Edgar Kosma

Le petit oiseau va sortir

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Au royaume des réseaux sociaux, les jours passent et ne se ressemblent pas. Entre les buzz et les likes, le vrai et le fake, Edgar Kosma scrolle le fil d’actu d’un siècle décidément étrange. Hashtag sans filtre.

«The bird is freed» (l’oiseau a été libéré). C’est avec ces mots qu’Elon Musk a tweeté l’annonce de son rachat de Twitter, le jeudi 27 octobre dernier, pour la bagatelle de 44 milliards de dollars. Avec ironie, souvent, ou analyse, parfois, on ne parlait alors que de ça sur la twittosphère. Et même ailleurs, puisque Donald Trump, le plus illustre des comptes bannis, s’en est félicité sur son propre réseau social: «Je suis très heureux que Twitter soit désormais entre de bonnes mains et ne soit plus dirigé par des fous de la gauche radicale qui détestent vraiment notre pays.»

Après s’être attaqué au voyage interplanétaire avec SpaceX puis à la voiture électrique avec Tesla, Elon le Magnifique s’attelle à conquérir un nouveau secteur à haute valeur stratégique: l’information. Pourquoi l’homme qui vaut 200 milliards a-t-il investi un cinquième de sa fortune dans une entreprise qui n’a jamais vraiment trouvé son modèle de rentabilité? Selon lui, l’oiseau bleu a un potentiel sous-exploité et méritait mieux que ses médiocres dirigeants pour atteindre son objectif: renforcer la liberté d’expression dans le monde. Et qui de mieux pour rendre ses lettres de noblesse à son petit oiseau préféré? Elon, bien sûr! Qui était surtout un des seuls capable de se l’offrir.

‘Une aubaine pour tous les haters et conspirationnistes bannis ces dernières années.’

Pourtant, jusqu’à ce jour, entre Twitter et le milliardaire aux 113 millions d’abonnés, ce n’était pas une si belle story, puisqu’il n’y publiait que des provocations, idées complotistes et blagues bizarres qui mettaient parfois sa crédibilité en question. Alors, qu’il devienne aujourd’hui CEO de Twitter, c’est pour certains aussi bizarre que si Cyril Hanouna devenait PDG de TF1. Avec une personnalité explosive comme la sienne, on peut s’attendre à tout et son contraire dans les prochains mois, surtout qu’il sera seul à la barre de la boîte après avoir dissous le CA et licencié 75% du personnel.

La liberté d’expression étant, chez cet indéfectible libertarien, comme gravée sur le capot d’une Tesla, on peut s’attendre à ce que le niveau de modération des contenus soit nettement abaissé. Cela présage-t-il du pire, et plus particulièrement, du retour de Donald Trump sur Twitter? L’avenir nous le dira. En tout cas, ce changement de cap sonne comme une aubaine pour tous les haters et conspirationnistes bannis ces dernières années.

Sa plus grosse idée, côté «business plan», sera de proposer un abonnement à 8 dollars par mois pour les utilisateurs souhaitant faire certifier leur compte et avoir un petit V bleu à côté de leur nom pour bien montrer qu’ils sont vraiment eux. De quoi permettre aussi de réduire l’exposition aux contenus publicitaires, faire apparaître ses tweets en priorité et poster des vidéos ou messages audio plus longs. Dans un premier temps, Elon Musk avait pensé proposer cet abonnement à 20 dollars par mois, mais c’était sans compter sur le roi du thriller Stephen King, tant populaire en librairie que sur Twitter, qui avait alors contre-tweeté: «20 dollars par mois pour garder mon badge bleu? Qu’ils aillent se faire voir, ils devraient plutôt me payer. Si c’est mis en place, je me casse.» Le mouvement de révolte était lancé et Stephen restera.

Elon ne manque certes pas d’imagination pour faire rentrer de l’argent, mais sa personnalité clivante et la disparition de la modération de contenus pourrait aussi repousser des gros annonceurs qui ne souhaitent pas s’afficher aux côtés d’opinions les plus extrêmes et de contenus toxiques. Bref, l’oiseau est peut-être libéré, mais il semblerait que la liberté d’expression chère à Musk ne soit pas si absolue que ça puisqu’elle existera désormais en deux versions: la gratuite et la payante pour ceux et celles qui veulent que leur opinion vaille plus que les autres. Les mauvaises langues diront que 8 dollars par mois pour insulter ou se faire insulter, c’est peut-être un brin cher en ces temps d’incertitudes. Mais comme dirait Elon, quand on aime, on ne compte pas.

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