Chambre de bébé: les teintes beiges nuisent-elles au développement de l’enfant?

© MARIE GRÉGOIRE
Kathleen Wuyard

Sur Pinterest et Instagram, les bambins d’aujourd’hui semblent s’endormir entourés uniquement de teintes crème. Or les six premiers mois sont cruciaux pour le développement des couleurs chez les enfants. Ne devrait-on donc pas apporter une touche peps à leurs chambres?

Quel père, quelle mère n’a pas un jour été confronté à cette situation? Laisser son enfant changer son lit et se retrouver avec une housse de couette Spiderman ou Reine des Neiges, contraste fâcheux à l’ambiance élégamment cocoon choisie par eux pour la chambre. Car une nouvelle génération de parents a émergé, imposant une esthétique franche. Voilages clairs, tapis en dégradé de brun, murs taupe: le beige fait son come-back.

A tel point que le magazine Wired s’est inquiété, publiant un article intitulé « Les aesthetic mums d’Instagram freinent-elles le développement des enfants? » La chercheuse Alice Skelton, de l’université de Sussex, y affirme entre autres qu’il semble que le monde a perdu ses couleurs, estimant que les chambres neutres ne sont pas idéales pour les bébés, « car les petits détails dans un environnement monochrome sont invisibles pour eux ».

La professeure de psychologie cognitive Sabine Hunnius (Université Radboud de Nimègue) rit lorsque nous lui posons la question. « Selon moi, cette affirmation est absurde. Finalement, combien de temps un bébé passe-t-il consciemment dans sa chambre? s’interroge-t-elle. J’ose supposer que les parents n’y laissent pas leur enfant seul 24 heures sur 24. » Et même si c’est dans la première moitié de la première année de vie que les bébés développent leur capacité à voir les couleurs, « comme vous sortez souvent avec votre enfant et qu’il est généralement éveillé dans des espaces de vie plus colorés, il reçoit normalement suffisamment de stimuli en dehors de sa chambre« , estime-t-elle.

Dans son livre The Baby Brain (2018), la professeure cite à titre de comparaison une étude de Janette Atkinson et Oliver Braddick, un couple de chercheurs britanniques d’Oxford. Ces derniers ont tenté de stimuler davantage le développement visuel de leur fille en entourant son lit de lignes diagonales, car les adultes perçoivent souvent mieux les lignes horizontales et verticales, et moins bien les diagonales. Ils ne l’ont pas fait avec leur fils. Toutefois, ils n’ont constaté par la suite aucune différence dans les capacités visuelles de leur progéniture. L’experte explique: « Cette différence dans les stimuli était probablement insuffisante pour faire une différence substantielle à long terme. Il me semble qu’il en va de même pour la chambre beige de bébé. »

Conclusion

« Tant que nous ne laissons pas les enfants grandir dans des bunkers éclairés seulement d’une lumière artificielle et peu d’autres stimuli, leur développement ne sera pas impacté« , selon Sabine Hunnius. Les Instamums peuvent se réjouir.

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