Visite de l’extraordinaire jardin d’Ursel en Belgique, unique collection de glycines d’Europe

Jardin de glycines en Flandre Orientale
© Photos Jan Verlinde

Dans les Ardennes flamandes se cache un jardin secret et féerique recelant la seule collection de glycines d’Europe. Bienvenue dans le Wisterium de la famille d’Ursel et du spécialiste de ces plantes, Marc Libert.

Purple rain, «pluie violette» en français dans le texte. Ce titre pourrait parfaitement décrire les cascades fleuries de glycines de ce lieu splendide. Le tube de Prince ne parlait certes pas des wisterias mais métaphoriquement du paradis. Mais le terme paradisiaque sied avec brio à ces jardins du château d’Hubert et Philippine d’Ursel. Entre la mi-avril et la mi-juin, on baigne ici dans un environnement idyllique où se mêlent des glycines mauves, mais aussi blanches, roses et lilas.

La collection de wisteria floribunda sur des poutres individuelles.
La collection de wisteria floribunda sur des poutres individuelles. © Photos Jan Verlinde

Tandis que son mari, Hubert d’Ursel, conseille des collectionneurs d’art, Phillipine d’Ursel veille à Beerlegem sur une collection de 200 spécimens issus d’une centaine de variétés différentes. Celles-ci ont été rassemblées en quinze ans par ses soins et surtout par Marc Libert, responsable de collection au Jardin botanique de l’université de Gand. L’aile sud du jardin est exclusivement réservée à ces plantations. Si la collection n’est pas accessible au grand public, des spécialistes en botanique arrivent des quatre coins du monde dans la région de Zwalm pour voir cet ensemble unique.

‘Contrairement au monde de l’art, les amateurs de plantes rares ne protègent pas leur collection. Elles doivent circuler: plus elles sont répandues, plus il y a de chance qu’elles se perpétuent. ‘

«Se promener dans le Wisterium, c’est comme visiter un musée, confie le comte Hubert d’Ursel. Même si on en sait très peu sur le sujet, on peut profiter intensément de cette beauté.» «La collection est constituée d’un mélange d’esthétique et de science, précise Marc Libert. L’endroit se divise en «chambres» en fonction des espèces et des couleurs. Il s’agit non seulement d’avoir des plantes rares mais aussi de tendre à l’exhaustivité. D’où le fait qu’on trouve aussi des variétés très répandues, et des cultivars récents, qu’il est parfois difficile de distinguer les uns des autres. Nous voulons un assortiment le plus large possible. Certains collectionneurs disposent leurs plantes en rangées bien alignées, mais nous, nous avons essayé que ça forme aussi un beau jardin.»

L’endroit le plus photogénique de tous est sans conteste le talus enherbé au milieu du plan d’eau. Dans cette allée à l’atmosphère de conte de fées, Philippine et Marc n’ont pas installé la traditionnelle pergola, mais une série de hautes palissades en métal où poussent les incroyables «Kuchi-beni» – des glycines rose pâle. L’autre hotspot est la pergola japonaise (fujidana) avec son rideau de wisteria floribunda multijuga, la variété à la floraison la plus longue.

Le wisteria ‘Burford’ avec ses fleurs tout en contraste.
Le wisteria ‘Burford’ avec ses fleurs tout en contraste. © Photos Jan Verlinde

Dans ce coin nippon ont aussi été installés des dizaines d’autres spécimens. Allant du crème au pourpre profond. Avec des grappes de 20 centimètres à 1,20 mètre de longueur. «Une des plus grandes glycines du monde se trouve au Japon, explique Marc Libert. C’est un arbre vieux de 150 ans. Sa couronne couvre aujourd’hui à peu près 2 000 m2. Même si c’est beau, je ne suis pas à la recherche de tels mastodontes. Je privilégie la quantité plutôt que de si grands formats.»

Une collection rare

Assez étonnamment, l’amour de Marc Libert pour les glycines est en réalité né dans une méga-jardinerie, chez Floralux à Dadizele (près de Courtrai). «Enormément de gens viennent là pour acheter des plantes. Il y a quarante ans, j’y allais surtout parce qu’ils proposaient de nombreuses nouvelles variétés, qui n’étaient pas encore utilisées couramment par les architectes-paysagistes. On pouvait y faire de vraies découvertes. Et c’est là qu’il y a longtemps, j’ai vu une petite glycine en bonsaï. Un magnifique petit arbre. J’ai remarqué que les feuilles et les bourgeons étaient différents de ce que je connaissais déjà. Cette variété a suscité ma curiosité. C’est bien plus tard, lorsque je me suis spécialisé, que j’ai pu l’identifier comme un wisteria brachybotrys.»

Pour cet homme, le jardin du château du comte et de la comtesse d’Ursel a été un vrai cadeau du ciel. «J’ai ma propre collection de wisterias chez moi, mais comme celle-ci prenait des proportions importantes, j’ai cherché un lieu pour la développer», raconte-t-il. Par l’entremise de la famille De Belder, les fondateurs de l’Arboretum de Kalmthout, on lui a conseillé de demander asile pour sa collection auprès de la famille d’Ursel. Il a trouvé là un terreau favorable. «Lorsque je suis arrivé dans le «petit potager» inutilisé, je l’ai su tout de suite: c’était là. Je n’aurais pas pu imaginer un meilleur endroit. Ma passion pour les glycines a trouvé un lieu d’accueil auprès de quelqu’un d’aussi passionné que moi.»

Le wisteria floribunda ‘Kuchi-beni’ sur le talus.
Le wisteria floribunda ‘Kuchi-beni’ sur le talus. © Photos Jan Verlinde

Le Wisterium de Beerlegem est unique, d’autant que l’endroit n’a pas beaucoup de concurrents car il y a très peu de collections de glycines dans le monde. Certainement si on compare avec le nombre de roseraies. «C’est étrange car tout le monde sait ce qu’est une glycine. C’est une plante très appréciée mais peu de gens savent qu’il existe autant de variations, souligne notre spécialiste. Pour moi, c’est un sujet de collection idéal: maîtrisable et circonscrit.»

C’est aussi à cela que ressemblent les glycines qui poussent sur le mur du jardin des d’Ursel: isolées et bien délimitées. «A part la taille et le palissage, ces plantes ne demandent pas trop d’entretien. Mais il ne faut pas oublier que ce sont des meurtrières: les contenir est fondamental. Si on laissait ce jardin trois ans sans intervenir, ça deviendrait un enchevêtrement en tous sens. Ce serait peut-être très beau, mais l’idée d’un jardin de collection est tout de même d’isoler les sujets.»

Tout à fait compréhensible du point de vue botanique, car la collection comprend notamment quelques plantes de grande valeur historique. «Comme la variété originelle wisteria sinensis, la première glycine à avoir été importée de Chine. Ou la première espèce à avoir été ramenée du Japon, en provenance de la collection Von Siebold remontant au XIXe siècle, dont nous avons reçu un greffon via l’Hortus Botanicus de Leyde. Une vraie histoire vivante des plantes.»

Un amour partagé

Marc Libert et les d’Ursel font partie d’un réseau mondial d’amateurs qui s’échangent des spécimens. «Jusqu’à l’année dernière, j’avais un bon contact avec Yu Liangliang, un Chinois fou de glycines qui me faisait parvenir des graines intéressantes. Il a fait venir ici sept variétés. Au Japon, nous communiquons avec le «chasseur de plantes» Mikinori Ogisu, qui cherche des espèces sauvages, dans la nature. Il a par exemple envoyé un greffon de cette glycine couleur pastel, wisteria brachybotrys Samaya. C’est comme cela que notre collections s’agrandit», relève Marc Libert.

Les jardins expérimentaux en forme de vignobles.
Les jardins expérimentaux en forme de vignobles. © Photos Jan Verlinde

Même si les glycines sont connues depuis le XVIIIe siècle parmi les amateurs, il n’y a jamais eu de grande vogue semblable à la tulipomania du Siècle d’Or. Et aujourd’hui, les prix pour les greffons et les plants sont tout à fait raisonnables. «Dans le petit club des collectionneurs, tout se passe de bouche à oreille. Contrairement à ce qui se fait dans le monde de l’art, les amateurs de plantes rares ne protègent pas leur collection. Elles doivent circuler: plus elles sont répandues, plus il y a de chance qu’elles se perpétuent.»

Dans le jardin, une sélection de glycines s’appelle Laetitia, en l’honneur de la fille de Philippine et Hubert d’Ursel. Une autre a été baptisée Soleil par Marc Libert. «J’ai fait cette trouvaille par hasard à Waasmunster, justifie-t-il. Je suis passé devant une maison avec une belle plante grimpante sur la façade. Au départ j’ai pensé que c’était une rose avec un feuillage cuivré. Mais lorsque je suis passé à nouveau devant, j’ai pu constater que c’était une magnifique glycine de Chine aux feuilles orange: un porte-greffe qui s’était développé. J’ai eu le plaisir de donner un nom à cette découverte.»

Le cabinet de curiosités

Dans le jardin, toutes les glycines ne se développent pas le long du mur du château. Certaines poussent de façon indépendante, d’autres grimpent sur une pergola, une balustrade ou sur des poutres de bois, au bord de l’étang. «Les plantes qui grimpent sur le mur fleurissent les premières. Simplement grâce à la chaleur de ces briques», ajoute notre expert. «Les glycines indépendantes seront en fleurs quelques semaines plus tard. C’est très bien, parce qu’ainsi la période de floraison de la collection est plus étendue. Nous pouvons en profiter entre avril et la mi-juin avec parfois quelques refloraisons en été», complète Philippine d’Ursel.

Les passionnés Marc Libert et Philippine d’Ursel près d’un wisteria floribunda ‘Blue Dream’.
Les passionnés Marc Libert et Philippine d’Ursel près d’un wisteria floribunda ‘Blue Dream’. © Photos Jan Verlinde

Ensemble, ils ont dédié une zone du jardin aux tests de nouveaux croisements. Et il y a aussi une zone expérimentale. «Disons plutôt une salle d’attente pour des plantes qui n’ont pas encore reçu de place définitive dans le «showroom», mais qui ont ce potentiel», lance le spécialiste. Et puis il y a aussi la Wunderkammer, le cabinet de curiosités: une zone réservée aux exemplaires très spéciaux et aux «mutants». «Nous avons même une sorte de wisteria qui ne grimpe pas et qui fleurit tous les dix ans, s’émerveille notre guide. La pollinisation naturelle est presque impossible. Donc cette espèce survit uniquement parce qu’elle est cultivée par des collectionneurs. Je l’appelle «l’anti-wisteria».» Autant de détails, qui font la beauté de ce lieu d’exception.

Le Wisterium est exceptionnellement ouvert les 4, 10 et 16 mai. Lors de ces trois soirées, la visite sera possible uniquement par groupe (de 20 personnes maximum), entre 18 et 20 heures, sur réservation auprès de Marc Libert. Malheureusement cette année, c’est déjà complet.

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