Restos enfants non-admis, la nouvelle tendance?

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Kathleen Wuyard

Végétal, sans gluten,… La nouvelle tendance au restaurant ne porte pas tant sur le contenu des assiettes que sur les personnes qui les dégustent: de plus en plus d’établissements choisissent en effet de faire le choix du menu “enfants non-admis”.

Quand il s’agit du domaine de l’alimentation, et particulièrement des restaurants, sur les réseaux sociaux, le débat se fait souvent extrêmement passionné. Voire même, tourne à la foire d’empoigne quand ce dernier vire sur le sujet de controverse actuel: faut-il, ou non, proposer des restaurants réservés uniquement aux adultes? Celui ou celle qui a déjà vu son repas assaisonné d’une généreuse dose de cris perçants et autres frasques de jeunes dîneurs sera tenté de répondre que oui, leur présence peut couper l’appétit.

Mais quid des parents de ces trublions miniatures, qui doivent déjà endurer le cap fatidique des terrible three à la maison et se voient ainsi privés de la perspective d’une précieuse soirée sans devoir cuisiner, à moins d’ajouter les honoraires d’une baby-sitter à l’addition du repas? Et surtout, cette mesure excluante n’est-elle pas à l’opposé même des principes de convivialité et de partage qui régissent le monde de la gastronomie?

Car quand on sait que la question de savoir de quelle couleur est une illusion d’optique peut donner lieu à des pages entières de commentaires enflammés, pas étonnant que la presse en ligne se rue sur chaque nouveau restaurant qui fait le choix du “sans enfants” – ni que les commentateurs s’échauffent sous chaque article. Malheureusement pour les restaurateurs ainsi ciblés, il en va le plus souvent d’un choix entre Charybde et Scylla.

Un choix cornélien

Pour Rudolf Markl, le propriétaire du restaurant allemand Oma’s Küche, situé dans un village idyllique en bord de Baltique, la décision de réserver son établissement aux adultes a été prise après que plusieurs jeunes convives turbulents aient causé des dégâts à son établissement sous l’oeil endormi par la digestion de leurs parents.

Aussi, au Bunte Kuh, un restaurant de grillades de l’île de Langeoog, les enfants de moins de douze ans sont interdits pour des raisons de sécurité: “certaines grillades sont flambées à table, et nous ne voulons pas qu’ils se blessent chez nous” confiaient les propriétaires au moment de la tempête médiatique déclenchée par leur décision.

Et que dire de ces restaurateurs qui font le choix de restreindre l’accès à leur établissement après que TripAdvisor et al aient été inondés de retours négatifs de dîneurs ayant vu leur repas gâché par la progéniture agitée de leurs voisins de table?

Il semblerait que malgré les controverses, ce choix soit payant

Confrontés à un choix rendu d’autant plus cornélien qu’à l’heure des réseaux sociaux, le web s’est transformé en un tribunal aux jugements souvent très expéditifs, de plus en plus de restaurateurs choisissent tout de même de risquer la colère des internautes plutôt que celle de leurs clients. Ou du moins, ceux parmi leur clientèle qui n’ont pas d’enfants en bas âge. Et il semblerait que malgré les controverses, ce choix soit payant.

La recette du succès?

Confiant dans un entretien à Munchies que sa décision a été prise après avoir vu le parent de trop “continuer à manger béatement sans la moindre préoccupation” après que ses enfants aient renversé du vin sur les murs du restaurant et abîmé d’autres éléments du décor, Rudolf Markl, qui a banni les enfants de son Oma’s Küche il y a bientôt sept ans ne regrette rien.

Au contraire: d’après lui, sa clientèle ne tarit pas d’éloges sur “l’oasis de paix” qu’il leur a ainsi garanti, et ses affaires n’ont jamais été plus florissantes que depuis qu’il a modifié la politique de son établissement. Un constat partagé par le propriétaire du Caruso’s, un restaurant italien chic de la Caroline du Nord, qui a vu sa fréquentation monter en flèche une fois la première phase de controverse passée.

Chez nous, cela fait trois ans que Noël Brosse a interdit sa brasserie de Nieuport, le Sir Charles, aux enfants. Et si, particulièrement en période de vacances scolaires, la mesure fait grincer les dents de celles et ceux qui visitent la côte belge en famille, il ne se voit pas revenir en arrière de sitôt. “Avant, les enfants se tenaient bien, ils prenaient un cahier de coloriage et s’occupaient pendant que les adultes parlaient, mais les temps ont changé. J’ai acheté des chaises à 420 euros, et j’ai dû faire face à plusieurs reprises à l’agressivité de mes clients quand je les invitais à demander à leur progéniture de bien se tenir”. Un problème auquel il ne doit plus faire face aujourd’hui.

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