Opinion

Edgar Kosma

« Dès que les plus âgés s’accaparent l’un de nos jouets, nous en voulons un nouveau »

Edgar Kosma linktr.ee/edgarkosma

Au royaume des réseaux sociaux, les jours passent et ne se ressemblent pas. Entre les buzz et les likes, le vrai et le fake, Edgar Kosma scrolle le fil d’actu d’un siècle décidément étrange. Hashtag sans filtre.

Non, la génération Z n’est pas la génération Zemmour – ouf de soulagement – mais inclut les jeunes nés entre 1997 et 2010 (là, vous êtes sûrement en train de calculer leur âge). Comme sa lettre l’indique, elle succède à la génération Y, plus connue sous le nom de Millennials, et précède l’Alpha (même que si on n’avait pas commencé à compter à X, on ne serait pas déjà obligé de recommencer l’alphabet). Pour schématiser, les Y sont nés avec Internet, tandis que les Z ont grandi avec les objets connectés et le développement explosif des réseaux sociaux. Faible nuance, me direz-vous, si vous êtes un boomer ou un X ; grande distinction pour eux.

Mais qui sont ces jeunes âgés de 12 à 25 ans? On ne les trouve pas ou peu sur Facebook pour la simple et bonne raison que c’est là que traînent leurs parents, les amis de leurs parents, voire les parents de leurs parents. En tant que xennial (l’inter-génération entre les X et les Y, soit les personnes nées entre 1977 et 1983), je ne peux que les comprendre, car en 2022, avec ses avis nécrologiques et ses recherches de recommandation de plombier, Facebook ressemble autant à un terrain de jeu pour ados qu’à un centre de vaccination. Dans un premier temps, c’est sur Instagram que les Z se sont repliés, mais la paix n’est jamais définitive en ce Meta-monde, puisque là aussi, les aînés débarquent chaque jour plus nombreux avec leurs clichés de #sunset. Heureusement pour eux, le réseau chinois TikTok leur sert d’échappatoire depuis quelques années. Mais jusqu’à quand y jouiront-ils du plaisir de l’entre-soi? N’est-ce pas toujours un jeu perdu d’avance? Les Z ne sont-ils pas déjà condamnés à devenir les parias de la génération Alpha?

Le rapport aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies d’une génération pourrait être appréhendé comme un rapport d’opposition aux générations précédentes: dès que les plus âgés s’accaparent l’un de nos jouets, nous en voulons un nouveau. Mais s’il n’y a rien qui énerve plus le « zoomer » qu’un boomer tentant de se zoomiser, il n’y a rien de bien neuf sous le routeur. En effet, quelle aurait été notre réaction si un groupe d’adultes avait débarqué dans l’une de nos boums des eighties en imitant nos jeux de séduction prépubères?

Contrairement aux apparences, les Z sont des êtres humains qui aiment la compagnie de leurs semblables, que ça se passe IRL – « In Real Life » pour les boomers – ou online. Mais ce concept d’IRL signifie-t-il encore quelque chose pour eux qui passent plus de 7 heures par jour scotchés sur leur minuscule écran? Tous? Non. Il semblerait qu’une faible minorité tente de résister à l’envahisseur numérique. Une tendance observée par le média d’actu en ligne Mashable, qui a interrogé des jeunes Américains ayant décidé de se séparer de leur smartphone au profit d’un « flip phone » ou téléphone à clapet. Arguments invoqués: jouir d’un outil à usage unique et non relié à leur identité, ne pas avoir peur de le perdre, profiter d’un festival ou d’une soirée entre amis sans tout le temps se demander s’il faut prendre une photo ou pas, se distinguer grâce à un objet rétro esthétiquement loin des smartphones lisses qui se ressemblent tous.

C’est clair qu’avant, il était impossible de confondre un Nokia 3310 avec un Blackberry ou un Motorola Razr, aux designs bien marqués et customisables, alors que je vous mets au défi de distinguer un Samsung noir à coque transparente d’un Huawei noir à coque transparente. Est-ce juste une lubie passagère, voire de simples exceptions chargées de confirmer la règle? La génération Alpha nous le dira. Peut-être. Ou pas. Avec les jeunes, on ne sait jamais. Quoi qu’il en soit, sur TikTok, le hashtag #flipphone compte à ce jour 227 millions de vues. Souvent agrémenté de petits stickers mignons, l’objet vintage y est vanté pour son charme désuet. Les modes se font, puis se défont. En guise de conclusion xenniale, permettez-moi de me paraphraser: « Ce n’était pas mieux avant, c’est juste qu’on était jeune. »

Edgar Kosma: linktr.ee/edgarkosma

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