De paille, d’argile et de récup: visite d’un habitat bruxellois parfaitement circulaire à l’esthétique épurée

L'intérieur mêle détails raffinés et éléments bruts comme ce radiateur venant de la cité minière d'Eisden, ou ce mur en briques peint. © Tim Van de Velde

Construire de manière durable et circulaire, sans faire de concession sur l’esthétique, c’est possible. Hanne et Nicolas le prouvent avec cette habitation bruxelloise aux murs isolés de paille et qui privilégie les matériaux de récup’ et les meubles de seconde main.

Selon un rapport récent des Nations Unies, 38% des émissions annuelles de CO2 proviennent du secteur de la construction et du bâtiment. Une information plutôt culpabilisante, surtout pour les personnes qui se lancent dans un chantier avec la volonté de respecter néanmoins la planète. Mais comment peut-on vivre de manière confortable et esthétique sans laisser une lourde empreinte carbone? « En privilégiant le circulaire », répond Nicolas Coeckelberghs.

Sa compagne, Hanne Eckelmans, et lui ont rénové ensemble une maison de rangée bruxelloise, en mettant l’accent sur l’écologie et la durabilité. « Nous ne voulions pas d’une habitation bohème ; nous n’avons fait aucune concession sur le plan esthétique, affirme notre homme. Toute rénovation implique le recours à des matériaux. Nous avons dû nous en accommoder. En revanche, nous avons opté pour des matériaux les plus renouvelables possible, des éléments de récup’ tels que des radiateurs, linteaux ou portes, mais aussi du mobilier d’occasion. »

La cuisine et la salle à manger en mezzanine créent une animation dans l'espace et des zones d'intimité agréables.
La cuisine et la salle à manger en mezzanine créent une animation dans l’espace et des zones d’intimité agréables.© Tim Van de Velde
« Nous ne voulions pas d’une habitation bohème ; nous n’avons fait aucune concession sur le plan esthétique »

Nicolas Coeckelberghs

Les radiateurs en fonte, plusieurs meubles et même les tentures proviennent de l’ancienne maison de la grand-mère de Hanne. Le banc Ikea a été chiné sur 2ememain.be. Même leur chat avait précédemment un autre propriétaire, raconte Hanne! « Nous l’avons trouvé chez Rotor, un magasin de matériaux de construction de deuxième main. Nous l’avons appelé Tino, de travertino, parce qu’il se nichait entre les pierres de travertin. Au début, nous lui donnions le biberon toutes les trois heures. C’est un peu notre bébé. Il fait partie intégrante de la maison et a vécu chaque étape de la rénovation. »

L'îlot de cuisine est fabriqué en pisé, un mélange de terre et cailloux développé par la boîte de Nicolas, BC Materials.
L’îlot de cuisine est fabriqué en pisé, un mélange de terre et cailloux développé par la boîte de Nicolas, BC Materials.© Tim Van de Velde

Ce n’est pas une bergerie

Pour la réalisation de ce projet, Hanne et Nicolas ont bénéficié d’un soutien financier de BeCircular, initiative régionale bruxelloise visant à stimuler les économies circulaires. Une récompense largement méritée. En effet, ils ont assuré l’isolation au moyen de paille, un rebut agricole provenant d’un fermier du coin. « Lorsque les voisins nous ont vus acheminer les ballots à l’aide d’un élévateur, ils ont cru que nous aménagions une bergerie », s’amuse Hanne. Ensuite, la paille a été enduite de plâtre à base d’argile, un matériau durable, car il est réutilisable à l’infini. De plus, comme il régule l’humidité, il crée un agréable climat intérieur. Et en été, l’épaisse couche d’argile permet de réduire la température ambiante.

Table et banc ont été réalisés avec des lames de planchers excédentaires.
Table et banc ont été réalisés avec des lames de planchers excédentaires.© Tim Van de Velde

Cette façon de faire est particulièrement écologique, la terre étant issue de chantiers bruxellois. Cette technique a été élaborée par la société BC materials, cofondée par Nicolas et dont le mantra est « de la terre au matériau de construction ».

« A présent, ce produit est opérationnel et il est disponible dans le commerce, se félicite-t-il. Mais notre maison était une expérience. Ça, je ne l’ai dit qu’après à Hanne! »

BC materials fabrique aussi du pisé, un mélange de terre provenant de chantiers et de cailloux, densément comprimé et donc solide, que l’on retrouve pour l’îlot central de la cuisine. Les architectes ont également utilisé des blocs de chanvre et du liège comme isolants. Pour la couche de finition des armoires de la cuisine, ils ont choisi un plâtre à base de chaux. Tous ces produits se caractérisent par un taux d’émission de CO2 faible ou nul.

Cependant, pour les propriétaires, la durabilité ne se limite pas aux matériaux ; la flexibilité des lieux est tout aussi essentielle dans leur processus de création. Une tâche réservée à Hanne qui, architecte de formation, tout comme Nicolas, s’est chargée des dessins. « Comme Hanne a un meilleur sens de l’esthétique que moi, c’est elle qui a réalisé les plans. Mon approche est plus pratique: comment allons-nous construire cela? »

La durabilité ne se limite pas aux matériauxla flexibilité des lieux est tout aussi essentielle dans leur processus de création.

Le maître mot de cette réalisation, côté programme, était la modularité. Hanne explique qu’elle « voulait un concept clair et surtout pas une architecture complexe. Le but était que la maison soit facilement adaptable plus tard si nécessaire. Nous avons par exemple laissé les poutres apparentes. Construire, non seulement pour soi-même, mais aussi pour les prochains occupants: ça aussi, c’est du circulaire. »

Les objets de récup', à l'image des chaises autour de la table, donnent un cachet unique à l'endroit.
Les objets de récup’, à l’image des chaises autour de la table, donnent un cachet unique à l’endroit.© Tim Van de Velde

La conceptrice est par ailleurs d’avis que l’on bâtit aussi pour les passants. « Seule une poignée de gens entrent chez vous, c’est surtout l’extérieur qui est visible. C’est pourquoi j’ai apporté un soin particulier à la façade. Elle devait s’intégrer harmonieusement dans la rue, sans pour autant être une reproduction de la partie inférieure. Enfin, j’ai traduit les ornements originaux en une maçonnerie composée de briques blanches. »

De paille, d'argile et de récup: visite d'un habitat bruxellois parfaitement circulaire à l'esthétique épurée
© Tim Van de Velde

Toit à bâtir

Aujourd’hui, cela fait quatre ans que le duo a acheté cet immeuble de 1910. Le couple d’amis avec lequel ils l’ont acquis s’est installé dans l’ancienne usine à l’arrière de la parcelle. La maison située à l’avant était délabrée et touchée par la mérule. C’était donc un vaste projet auquel le tandem s’attelait!

Le volume est désormais surmonté de deux étages qui ont remplacé l’ancien toit en bâtière. « Ce n’est qu’après la démolition de la toiture que nous avons mesuré l’ampleur de l’espace disponible, ajoute Hanne. Les greniers sont les terrains à bâtir de nos villes. Les constructions en hauteur permettent de créer plus de surface habitable ou pour les espaces verts. »

La répartition finale des fonctions est inverse de celle d’une maison classique. L’étage supérieur, en mezzanine, est dédié à la cuisine jouxtée d’une salle à manger et d’une terrasse. Il surplombe le salon, une pièce d’eau et une deuxième terrasse – « Il est vrai que cette salle de bains aux allures de spa, inspirée de la tradition marocaine, est la petite folie de la maison« , reconnaît l’habitante.

La salle de bains a des allures de spa
La salle de bains a des allures de spa « d’inspiration marocaine », selon les habitants.© Tim Van de Velde

Le niveau inférieur, le premier étage de l’ancienne maison donc, accueille leur chambre à coucher ainsi qu’un studio équipé d’une deuxième salle de bains. « Il est réservé aux hôtes. A terme, nous pourrons en faire une chambre en plus, précise Hanne. En fait, la répartition est inspirée de notre ancienne habitation, un appartement situé au troisième étage, au centre de Bruxelles. La vie en hauteur offre plus de luminosité et d’intimité. » La parfaite démonstration qu’on peut joindre l’utile à l’agréable pour vivre bien… et green.

Les briques blanches qu'ils ont utilisées pour la façade se retrouvent aussi comme revêtement de terrasse.
Les briques blanches qu’ils ont utilisées pour la façade se retrouvent aussi comme revêtement de terrasse.© Tim Van de Velde

En bref

Hanne Eckelmans

Elle a fait des études d’architecture d’intérieur et d’architecture à Sint-Lucas à Bruxelles.

Elle dirige depuis 2017 Hé! Architectuur, en collaboration avec Renée Verhulst.

Nicolas Coeckelberghs

Il est titulaire d’un diplôme d’architecte de Sint-Lucas Bruxelles depuis 2009.

La même année, avec quatre associés, il a créé la société BC architects & studies, spécialisée dans l’architecture durable.

En 2018, il a étendu le concept à BC materials, une entreprise qui cherche de nouvelles méthodes de construction dans l’esprit de l’économie circulaire.

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