Opinion

Edgar Kosma

Photos de vacances sur Instagram vs réalité, qu’y gagne-t-on?

Edgar Kosma linktr.ee/edgarkosma

Au royaume des réseaux sociaux, les jours passent et ne se ressemblent pas. Entre les buzz et les likes, le vrai et le fake, Edgar Kosma scrolle le fil d’actu d’un siècle décidément étrange. Hashtag sans filtre.

Que vous soyez juilletiste, aoûtien ou abstinent, la tendance #summer2022 est déjà bien derrière nous, et nous voici tel un flux d’oiseaux migrateurs filant à toute allure vers une saison a priori plus fraîche. Mais que reste-t-il aujourd’hui de ces moments de vacances hors du temps que nous avions tant attendus et qui nous ont parfois coûté, en à peine une ou deux semaines, près d’un mois de revenus?

Quelques dernières traces de bronzage, si tant est que nous avons eu la chance de ne pas tout perdre en un pelage? Cette douzaine de bouteilles de ce bon petit viticulteur du Languedoc qui ne passeront certainement pas le cap de la Toussaint? Et surtout ces centaines de photos dans nos téléphones qui sont déjà tombées bien bas dans la chronologie de notre album personnel? Finalement, les jours passant et la mémoire s’estompant, ne sont-ce pas les dizaines de clichés publiés sur Instagram qui feront office de livre d’or de cet opus estival 2022?

A l’instar du jeu «Instagram VS reality», où des gens s’amusent à confronter l’irréalité d’Insta avec la moins belle vérité qui se cache derrière un grand nombre de publications, il pourrait être amusant de comparer nos photos de vacances publiées avec la réalité.

Car avouons-le tous ensemble, devant tout le monde et une fois pour toutes: derrière ce lumineux selfie de sable fin liké par tous nos amis, ne se cache-t-il pas le fait que la plage était jonchée de déchets, bondée, bruyante, pas assez ombragée ou recouverte d’insupportables cailloux? Derrière cette gourmande photo de spritz dans une si typique ruelle vénitienne, ne se cache-t-il pas le fait qu’il a fallu attendre une heure avant d’être servi, que les chips au sel étaient bien trop salés et que les indispensables glaçons n’avaient pas tenu trois minutes dans cette épouvantable touffeur?

Et derrière ce luxueux cliché de piscine d’hôtel 4-étoiles, ne se cache-t-il pas le fait que le turquoise a été bien trafiqué avec un filtre, que l’eau était trop froide en raison d’une panne de chaudière, que le taux de chlore était si élevé que nous avons eu les yeux irrités pendant deux jours et que les guêpes qui voltigeaient autour du bassin nous ont tout bonnement rendus dingues du matin au soir?

‘Que se passerait-il si quelqu’un postait des photos de vacances objectives? ‘

Au moment où j’écris ces mots, je reçois une newsletter d’un média en ligne dont l’un des titres semble avoir été écrit pour alimenter cette chronique: «Sur les réseaux sociaux, un jeune sur deux rend sa vie plus intéressante qu’elle ne l’est.»

Je clique, bien sûr, et suis dirigé vers un article un peu décevant qui se contente de parcourir les résultats d’une énième étude américaine, basée sur des témoignages de 1 000 jeunes de 18 à 25 ans, et selon laquelle une bonne partie de ces répondants considérerait la vie sur les écrans comme plus importante que le monde réel. Préféreraient-ils avoir beaucoup d’abonnés sur Instagram plutôt que de réussir leurs examens scolaires? Ce n’est pas dit. J’y apprends enfin que les principales raisons qui pousseraient les jeunes à rendre leur vie en ligne plus intéressante que leur vie réelle seraient le manque de confiance en soi, le jugement des autres et la pression sociale.

Pour me faire l’avocat de la génération Z, j’ai quand même un peu l’impression que les raisons qui pousseraient les adultes à enjoliver leurs photos de vacances, alors que plus personne n’est dupe, ne seraient pas beaucoup plus éloignées. Mais étant donné que je n’ai pas la possibilité d’interroger 1 000 adultes d’ici la fin de ce texte, je ne peux que me réfugier derrière une dernière question: que se passerait-il si quelqu’un postait des photos de vacances objectives, sans cacher le fait qu’il émet encore plus de CO2 que chez lui, qu’il a envie de noyer ses enfants ou que les autochtones ne sont finalement pas si ouverts d’esprit? Serait-il condamné à des publications d’intérêts généraux pour comportement nuisible au bon déroulement de la vie connectée? Et à propos, tant qu’on est dans les questions: c’est quand les prochaines vacances?

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