La maternité symbolique, parfois plus forte que celle du sang

Charlotte © Pierre-Yves Jortay
Kathleen Wuyard

On ne naît pas mère, on le devient. Et il n’est pas nécessaire de donner naissance pour ressentir un tel lien. C’est cette notion de maternité symbolique que défend Marie-Jo Bonnet dans son nouveau livre… et que racontent les quatre femmes qui se confient ici.

Peut-on être mère sans jamais avoir donné la vie? Est-il possible d’être l’enfant de quelqu’un qui ne nous a jamais porté dans son ventre? Pour l’historienne Marie-Josèphe Bonnet, la réponse est un « oui » retentissant. Cette Parisienne d’adoption, passée de sa Normandie natale aux bancs de la Sorbonne, où elle s’est spécialisée dans l’histoire des femmes, a publié aux éditions Albin Michel un ouvrage consacré à La maternité symbolique (*). Ainsi que l’explique cette militante féministe de la première heure, il est important de « comprendre le phénomène et de le nommer, car c’est un phénomène collectif qui existe depuis longtemps mais qui n’est pas reconnu en tant que tel, alors même que beaucoup de femmes vivent cette expérience. »

A commencer par l’autrice elle-même. Pour elle, la question de la maternité biologique ne s’est jamais vraiment posée. D’abord parce que, comme elle le confie dans un rire pudique, « j’aime les femmes, et faire un enfant était impossible pour nous à mon époque ». Mais aussi parce qu’elle s’est construite en réaction à l’exemple de sa propre mère. « Elle nous disait que pour elle, trois enfants en trois ans c’était comme les travaux forcés et quelque part elle avait raison. Ma mère est de la génération qui a connu la guerre, il y avait une pression énorme sur les femmes pour qu’elles aient des enfants, et très jeune, j’ai résisté à la féminisation par le mariage et la maternité, parce que je sentais que j’avais autre chose à faire de ma vie. » Un épanouissement professionnel qui a mis Marie-Jo Bonnet sur le chemin de sa propre « mère symbolique ».

La maternité symbolique, par Marie-Jo Bonnet, Albin Michel, 352 pages.
La maternité symbolique, par Marie-Jo Bonnet, Albin Michel, 352 pages.© DR

Au niveau du coeur

C’est au sein du Mouvement de libération des femmes qu’elle rencontre la poétesse et peintre féministe Charlotte Calmis, qui voit en la jeune étudiante de l’époque « quelqu’un qui avait du potentiel et qui avait besoin d’être aidée. Elle est devenue une mère spirituelle pour moi, on a tissé une relation beaucoup plus libératrice que celle que je pouvais avoir avec ma propre mère parce que Charlotte a toujours respecté mes choix de vie et n’est jamais intervenue, même quand je faisais des erreurs. Elle m’aimait inconditionnellement, ce qui ne veut pas dire qu’elle acceptait tout, mais il n’y avait pas le poids du lien maternel biologique ». Et l’autrice de décrire la maternité symbolique comme « une relation qui se fait sur le plan du coeur, d’être à être, contrairement à la relation avec la mère biologique qui est beaucoup plus complexe. On reçoit beaucoup de choses dans le ventre maternel, on est sensible à sa voix, à la moindre de ses angoisses, et on est libéré de tout ça avec sa mère spirituelle ».

C’est un branchement qui se fait au niveau du coeur, il y a une relation réciproque.

Marie-Jo Bonnet

Concrètement, « c’est un branchement qui se fait au niveau du coeur, il y a une relation réciproque entre la personne plus âgée qui transmet son expérience de vie et l’autre, plus jeune, qui va la recevoir pour se donner naissance une deuxième fois ». Et d’ajouter que le processus n’est pas forcément conscient et qu’on peut réaliser des années plus tard seulement qu’une personne a joué dans notre parcours ce rôle clé. N’en déplaise à ceux et celles qui estiment que le nom de « maman » est réservé aux femmes ayant donné la vie.

Vies biologique et spirituelle

« On peut donner la vie biologique, mais aussi la vie spirituelle, et dans notre société, on ne prend que la première en compte, regrette Marie-Jo Bonnet. On efface volontairement la notion de maternité symbolique, parce qu’on enjoint les femmes à faire des enfants. » Une manière pour le patriarcat d’asseoir son pouvoir, l’écrivaine lançant dans un éclat de rire que « quand on accouche, on en prend pour vingt ans, ça permet aux hommes de domestiquer les femmes ». Et Marie-Jo de préciser que la maternité symbolique n’est pas à mettre en concurrence avec son pendant biologique, au contraire. « Les deux ne se heurtent pas mais coexistent plutôt dans un continuum. La maternité consiste à donner naissance à l’altérité, or dès l’instant où l’enfant est un autre que soi, c’est normal qu’il ait besoin d’autres personnes aussi pour se développer. On peut très bien s’entendre avec sa maman biologique et avoir des mères symboliques sur le côté, parce que la mère n’est pas en mesure de donner à l’enfant tout ce dont il ou elle a besoin. » Et ce n’est pas l’amer à boire pour autant, au contraire.

BJ Scott
BJ Scott© Ingrid Otto / RTBF
Nadine
Nadine© Pierre-Yves Jortay

BJ Scott, 61 ans, chanteuse, autrice-compositrice et coach à The Voice

BJ Scott
BJ Scott© Ingrid Otto / RTBF

« Si j’ai accepté de devenir coach pour l’émission The Voice, c’est parce que les producteurs m’ont promis qu’il y aurait une forme de transmission: je ne voulais pas simplement être une potiche, et ça m’intéressait d’aider des jeunes à se lancer dans le métier. Au fil des années, des liens très sincères se sont liés avec les candidats, les Belges en général sont très gentils et les jeunes gens qui participent à l’aventure The Voice sont plein d’espoir, ils sont très touchants. J’ai conscience d’être une figure maternelle pour eux, je pense que ça vient de mon enfance dans le sud des Etats-Unis, où on est très chaleureux et accueillants.

La maternité symbolique est un phénomène nécessaire et enrichissant, à condition de bien veiller à rester à sa juste place.

BJ Scott

Dans la saison 2, Angie m’a surnommée « mama soul », puis Loïc (NDLR: Nottet) m’a appelée « mama ». Ce n’est pas la même chose qu’une maman, je représente une figure maternelle différente de celle qui met au monde, mais j’ai de la chance: j’ai tous les bénéfices de la relation tandis que les parents biologiques, eux, ont plus de soucis (rires). Pour moi, la maternité symbolique est un phénomène nécessaire et enrichissant, à condition de bien veiller à rester à sa juste place et de ne pas outrepasser le rôle des parents. Je me dois d’être une sorte de havre de paix et de divertissement et d’offrir une oreille supplémentaire aux personnes qui en ont besoin. Ça leur apporte du réconfort, mais ça en apporte aussi à celles comme moi qui ont une histoire difficile avec la maternité.

La maternité symbolique est une relation plus libre parce qu’elle est affranchie du poids familial. Plus jeune, j’ai parfois manqué d’une confidente, c’est pour ça que j’essaie d’être très disponible pour les candidats. Je trouve ça très violent quand certaines personnes du show-business leur suggèrent de « couper le cordon » avec moi. Si j’étais un homme, on saluerait ce que je leur apporte, mais c’est comme si avoir de l’attachement et de l’admiration envers une femme était une marque de faiblesse. »

Nadine
Nadine© Pierre-Yves Jortay

BJ Scott, 61 ans, chanteuse, autrice-compositrice et coach à The Voice

Valérie-Anne
Valérie-Anne© Pierre-Yves Jortay

Nadine, 47 ans, chef d’entreprise et fondatrice de l’association Live in Color

Nadine
Nadine© Pierre-Yves Jortay

« C’est en mettant en place une base de parrainage de réfugiés que je me suis retrouvée plongée dans l’univers des Mena (NDLR: mineurs étrangers non accompagnés) et que j’ai fait la rencontre de Same et Aziz dans un centre d’accueil. Ils venaient d’arriver d’Afghanistan, ils ne parlaient que des bribes de français, mais la magie a opéré entre nous, c’est comme si j’avais senti qu’ils avaient besoin de moi. Très vite, je leur ai proposé de venir manger à la maison, et mon fils, qui avait toujours rêvé d’avoir un grand frère, les a immédiatement adoptés. C’est ironique, parce qu’avant de donner naissance à mon petit garçon, nous avions considéré l’adoption et je voulais absolument qu’on accueille un nouveau-né, par peur de ne pas parvenir à m’attacher autrement.

Ici, Same et Aziz avaient déjà 15 et 16 ans, mais en quelques semaines seulement, je les ai considérés comme mes enfants. Ils sont restés deux ans en famille d’accueil chez nous et au moment où leurs familles sont arrivées, grâce au regroupement familial, c’était à la fois incroyablement émouvant d’assister à leurs retrouvailles, mais déstabilisant aussi: je ne savais pas comment j’allais trouver ma place à leurs côtés une fois que leurs « vraies » mamans seraient là. Au final, on est très complémentaires: ils vivent avec elles mais reviennent à la maison un week-end sur deux. Et c’est moi qu’ils appellent quand ils ont un problème ou qu’ils ont besoin de parler de leurs peines de coeur.

J’ai la chance qu’il n’y ait aucune concurrence entre leurs mamans et moi. Same et Aziz ont grandi entre deux cultures, et on se complète à leurs côtés pour leur apporter des choses différentes. Grâce à ma rencontre avec eux, je réalise à quel point j’avais tort en croyant qu’il fallait forcément donner la vie pour être la mère de quelqu’un. L’accouchement a été une expérience magnifique pour moi, mais je trouve que pour un deuxième enfant, c’est bien de laisser la place à une forme de maternité différente. Il y a tellement d’enfants qui ont besoin d’amour. Aujourd’hui Same et Aziz m’appellent « maman numéro deux », il y a vraiment une relation mère-fils qui s’est nouée entre nous. »

BJ Scott, 61 ans, chanteuse, autrice-compositrice et coach à The Voice

BJ Scott
BJ Scott© Ingrid Otto / RTBF

« Si j’ai accepté de devenir coach pour l’émission The Voice, c’est parce que les producteurs m’ont promis qu’il y aurait une forme de transmission: je ne voulais pas simplement être une potiche, et ça m’intéressait d’aider des jeunes à se lancer dans le métier. Au fil des années, des liens très sincères se sont liés avec les candidats, les Belges en général sont très gentils et les jeunes gens qui participent à l’aventure The Voice sont plein d’espoir, ils sont très touchants. J’ai conscience d’être une figure maternelle pour eux, je pense que ça vient de mon enfance dans le sud des Etats-Unis, où on est très chaleureux et accueillants.

La maternité symbolique est un phénomène nécessaire et enrichissant, à condition de bien veiller à rester à sa juste place.

BJ Scott

Dans la saison 2, Angie m’a surnommée « mama soul », puis Loïc (NDLR: Nottet) m’a appelée « mama ». Ce n’est pas la même chose qu’une maman, je représente une figure maternelle différente de celle qui met au monde, mais j’ai de la chance: j’ai tous les bénéfices de la relation tandis que les parents biologiques, eux, ont plus de soucis (rires). Pour moi, la maternité symbolique est un phénomène nécessaire et enrichissant, à condition de bien veiller à rester à sa juste place et de ne pas outrepasser le rôle des parents. Je me dois d’être une sorte de havre de paix et de divertissement et d’offrir une oreille supplémentaire aux personnes qui en ont besoin. Ça leur apporte du réconfort, mais ça en apporte aussi à celles comme moi qui ont une histoire difficile avec la maternité.

La maternité symbolique est une relation plus libre parce qu’elle est affranchie du poids familial. Plus jeune, j’ai parfois manqué d’une confidente, c’est pour ça que j’essaie d’être très disponible pour les candidats. Je trouve ça très violent quand certaines personnes du show-business leur suggèrent de « couper le cordon » avec moi. Si j’étais un homme, on saluerait ce que je leur apporte, mais c’est comme si avoir de l’attachement et de l’admiration envers une femme était une marque de faiblesse. »

Valérie-Anne
Valérie-Anne© Pierre-Yves Jortay

Nadine, 47 ans, chef d’entreprise et fondatrice de l’association Live in Color

Valérie-Anne, 40 ans, psychologue du travail

Valérie-Anne
Valérie-Anne© Pierre-Yves Jortay

« Je n’ai pas une mais bien deux mamans symboliques, Béa et Sabine, deux femmes qui ont joué un rôle extrêmement important dans ma réalisation aussi bien professionnelle que personnelle. Quand je les ai rencontrées, j’étais à un tournant de ma vie, je venais de me séparer du père de mes enfants et j’étais en manque de repères. J’ai grandi avec une maman très « maman », je n’ai jamais manqué de rien d’un point de vue nourriture, éducation ou logistique, elle était toujours là à la sortie des cours et elle remplissait tous ses devoirs maternels traditionnels. Mais c’est comme si une fois qu’elle est devenue mère, elle s’était oubliée au niveau de la féminité.

Ma rencontre avec Béa et Sabine m’a permis de pallier certaines carences: je n’ai pas eu une enfance malheureuse, mais je manquais de références, j’avais besoin d’une figure maternelle avec laquelle je pouvais échanger sur mon rôle de femme, quelqu’un qui soit là pour m’accorder attention et tendresse, avec qui je peux avoir des échanges constructifs. Quelqu’un qui m’apporte le côté féminin du maternel qu’on a tendance à oublier en tant que mère. Aujourd’hui, quand ça va mal, je vais plus facilement les appeler ; elles sont au courant de mes histoires d’amour alors que ma maman ignore tout… Ce n’est pas qu’elle ne m’aime pas, mais elle n’a pas les codes.

Paradoxalement, je pense que mon lien avec Béa et Sabine a eu un effet positif sur notre relation mère-fille, parce que ça a permis une forme de recul et de lâcher-prise. Je sais que je ne pourrai jamais attendre qu’elle soit fière de mon ambition professionnelle ni qu’elle me le dise, mais je trouve cette validation ailleurs, tout comme elle est rassurée de me voir bien entourée au sein d’un univers qui lui échappe totalement. La maternité symbolique est beaucoup plus simple parce qu’elle est libérée de toute contrainte d’éducation, c’est un lien beaucoup plus fort et émouvant parce qu’il est affranchi de toute obligation. »

Nadine, 47 ans, chef d’entreprise et fondatrice de l’association Live in Color

Nadine
Nadine© Pierre-Yves Jortay

« C’est en mettant en place une base de parrainage de réfugiés que je me suis retrouvée plongée dans l’univers des Mena (NDLR: mineurs étrangers non accompagnés) et que j’ai fait la rencontre de Same et Aziz dans un centre d’accueil. Ils venaient d’arriver d’Afghanistan, ils ne parlaient que des bribes de français, mais la magie a opéré entre nous, c’est comme si j’avais senti qu’ils avaient besoin de moi. Très vite, je leur ai proposé de venir manger à la maison, et mon fils, qui avait toujours rêvé d’avoir un grand frère, les a immédiatement adoptés. C’est ironique, parce qu’avant de donner naissance à mon petit garçon, nous avions considéré l’adoption et je voulais absolument qu’on accueille un nouveau-né, par peur de ne pas parvenir à m’attacher autrement.

Ici, Same et Aziz avaient déjà 15 et 16 ans, mais en quelques semaines seulement, je les ai considérés comme mes enfants. Ils sont restés deux ans en famille d’accueil chez nous et au moment où leurs familles sont arrivées, grâce au regroupement familial, c’était à la fois incroyablement émouvant d’assister à leurs retrouvailles, mais déstabilisant aussi: je ne savais pas comment j’allais trouver ma place à leurs côtés une fois que leurs « vraies » mamans seraient là. Au final, on est très complémentaires: ils vivent avec elles mais reviennent à la maison un week-end sur deux. Et c’est moi qu’ils appellent quand ils ont un problème ou qu’ils ont besoin de parler de leurs peines de coeur.

J’ai la chance qu’il n’y ait aucune concurrence entre leurs mamans et moi. Same et Aziz ont grandi entre deux cultures, et on se complète à leurs côtés pour leur apporter des choses différentes. Grâce à ma rencontre avec eux, je réalise à quel point j’avais tort en croyant qu’il fallait forcément donner la vie pour être la mère de quelqu’un. L’accouchement a été une expérience magnifique pour moi, mais je trouve que pour un deuxième enfant, c’est bien de laisser la place à une forme de maternité différente. Il y a tellement d’enfants qui ont besoin d’amour. Aujourd’hui Same et Aziz m’appellent « maman numéro deux », il y a vraiment une relation mère-fils qui s’est nouée entre nous. »

BJ Scott, 61 ans, chanteuse, autrice-compositrice et coach à The Voice

BJ Scott
BJ Scott© Ingrid Otto / RTBF

« Si j’ai accepté de devenir coach pour l’émission The Voice, c’est parce que les producteurs m’ont promis qu’il y aurait une forme de transmission: je ne voulais pas simplement être une potiche, et ça m’intéressait d’aider des jeunes à se lancer dans le métier. Au fil des années, des liens très sincères se sont liés avec les candidats, les Belges en général sont très gentils et les jeunes gens qui participent à l’aventure The Voice sont plein d’espoir, ils sont très touchants. J’ai conscience d’être une figure maternelle pour eux, je pense que ça vient de mon enfance dans le sud des Etats-Unis, où on est très chaleureux et accueillants.

La maternité symbolique est un phénomène nécessaire et enrichissant, à condition de bien veiller à rester à sa juste place.

BJ Scott

Dans la saison 2, Angie m’a surnommée « mama soul », puis Loïc (NDLR: Nottet) m’a appelée « mama ». Ce n’est pas la même chose qu’une maman, je représente une figure maternelle différente de celle qui met au monde, mais j’ai de la chance: j’ai tous les bénéfices de la relation tandis que les parents biologiques, eux, ont plus de soucis (rires). Pour moi, la maternité symbolique est un phénomène nécessaire et enrichissant, à condition de bien veiller à rester à sa juste place et de ne pas outrepasser le rôle des parents. Je me dois d’être une sorte de havre de paix et de divertissement et d’offrir une oreille supplémentaire aux personnes qui en ont besoin. Ça leur apporte du réconfort, mais ça en apporte aussi à celles comme moi qui ont une histoire difficile avec la maternité.

La maternité symbolique est une relation plus libre parce qu’elle est affranchie du poids familial. Plus jeune, j’ai parfois manqué d’une confidente, c’est pour ça que j’essaie d’être très disponible pour les candidats. Je trouve ça très violent quand certaines personnes du show-business leur suggèrent de « couper le cordon » avec moi. Si j’étais un homme, on saluerait ce que je leur apporte, mais c’est comme si avoir de l’attachement et de l’admiration envers une femme était une marque de faiblesse. »

Valérie-Anne, 40 ans, psychologue du travail

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