La vieille ville de Sanaa au Yémen, abîmée par la guerre

Bâtiments classés à l'Unesco, Sanaa, Yemen © AFP

Avec ses mosquées emblématiques et ses immeubles aux motifs géométriques de briques cuites et de blanc de chaux, le vieux Sanaa est considéré comme « en danger » depuis 2015, car la vieille ville subit les effets de la guerre, en raison des frappes aériennes mais aussi un manque d’entretien aggravé par le conflit.

Doaa al-Waseai a passé des années à travailler comme guide touristique dans la vieille ville de Sanaa. Mais après près d’une décennie de guerre, la partie historique de la capitale du Yémen, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, reste largement coupée du monde. 

Ayant elle-même grandi dans le vieux Sanaa, habité depuis plus de 2.500 ans, Doaa al-Waseai se désole de voir tomber en ruine les tours en pisé de terre et en brique cuites.

« Le tourisme m’a ouvert les yeux sur ma propre culture », raconte à l’AFP la guide de 40 ans, confiant s’être encore plus attachée aux traditions et à la gastronomie de son pays en les faisant découvrir à des étrangers.

Aujourd’hui, l’absence de touristes lui fait perdre peu à peu son anglais et son allemand, langues qu’elle ne pratique presque plus.  « Il n’y a pas de mots pour exprimer notre catastrophe, que ce soit en anglais, en allemand ou en français », déplore-t-elle. 

Avec ses mosquées emblématiques et ses immeubles aux motifs géométriques de briques cuites et de blanc de chaux, le vieux Sanaa est considéré comme « en danger » depuis 2015, car la vieille ville subit les effets de la guerre, en raison des frappes aériennes mais aussi un manque d’entretien aggravé par le conflit. 

« Nous sommes en train de perdre le vieux Sanaa. Je suis tellement triste de le dire », confie Doaa al-Waseai, qui tient un registre minutieux du déclin de la vieille ville, répertoriant maisons effondrées et hôtels abîmés. 

Elle poursuit aussi des études de tourisme à l’université de Sanaa, dans l’espoir de pouvoir un jour contribuer au redressement de la vieille ville. 

« Détruire notre histoire »

Au cours des premiers mois de la guerre, les frappes aériennes se sont abattues sur la vieille ville, réduisant maisons et jardins à l’état de ruines. 

Intervenue en 2015 en soutien au gouvernement chassé de la capitale Sanaa par les rebelles Houthis proches de l’Iran, une coalition militaire sous commandement saoudien a été accusée d’avoir ciblé des civils ainsi que des sites historiques, mais elle a nié toute responsabilité. 

Doaa al-Waseai se souvient d’avoir pensé à l’époque: « pourquoi attaquent-ils notre ville ? Il n’y a pas d’armes dans le vieux Sanaa. Ils détruisent notre histoire ».

Les combats ont considérablement diminué dans la majeure partie du Yémen depuis l’entrée en vigueur d’une trêve en avril 2022. 

Les bâtisses « sont très fragiles et nécessitent un entretien permanent », souligne à l’AFP Mohammed al-Jaberi, responsable de la communication à l’Unesco pour le Yémen. « Traditionnellement, ce sont les propriétaires qui s’occupent de l’entretien », explique-t-il. 

Mais dans un pays en grave crise économique, « les gens doivent faire un choix difficile entre manger et garder un toit au-dessus de leur tête », fait-il remarquer. 

Les infrastructures d’évacuation des eaux ont également été négligées, ce qui rend ces vieux immeubles vulnérables en cas d’inondations, qui ne sont pas rares au Yémen. 

« On va s’en remettre »

Le manque de fonds et l’absence d’un cessez-le-feu durable paralysent les institutions, notamment l’organisme chargé de la préservation des sites historiques. 

Les habitants de la vieille ville gardent pourtant espoir. « Ce jardin était autrefois comme un paradis », raconte Abdallah Asaba, un résident de 28 ans, en montrant ses rangées de tomates, de poireaux, d’échalotes et de basilic, sur un petit espace vert dans la vieille ville.

Il se trouve à proximité d’un quartier frappé par un raid aérien en 2015. Abdallah Asaba et sa famille, qui cultive des légumes à Sanaa depuis des décennies, essaient de redonner vie à leur jardin « petit à petit ». 

Près de Bab al-Yemen, la porte historique de la vieille ville, Salah Aldeen vend des huiles médicinales traditionnelles, sous une photo de l’ancien président français François Mitterrand en visite à Sanaa dans les années 1990, lorsque les étrangers se faisaient moins rares. 

Salah Aldeen se dit convaincu que cette belle époque reviendra. Comparant la vieille ville à un patient à l’hôpital, il décrit la guerre comme « une maladie » : « mais on va s’en remettre ».

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