Opinion

Nicolas Balmet

« Pour aujourd’hui et pour de bon, on arrête de voyager comme des cons »

Titre de notre dossier spécial: «Voyager pour un monde meilleur». C’est évidemment très présomptueux de notre part de clamer que l’on a rédigé des articles ayant le pouvoir de soigner le monde.
Pour être honnête, on a d’ailleurs hésité longtemps sur la formule. On avait pensé à «voyager autrement» ou même à «voyager après la pandémie». Puis, après une discussion dans le bureau de la rédactrice en chef, on a quand même décidé de viser la lune.
Non pas pour faire des jolies promesses intenables – on n’est pas en campagne électorale – ou pour accentuer la pression sur un secteur à qui l’on reproche d’être responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre. Et certainement pas pour jouer les super-héros du journalisme: on connaît le pouvoir des mots autant que les limites de leurs échos.
Non, en choisissant d’évoquer la possibilité de voyager «pour un monde meilleur», on a tout simplement pris le parti de regarder la vérité en face. Le globe-trotteur, aujourd’hui, n’a plus le choix: s’il veut continuer à explorer des contrées proches ou lointaines, il doit le faire en connaissance de cause. Qu’il aille se frotter aux hordes estivales de la mer du Nord ou randonner dans la cordillère des Andes, peu importe: aucun voyage ne peut plus être élaboré sans un examen préalable des conséquences que l’aventure implique.

Pour aujourd’hui et pour de bon, on arrête de voyager comme des cons

On l’a vu venir, bien sûr. Les dauphins venant faire trempette dans la lagune de Venise, ça ne pouvait pas durer. Tout comme les Barcelonais flânant enfin paisiblement sur leur propre Rambla ou les Amstellodamois découvrant le calme surnaturel de leur «quartier rouge». Ça, c’était un monde meilleur en version covidée et, donc, fantasmée, pour ne pas dire utopique. Aucune des trois villes citées ne survivrait sans que les touristes, aussi affreux et vils soient-ils, viennent s’y balader.


Il ne faut pas croire, non plus, que ce monde meilleur se dessinera en deux traits et trois croquis: on ne gomme pas en quelques mois des décennies entières de tourisme freestyle durant lesquelles plusieurs générations se sont succédé pour profiter de vacances sans peur et sans reproche écologique, et parfois même sans crème solaire.
Non, on ressort lentement la tête du sable et on quitte avec sagesse ces années complètement folles où l’on partait dans l’unique but de recharger ses batteries. Désormais, on recharge les batteries sur les bornes prévues à cet effet, mais surtout, on accepte d’obéir aux lois d’une indémodable expression: on apporte sa pierre à l’édifice. On songe à ses moyens de transport, aux valeurs prônées par les hébergements qu’on choisit, à la provenance des mets qu’on consomme face au coucher de soleil, mais aussi au bien-être des locaux qui, par définition, nous accueillent chez eux. Bref, oui, pour aujourd’hui et pour de bon, on arrête de voyager comme des cons – on a aussi hésité sur cette formule, mais moins longtemps.

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