Le nouveau visage des terrils du nord de la France

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Aurélie Wehrlin Journaliste

Piste de ski, viticulture, réserve naturelle ou terrain de trail: les terrils, ces montagnes noires du nord de la France issues des mines de charbon, vivent une surprenante reconversion entre nouveaux loisirs et protection de la nature.

Les quelque 300 terrils du bassin minier, dont certains sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, sont des tas de roche résultant de l’exploitation minière.

« Le charbon extrait » des nombreuses mines de la région, dont la dernière a fermé en 1990, « était commercialisé, alors que les roches alimentaient les terrils », résume la guide nature Hélène Decarnin, du haut des terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe: plus de 180 mètres.

Ici, le terrain fait de schiste noir paraît encore lunaire, même si la nature émerge doucement, avec le pavot jaune et l’oseille à feuilles d’écusson.

Mme Decarnin note une récente « réappropriation des sites par les familles, des touristes, les sportifs » avec le premier confinement, au printemps 2020, dû à la pandémie de Covid-19 et la restriction de circulation alors limitée à un rayon d’un kilomètre.  « Des gens ont redécouvert ces friches minières », se réjouit-elle.

Chèvres « débroussailleuses »

Le terril de la petite ville de Rieulay est l’exemple type d’une réhabilitation réussie, avec sa plage de sable et son vaste étang, qui accueille une réserve ornithologique d’un côté et un espace loisirs –voile, paddle et canoë– de l’autre.

Le terril noir de 140 ha est devenu vert. Le lézard des murailles, le criquet à ailes bleues et le crapaud calamite y ont pris leurs aises. Des circuits ont été aménagés pour les promeneurs, avec un impressionnant panorama sur le bassin minier.

« Ce n’est pas le Mont Blanc, mais quand nous sommes sur nos montagnes, faites à main d’homme, c’est porteur de sens », souligne Gilles Briand, directeur d’études à la Mission Bassin minier, association créée par les pouvoirs publics pour accompagner sa reconversion. 

Dans un territoire « urbanisé et très peuplé », ces lieux sont « précieux », dit-il. Mais l’équilibre reste complexe entre « préservation de la nature, reconquête et développement des loisirs. »

Plus bas sur le terril pâturent des chèvres, celles de l’agriculteur Julien Graf, ancien ingénieur écologue, qui y a fondé une chèvrerie et fromagerie bio en 2014.

Au premier abord, « ce n’est pas un paysage agricole, mais l’environnement leur convient car ce sont des animaux faits pour le relief et les zones sèches », avec « une végétation qui croustille comme elles aiment », affirme-t-il. 

Les chèvres, des « débroussailleuses », aident aussi à conserver l’écosystème. « Les terrils sont des conservatoires de biodiversité abritant une faune et une flore première qui a tendance à disparaître si la forêt s’installe », explique-t-il.

 Bouteilles de « Charbonnay »

Sur certains terrils prime « une logique de sanctuarisation, sur d’autres une logique d’artificialisation », à l’image de la piste de ski aménagé à 129 mètres d’altitude sur celui de Noeux-les-Mines, note Gilles Briand.

Sur le terril de Noyelles-sous-Lens, devenu « Arena terril trail », des équipements dédiés à l’entraînement de la pratique du trail (escaliers, arène, agrès de fitness et d’équilibre) ont été installés. 

A 30 km de là, à Haillicourt, ce sont des vignes qui poussent sur le terril, permettant la production en 2021 de 800 bouteilles de « Charbonnay », un vin blanc sec, vendu plus de cinquante euros.

Avantages du terrain: « la pente, qui draine l’eau; le vent quasiment constant, qui balaie les vignes évitant la maladie; et la chaleur, dégagée par le terril encore en combustion », explique Johann Cordenier, ouvrier viticole chargé de gérer ces parcelles à l’année. « Mais, au début, les gens nous prenaient un peu pour des fous », reconnaît-il. 

Avec les terrils, « on parlait de séquelles, maintenant on parle d’héritage », souligne Gilles Briand. Certains « étaient dans une logique de table rase de ce patrimoine », mais « c’est physiquement impossible », poursuit-il. Et « surtout, quelle banalité ! On deviendrait un patrimoine très ordinaire… ». 

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