Psycho: Mode d’emploi pour des repas de fêtes sans accrocs

Quelques conseils pour éviter les tendions et les disputes autour de la table des fêtes...

Repas de fête trop arrosés, retrouvailles avec certains membres de la famille plus vus depuis longtemps et sujets d’actualité plutôt clivants cette année: le cocktail détonnant d’un réveillon raté. Alors, on se prépare à l’épreuve, et on assume. Du refus de participer au repas à la zénitude heureuse en passant par le clash hypocritement évité, petit vade-mecum pour préparer les réjouissances… et dépasser l’entrée sans s’entre-tuer.

Jérome de Bucquois, psychologue et psychothérapeute bruxellois, pose d’emblée les jalons de ce temps particulier. « Je partirais du constat qu’a fait Robert Neuburger (NDLR: psychiatre français spécialisé dans la thérapie familiale et de couple) dans son livre Exister. Il fait la différence entre les deux choses qui nous donnent le sentiment d’exister. D’un côté la mise en relation; de l’autre, le sentiment d’appartenance à un groupe. »

Pour Jérome de Bucquois, pas de doute, les fêtes de famille relèvent de la dynamique du sentiment d’appartenance et pas de la mise en relation.  » C’est la célébration du groupe familial ou du groupe d’amis, décortique le thérapeute. Et puis c’est tout. « 

Une dynamique mise à mal par le coronavirus…  » Au sein d’une même famille, d’un même groupe, il y aura les pro et antivax, les pro et anti-mesures sanitaires… Les rivalités vont potentiellement augmenter, explique notre expert. Le débat autour du sujet est irrationnel, avec des positions de plus en plus clivées, donc clivantes, je le vois dans ma patientèle.  » La solution pour lui ? Envisager les fêtes en pleine conscience. Avec une approche en trois temps. Avant, pendant, après.

Avant

C’est la préparation et c’est dès maintenant. D’abord, on met les choses au clair par rapport aux mesures sanitaires le jour J. Port du masque, pas port du masque ? Test avant la fête ? « C’est la base nécessaire pour générer un consensus, que personne ne se trouve isolé, hors du groupe », résume le thérapeute. Il est aussi essentiel – et ça vaut pour toutes les années, même hors COVID – de prendre conscience qu’il n’existe pas de famille parfaite. Et que si on reçoit chez soi, la maison ne doit pas être nickel de la cave au grenier.  » Affranchissons-nous du perfectionnisme. Il n’est pas nécessaire de nettoyer toute notre maison de fond en comble et donc de s’embrouiller avec un ou une partenaire à propos de « qui doit faire quoi », juste avant l’arrivée d’invités qui vont rester dans le salon et visiter tout au plus les toilettes », conseillait pour sa part la psychothérapeute Aurélia Schneider dans l’émission Grand bien vous fasse consacrée au sujet, ce 7 décembre sur France Inter.

Dans la même émission, on soulignait que le repas de Noël était une pièce de théâtre. Et qu’en toute logique, il fallait décider du rôle qu’on voulait jouer dans ce spectacle où se (re)mettent en scène les liens familiaux. On régresse, on ré-endosse un rôle, lequel est cristallisé. Et dans ce show-là, il faut d’abord savoir si l’on souhaite être acteur, spectateur, ou absent.

Parce que ne pas aller au repas de Noël est une possibilité, aussi. Si on n’adhère pas aux valeurs ou aux idées des autres, on peut décider de ne pas s’y présenter… pour ne pas se fritter.  » Typiquement, cette année, ça va se jouer essentiellement autour des mesures sanitaires. Mais le plus important est sans doute d’articuler la fête pour que même ceux qui n’y sont pas ne se sentent pas exclus du groupe. Comme organiser un zoom avec ceux qui ont décidé de ne pas venir, faire l’apéritif à l’extérieur autour d’un feu de bois pour les plus angoissés du virus, propose Jérome de Bucquois. Parce que si certaines personnes se sentent exclues par rapport à leur choix, ça va ajouter au ressenti déjà présent, peut-être. Et envenimer les rapports familiaux futurs.  » L’essentiel, c’est donc de s’y prendre à temps et en bonne concertation pour que tout le monde reste d’une certaine façon « acteur » de la fête. Présent ou absent.

Pendant

Une fois les problèmes logistiques éludés, reste la fête en elle-même.  » Là, il faut jouer le jeu, explique Jérome de Bucquois. Ne pas aller au front. Ne pas essayer de convaincre l’autre de nos idées, sur la situation sanitaire ou sur tout autre sujet, si on sait qu’il n’est pas d’accord avec nous. Il faut parler de choses un peu superficielles qui mettront tout le monde d’accord, puis faire de jolies photos pour alimenter son compte Instagram… Et surtout, ne pas idéaliser ce moment. En particulier cette année, où certaines familles ne se sont plus vues depuis longtemps. Ce sera comme les autres années. Ni mieux, ni moins bien. On va juste passer du temps ensemble et faire en sorte que, si on le décide, ça se passera bien. « 

Mettre de l’eau dans son vin, donc. Une excellente idée, puisqu’on n’oublie pas que l’alcool potentialise les rancoeurs. « Et de toutes façons, avec les contrôles de fin d’année, mieux vaut rentrer avant d’être trop entamé », souligne, pragmatique, le psychothérapeute.

Il faut aussi pouvoir prendre du recul. Devenir spectateur attentif de cette pièce à laquelle on assiste. Et oublier ce fameux biais de confirmation une bonne fois pour toute. Kesako, le biais de confirmation ? Un biais cognitif qui consiste à préférer les informations confirmant nos idées préconçues et à oublier celles qui contrebalanceraient nos convictions. On fait le repas de Noël le 25 à midi pour faire plaisir à notre frère alors que ça ne nous arrange pas ? « Evidemment, ça a toujours été lui, le chouchou… », pensera-t-on. Oui, mais c’est peut-être oublier que le menu, nos parents l’ont prévu intégralement végétarien, alors qu’on l’est, végétarien… dans une famille absolument carnivore.

Après

Et, si ça a clashé, malgré tout ? Alors il faut revenir à soi. Prendre du recul, se poser. Méditer, pourquoi pas ? C’est un leurre de vouloir demander à son entourage de prendre soin de nous si nous-même nous ne savons pas le faire. Et pour en revenir aux préambules de Jérome de Bucquois, se rappeler que la fête de famille annuelle relève de la dynamique clanique et qu’il ne faut pas attendre de cette dernière qu’elle nous mette en meilleure relation avec les membres du groupe. « On dit parfois qu’on devrait se revoir plus souvent, décortique-t-il. Mais au final, c’est du vent. Ceux qui veulent se revoir et se voient déjà de toutes façons n’ont pas besoin de se le dire. »

Bref, peut-être cette année davantage qu’une autre, il faudra penser à soi pour mieux penser aux autres. Parce que le respect de soi aide à mener au chemin de la sérénité. A Noël… à Pâques ou à la Trinité. Et comme le regretté Julos Beaucarne le disait :  » Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents, Ne vous laissez pas attacher, ne permettez pas qu’on fasse sur vous des rêves impossibles… » Et de conclure : « Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la vie, tout nous serait cadeau. Nous ne serions jamais déçus. On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même. Moi seul connaît le chemin qui conduit au bout de mon chemin… A chacun sa texture, son message et ses mots. » Y compris autour de la dinde.

Alors, on se respecte et on respecte les autres, quel que soient leurs choix. Pour que Noël soit une fête, en cette année de défaites, c’est peut-être, d’abord et avant tout, le cadeau à (se) faire. Etre soi. Se reconnecter. Et évoluer en pleine conscience, dans le respect des limites, des peurs et des existences de chacun. Ça a l’air bateau, comme ça. Mais « ça peut pas faire de mal ».

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