Séjourner dans un hôtel de rêve
...

Séjourner dans un hôtel de rêveMalgré sa taille de confetti - 1 865 km2 -, l'île Maurice compte environ cent vingt hôtels. Une offre conséquente, mais surveillée de très près par le ministère du Tourisme, qui n'entend pas faire "déborder" son petit paradis et qui, ainsi, ces deux dernières années, a tout simplement interdit la construction d'établissements supplémentaires. En 2015, il exigeait également que tous affichent leurs "étoiles" sur leur devanture, ceci afin de pousser les propriétaires à améliorer leurs prestations. Des décisions qui contribuent à maintenir intacte l'excellente réputation de la destination en matière d'hébergement et d'accueil. Car ici, non seulement le décor est somptueux, mais en plus, les nuits sont belles. Entre les enseignes 3 et 5-étoiles, il y a un point commun : le professionnalisme souriant. Et le sens de l'accueil est une valeur commune : "Le Mauricien a compris une chose importante : le luxe est là où on veut qu'il soit : dans la cuisine, la propreté ou les services, peu importe le prestige du label", confie Lindley Thomen, manager du Four Seasons. Bien sûr, la plupart des hôtels ont élu domicile sur les côtes, s'offrant (presque) tous un morceau de plage privée et un panorama sur l'océan turquoise. Autant dire que beaucoup de touristes, après avoir posé leurs valises, passent une bonne partie de leur séjour entre la piscine, le sable fin, le spa et les restaurants mêmes de l'établissement. Objectif : la détente et le soleil, atouts maîtres d'un coin de paradis où l'été mérite largement que l'on s'y rue pour fuir nos hivers. "Tous les hôtels vous le diront : quand une saison a été bonne, les clients réservent immédiatement pour l'année suivante, poursuit Lindley Thomen. Pour les établissements de haut standing comme le nôtre, cette fidélisation est un atout, puisque notre marque de fabrique n'est pas de répondre aux attentes, mais de les surpasser. Un hôte qui est allergique aux concombres, il ne doit nous le dire qu'une seule fois : après, c'est dans son "dossier". S'il prend deux fois de suite du thé glacé à 16 heures, le jour suivant, nos serveurs anticiperont et lui suggéreront poliment un thé glacé avant même qu'il ne commande." Ces hôtels qui offrent un service ultrapersonnalisé, Maurice en compte une demi-dizaine. On peut y croiser Jean Dujardin, Patrick Bruel, des rois et des reines, ainsi que des stars du ballon rond qui viennent y chercher la discrétion. Jacques Chirac n'a jamais caché son admiration pour le Royal Palm, au nord de l'île, dont la plage somptueuse et les suites avec vue font partie de l'élite hôtelière mauricienne depuis 1985. Ce fut le premier 5-étoiles de l'île. Aujourd'hui membre de la très exigeante organisation The Leading Hotels of the World, le lieu se veut à la fois raffiné et cosy. "Et à taille humaine", insistent ses responsables. Mêmes arguments du côté du Constance Le Prince Maurice, sur la côte ouest. Encore plus au calme, l'hôtel arbore une atmosphère ressourçante inspirée par l'art de Bali. A ses débuts, l'établissement était réservé aux couples sans enfants. Aujourd'hui ouvert à tous, il est le seul du pays à proposer un bar et un restaurant... flottants, où l'on déguste cocktails ou poissons au coeur des mangroves, face au lagon. Avec, côté cave, une réserve contenant pas moins de 25 000 bouteilles de vin... Sur une île dont le tourisme est le premier pilier de l'économie - environ 100 000 Mauriciens en vivent, pour 1,2 million d'habitants -, ces palaces majestueux sont les garants d'une croissance qui, à côté de cela, est alimentée notamment grâce à l'exportation de textiles et de sucre. Dans un établissement comme le Four Seasons, qui ne loue que des villas avec piscine privée, pas moins de 575 locaux sont directement employés. Enorme, alors que cela ne comprend même pas les taximans ou autres producteurs qui y travaillent "indirectement". "Ceux qui ne trouvent pas de job, c'est parce qu'ils sont un peu paresseux", sourit le manager. Et si les grands groupes hôteliers sont bien présents, la plupart ne font que "louer" leurs terrains à des anciens propriétaires d'usines sucrières. Qui, au lieu de revendre leurs biens, ont choisi une reconversion pour le moins inspirée. Rien d'étonnant, dès lors, au fait que l'on puisse opter pour n'importe quelle enseigne de standing : l'âme mauricienne s'y retrouve de toutes façons, que ce soit dans les petites ou les grandes attentions d'un personnel qui rend le repos définitivement paradisiaque... Se la jouer routes et "roots"On le constate quelques minutes avant l'atterrissage, en survolant les contours verdoyants de l'île : au-delà de ses somptueuses plages de sable blanc, le confetti posé dans l'océan a du répondant. Quelques grammes de curiosité suffisent pour en découvrir les coins les plus authentiques, bourrés de charme. Il faut, pour cela, passer un "simple" examen d'entrée : louer une voiture, en acceptant d'oublier toutes les règles de circulation en vigueur en Belgique. Ici, les motos et les vélos zigzaguent joyeusement, les trottoirs n'existent pas (mais les piétons, oui), les véhicules s'attardent en double file un peu partout, les panneaux de signalisation ou d'indication sont très rares, tandis que le GPS lui-même ne comprend jamais bien où il se trouve. Et pour orner l'ensemble, des chiens errants surgissent de nulle part. On reste calme, on respire un grand coup. Puis on se lance sur les petites routes qui sillonent des décors pleins de (bonnes) surprises. Les noms des bourgades traversées symbolisent à eux seuls l'exotique poésie ambiante : Trou d'Eau Douce, Grande Pointe aux Piments, Nouvelle Découverte, Pomponette, Deux Frères, L'Escalier, Moulin à Poudre ou Plaine des Papayes. Si l'île fut tour à tour colonisée par les Hollandais, les Anglais et les Français, ce sont ces derniers qui y ont laissé la plus grosse part de l'héritage - les locaux se parlent en créole, mais tout le monde comprend le français. Les petits villages se succèdent, où l'on constate que chacun se contente de ce qu'il possède. Ici, des abris bâtis avec de simples plaques de taule. Là-bas, des maisons un peu plus spacieuses aux teintes bariolées. Et dans le paysage, parfois, des anciennes demeures coloniales, disséminées dans des reliefs dont la végétation est faite de champs de thé ou de canne à sucre, de forêts tropicales et de sentiers de terre ocre... Certains diront que, pour apprécier l'authenticité de Maurice, il suffit de gagner Port-Louis, sa capitale. La balade est effectivement étonnante : elle rassemble toute l'évolution du pays, à coups de lieux emblématiques. Entre la blanche Mosquée Jummah, le quartier chinois, la marina remplie de boutiques et de restos, le caveau du Père Laval (une sorte de Lourdes du crû) ou le temple indien de Kaylasson, on traverse une longue histoire. Le respect de la multiculturalité est l'une des grandes fiertés locales. Suite à l'indépendance obtenue en 1968, cette "récente" démocratie républicaine invoque la tolérance dans sa vie politique, sociale et religieuse. Les Hindous dominent certes les statistiques officielles (environ 45 %), mais les Chrétiens, les Musulmans et les Bouddhistes se serrent la pince et s'échangent leur art de vivre. Il faut évidemment quitter la capitale pour admirer l'étendue des couleurs et des saveurs de ce paradis. S'arrêter en bord de route pour déguster un curry, un jus de tamarin ou un incontournable "rougail" fait de tomates, d'ail et d'épices. S'en aller découvrir le somptueux jardin botanique de Pamplemousses, un ancien potager reconverti en oasis de 37 ha abritant quelque 600 espèces d'arbres ou de plantes, et dont le bassin aux nénuphars géants mérite à lui seul l'excursion. Faire halte au paisible Cap Malheureux et ses alentours, avec ses villages de pêcheurs, son lagon où flottent quelques pirogues et sa célèbre église au toit rouge, alias Notre-Dame-Auxiliatrice. Pousser une tête jusqu'au Grand Bassin et son lac sacré, surveillé par une immense statue de Shiva - 30 m de hauteur -, où se déroule chaque année le plus important rassemblement hindou en dehors de l'Inde. Tout autour de cet oasis de sagesse, des dizaines de singes en liberté s'amusent à prendre la pose ou à grimper sur les temples... Et enfin, coup de coeur : dans le sud-ouest, à quelques virages de la plaine du Morne, on ne peut qu'aller admirer le décor déroutant offert par la terre des sept couleurs. Ce petit territoire de dunes volcaniques déploie des sortes de vagues chromatiques qui, selon la saison ou l'heure de la journée, passent du marron au violet, et même du rouge au bleu. Une curiosité géologique incontournable - même si le tour est vite bouclé -, à compléter par une photo des impressionnantes cascades de Chamarel qui, sur la même route, semblent s'extraire de la forêt dense pour s'offrir un grand frisson en chutant sur plus de 100 m. Un spectacle sauvagement prenant. Et qui mérite bien, en redescendant vers la côte, un petit détour par la rhumerie du coin, histoire de quitter l'endroit avec un souvenir tenace dans les yeux comme dans la gorge. D'autant que, comme cadeau, un flacon de breuvage local est plus pertinent qu'un magnet à l'effigie d'un dodo : l'oiseau, emblème de l'île, a disparu du paysage depuis 1681. Se dégourdir le corps et l'espritEn plein été, lorsque la température est chaude et humide, Maurice ne propose pas uniquement de se rafraîchir dans ses eaux translucides. L'option "sport" est également disponible, et l'offre est plus variée qu'il n'y paraît. Quand ce ne sont pas les hôtels eux-mêmes qui prêtent leurs kayaks, leurs planches à voile ou même leurs mini catamarans, ce sont les petites entreprises de loisirs qui, un peu partout sur les côtes, invitent à l'aventure. Initiations au ski nautique, au stand-up paddle ou au kite surf. Virées snorkeling pour se la couler douce dans un lagon dont la faible profondeur permet de rencontrer très vite - et de près - des poissons colorés tout droit sortis du Monde de Nemo. Et bien sûr, de la plongée sous-marine : que ce soit du côté de Grand Gaube, de Flic en Flac ou de la Pointe aux Piments, la barrière de corail qui entoure l'île se positionne comme l'une des plus belles de l'océan Indien. Et quand on sait que la température moyenne de l'eau est de 25 °C, on n'hésite pas très longtemps. Autre option : un petit plouf en compagnie des dizaines de dauphins qui baignent au large. S'il est interdit de les toucher, on peut nager à côté d'eux en toute quiétude et, pour l'avoir expérimenté, on vous garantit que l'animal est très jouette... Peur de croiser un méchant requin ? Aucune crainte : les grandes dents n'apprécient guère la région. Certes moins prisée, la randonnée constitue un autre attrait pour les touristes dont les gambettes ne tiennent pas en place. Suggestion : filer vers le magnifique parc national des Gorges de Rivière Noire, à l'ouest de l'île. Le décor ? Des montagnes, des cascades, des forêts et de cours d'eau. Si les sentiers - au même titre que les routes du reste de l'île - ne sont pas des modèles du genre en matière de précision, plusieurs "trails" sont faciles à boucler à l'aide d'une simple carte. Et pour faire connaissance avec la faune du lieu - cochons sauvages, cerfs, macaques ou autres pigeons roses -, une rando d'une dizaine de kilomètres se révèle largement suffisante, toujours à condition d'éviter la saison brûlante. Les férus de petite balle blanche et de swing, eux, seront ravis d'apprendre que Maurice, petit à petit, est en train de devenir une destination "golf" assez tendance. La preuve : le Belge Nicolas Colsaerts s'y rend de temps en temps pour peaufiner son drive, tandis qu'un tournoi international - le Mauritius Golf Masters - s'invite chaque année dans les jolis reliefs d'Anahita. Pour être encore plus complet, on devrait évoquer la pêche au gros, discipline reine de l'île qui consiste à gagner le large pour y flairer les prédateurs de l'océan. Mais on avoue : au lieu de tenter l'expérience, nous avons préféré partir à la rencontre des mille autres pépites d'une destination qui s'apprivoise très vite mais ne s'oublie jamais. Entre les plages de l'île aux Cerfs, les paysages offerts par la Route du Thé, le charme de la côte sud, la prestance de la Montagne du Lion ou la dégustation de plats nationaux nommés "cari", "biryani" ou "vindaye", notre coeur n'a pas fini de balancer...