Opinion

Edgar Kosma

TikTok, qui est là?

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Au royaume des réseaux sociaux, les jours passent et ne se ressemblent pas. Entre les buzz et les likes, le vrai et le fake, Edgar Kosma scrolle le fil d’actu d’un siècle décidément étrange. Hashtag sans filtre.

Les festivals estivaux, c’est fait. Le Tour de France, c’est fait. Les piscines qu’on ne peut plus remplir, les pelouses qu’on ne peut plus arroser et les incendies de forêts qu’on ne peut plus éteindre, c’est fait aussi. Retour à la vie de tous les jours, donc, en attendant de pouvoir repartir l’an prochain vers de nouvelles destinations, si tant est que nos corps puissent supporter quelques degrés de plus.

Les plus optimistes diront que nous pourrons toujours remonter vers le Nord, mais si tout le monde veut y aller, ça va peut-être réveiller les instincts grégaires de nos amis Vikings et ce n’est peut-être pas de ça dont l’Europe a le plus besoin en ces temps de querelle à l’Est.

Si auparavant, l’innovation était bien souvent made in USA et que les Chinois s’étaient faits spécialistes du copier-coller, la tendance commence peu à peu à s’inverser.

Bref, avant de nous replonger dans une énième saison à rebondissements, que s’est-il passé cet été de vraiment important en ce bas monde? Au niveau des réseaux sociaux, le gros événement pourrait avoir eu lieu du côté d’Instagram, qui a discrètement annoncé, dans la chaleur moite du début du mois de juillet, que toutes ses vidéos allaient se transformer en reels – ces formats de 15 à 90 secondes enrichis de sons, de musiques ou d’effets créatifs cocasses. Si on vous en parle à la machine à café sans avoir tout compris, dites juste qu’il s’agit d’une sorte de story améliorée qui ne disparaît pas après 24 heures, ça devrait passer crème (et sans sucre).

Cela vous laisse peut-être de marbre, mais sachez que cette révolution peut chambouler de fond en comble la vie d’une influenceuse ou d’un influenceur. Bye bye, les simples vidéos que l’on chargeait et qui apparaissaient dans le fil d’actualité. L’objectif de ce petit ripolinage estival, comme le dirait Emmanuel Macron, est simple: faire plus d’audience, puisque ce type de contenu est plus facilement accessible dans les fils et donc plus facilement partageable.

Mais dites-moi, chers stratèges d’Instagram, ces petits reels ne ressemblent-ils pas comme deux bits à ce qui fait l’ADN de TikTok? Ne cherchez pas: la réponse est dans la question. Si auparavant, l’innovation était bien souvent made in USA et que les Chinois s’étaient faits spécialistes du copier-coller, la tendance commence peu à peu à s’inverser. Dans la course au monopole, ce sont désormais Instagram et Facebook qui courent derrière le Chinois TikTok qui fait la pluie et le beau temps dans les smartphones des ados du monde entier.

Pour comprendre la raison de cette course effrénée, il faut savoir que TikTok, c’est le réseau qui cartonne en ce moment. Son utilisateur moyen y passerait près de 95 minutes par jour. En guise de comparaison, cela représente deux fois la durée moyenne passée sur Facebook ou Insta. Dans une étape du Tour de France, on dirait que la team TikTok a lâché le peloton dans la côte et s’approche en solo de la ligne d’arrivée pour décrocher l’étape et le maillot jaune. Et si la seule solution trouvée par la team Meta pour rattraper ce retard est de copier les recettes qui semblent le mieux fonctionner, j’ai bien peur pour eux que l’écart ne fasse que se creuser au classement général. Car pourquoi continuer à utiliser Instagram s’il ne fait rien d’autre que ce que fait déjà TikTok mais en mieux?

Profitant de ces derniers jours de l’été 2022, je me prélasse tel un Marcel Proust du XXIe siècle, me souvenant de ce temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, où Instagram débarqua dans nos vies. Ce n’était alors qu’un simple fil de photos carrées, avec quelques filtres, une courte légende, et basta. C’était l’époque où il n’y avait encore ni story, ni direct, ni reel. C’était simple, c’était bon, c’était beau comme un réseau chaud.

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