), maître du minimalisme portugais, et Álvaro Siza Vieira (83 ans), figure de l'archi contemporaine. Ils ont tous les deux remporté le Pritzker, sorte de prix Nobel d'architecture. Et ils ont offert à Porto des réalisations qui, bien que monumentales et très géométriques, ont été façonnées sans fioritures, et sans faire violence à leur environnement. En visitant le site du musée Serralves, on est frappé par la Casa de Serralves, un monument Art déco rose vif de la première moitié du siècle passé. Une illustration typique du style " paquebot ". A côté, se dresse une aile moderne, le musée d'art contemporain de Siza Vieira, imaginé en 1999. L'architecture joue avec les saillies et les façades en retrait. Deux styles qui se combinent à la perfection. Eduardo Souto de Moura, lui, a construit une station de métro à la blancheur éclatante, et ce juste en face d'une attraction touristique, la Capela de Santa Catarina, une église du XVIIIe siècle recouverte d'azulejos narratifs bleu vif. Seule une étroite ruelle scinde les deux lieux qui, curieusement, malgré les deux cents ans qui les séparent, semblent intimement liés... Mais ce n'est pas tout : à Porto, presque à chaque coin de rue, un regard attentif découvrira d'autres merveilles. Il suffit de lever les yeux. Quatre attractions incontournables ? Le Colisée (pour sa façade Art déco jaune et son enseigne lumineuse), le pont en arc Dom Luís I (réalisé par un disciple de Gustave Eiffel, il orne toutes les cartes postales), la Casa da Música (un diamant cubiste de Rem Koolhaas, à mettre sur la liste des bâtiments à voir dans sa vie) ou encore la Casa d'Oro, une maison sur piliers en béton, de style moderniste, bâtie sur une rive du Douro. Cette dernière, qui a servi d'atelier à l'architecte du pont Arrábida, héberge aujourd'hui un restaurant italien dont la carte est différente... à chacun des trois étages. On s'y assied pour admirer la vue qui s'étire jusqu'à l'océan Atlantique, en optant pour la terrasse en plein air qui, dans tout Porto, est la seule à offrir un panorama aussi féerique... Les jolies églises du centre historique constituent un autre atout de Porto. Tout comme la promenade de la Ribeira, avec les façades colorées des maisons au bord du fleuve, que l'on parcourt avec le vent du Douro dans les cheveux. Même si les bars à touristes se succèdent dans le champ de vision, le pont Luís I, magistral, compense ce petit désagrément. Notre conseil : passer de l'autre côté du pont, histoire de découvrir l'endroit favori des photographes, mais aussi d'acheter une inévitable bouteille du plus célèbre apéritif local chez Porto in a Bottle. Les sympathiques Célia Lino et Marco Ferreira ont ouvert cette boutique il y a quelques années pour prouver que les enseignes indépendantes avaient largement de quoi concurrencer les grandes marques (notamment Sandeman) en matière de porto. La dégustation doit impérativement être accompagnée d'une " bola de Berlim " : si cette pâtisserie est connue en Belgique, elle est ici servie en portions (très) généreuses, notamment à la Confeitaria Serrana, où Monica Oliveira veille depuis des années sur les recettes de son père... Dans les restaurants, on voyage également entre tradition et modernité : beaucoup de jeunes chefs déclinent les anciennes recettes portugaises sous forme de tapas, appelées " petiscos ". Le respect du passé est bien présent à Porto, même si l'innovation est devenue un véritable moteur, et ce dans tous les domaines. Les entrepreneurs, par exemple, s'en donnent aussi à coeur joie, comme en témoigne la flopée d'hôtels design aménagés dans des maisons bourgeoises médiévales. Dans les années 70, lorsque le port a été transféré à quelques encablures de son berceau, le centre-ville a accusé le coup. Son redressement a pris du temps, notamment à cause de la crise économique ayant touché l'ensemble du pays. Mais l'audace a payé : designers, architectes, restaurateurs, commerçants et même artistes ont redonné à la ville son énergie perdue. Au passage, on admirera ainsi les rues entourant la très baroque Torre dos Clérigos (à gravir pour un autre point de vue phare sur la ville), où les bars à cocktails côtoient les boutiques de design. Mais aussi le quartier de la Rua de Miguel Bombarda, qui déploie ses galeries d'art dans un esprit très communautaire : tout le monde, ici, se connaît et se salue... Difficile, bien sûr, de quitter Porto sans une escale par le sable tiède. S'il faut parfois faire quelques kilomètres pour dégotter des jolis coins (Foz do Douro, Espinho ou Vila Nova de Gaia), il ne faut pas aller loin pour trouver de l'originalité. Direction Matosinhos, par exemple, pour se détendre et observer les... surfeurs. L'endroit, a priori, est un peu rebutant, orné d'immeubles peu accueillants. Mais on se laisse assez vite transporter par son atmosphère, son côté " local " - les gens du coin et les écoles s'y donnent rendez-vous - et par les virtuoses de la planche qui se délectent sur les vagues. Même si on ne les rejoint pas sur les flots, le tableau est aussi étonnant que vivant. Un petit creux ? A cinq minutes à peine de la plage, se trouve la Rua Heróis de França, une artère bardée de restaurants familiaux, sans chichis, éclairés au néon, où l'on sert de délicieux mets de poisson grillé, cuisinés sur des grands barbecues installés à même la devanture. En guise de digestion, on ne peut que suggérer de retourner vers la plage où, en fin de journée, le coucher de soleil dessine de magnifiques couleurs sur l'horizon...Par Veerle Helsen