Opinion

Edgar Kosma

Les bronzés font du Métaski

Edgar Kosma linktr.ee/edgarkosma

Au royaume des réseaux sociaux, les jours passent et ne se ressemblent pas. Entre les buzz et les likes, le vrai et le fake, Edgar Kosma scrolle le fil d’actu d’un siècle décidément étrange. Hashtag sans filtre.

Les Belges n’ont jamais autant réservé de voyages et sont cette année en mode «Réchauffement climatique, rien à foutre, après deux ans de pandémie, on va bien en profiter!» Le monde d’après est donc arrivé et il ressemble à s’y méprendre au monde d’avant. Finalement, la seule différence, c’est juste qu’il arrive après. Pourtant, les rapports du GIEC se suivent et se ressemblent, toujours plus alarmants. Les effets du dérèglement climatique ne sont plus seulement une menace à venir mais, comme dans la vallée de la Vesdre ou sur des micro-archipels du Pacifique, font déjà parfois partie du passé.
Dans un monde normalement constitué, la coupe devrait être pleine et l’économie du tourisme mondialisé et des citytrips intempestifs connaître un sacré coup d’arrêt. Mais le besoin de se mouvoir, de découvrir de nouveaux horizons et de publier des stories autour d’une piscine à 2 000 km de chez soi semble être inscrit dans le patrimoine génétique des humains depuis la nuit des temps. Aussi, une question urgente s’impose: comment combiner soif inextinguible de voyage et respect de la planète? De la même manière que le digital a cannibalisé un à un les différents aspects de nos existences, à quoi ressemblera le tourisme 2.0?

Vacances en 2032, nul besoin de se disputer sur les destinations de vacances car la classe moyenne reste chez elle. Chacun enfile son nouveau casque à réalité augmentée et prend congé des autres membres de la famille…

«Juillet 2032. La guerre en Ukraine n’en finit pas de s’étendre et de s’enliser, le kérosène est enfin taxé à sa juste valeur et un plein d’essence coûte plus cher qu’une voiture d’occasion. Un voyage de plusieurs centaines de kilomètres, qu’il s’effectue en avion ou en auto, n’est donc plus à la portée du ménage belge moyen. Si, dans le monde d’avant, certains préféraient la mer et d’autres la montagne, aujourd’hui, nul besoin de se disputer sur les destinations de vacances car la classe moyenne reste chez soi et tente de profiter de ces journées de non-télétravail avec les moyens de ceux qui n’en ont pas.

Stéphanie, Didier, Océane et Matteo prennent un petit-déjeuner en famille sur la terrasse, à l’ombre des vignes en fruit. Ils aiment ces moments suspendus où ils ont pour habitude de se raconter leurs rêves. Chacun vaque ensuite à ses occupations et soins corporels, ce qui est vite fait, puisque la ville de Jodoigne rationne drastiquement l’eau à la suite de la Grande Sécheresse de 2029. Et lorsque tout le monde est prêt à partir, ils enfilent leur nouveau casque à réalité augmentée Oculus 7 et prennent congé les uns des autres. Aujourd’hui, Stéphanie choisit de visiter le Musée du Louvre où elle n’était plus allée, en physique cette fois-là, depuis les années 2010. De son côté, Didier opte pour des vacances sportives et descend en short dans l’ancien garage où il relie son Oculus à un tapis roulant. Au programme: 20 kilomètres de course sur la Lune avec une gravité fluctuante.

Océane et Matteo, eux, prennent la route d’Horizon Worlds, un univers créé de toutes pièces, où ils vont assister à un gigantesque festival avec des jeunes du monde entier. Ils ne s’y croiseront bien sûr pas, car cet univers quasi infini se subdivise en une multitude de sous-multivers. Avec leur argent de poche en cryptomonnaie locale, les enfants pourront payer les droits d’accès aux différentes salles, acheter des goodies et autres objets-souvenirs qui seront stockés ad vitam dans leur portefeuille Méta.

Après être passée par la boutique du Louvre où elle a acheté un GIF de la Joconde, Stéphanie retire son casque et commence à préparer le dîner, avant d’envoyer un message vidéo à son mari et aux enfants pour les informer de l’heure de rassemblement. C’est ainsi que, chaque soir, autour du repas, pris cette fois à l’intérieur, car une pluie de grêlons s’abat sur la jeune nation wallonne, Stéphanie, Didier, Océane et Matteo se retrouvent, yeux fatigués et sensations plein la tête, pour se raconter leurs expériences et se projeter dans les activités du lendemain.»

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