Le silence qui entoure la consommation excessive d'alcool, chez les femmes, est dangereux, au vu des effets néfastes de la boisson certes, mais également à cause des mécanismes destructeurs de la honte, qui empêchent nombre d'entre elles de demander de l'aide, voire de reconnaître en avoir besoin. Un engrenage que connaît bien la psychiatre et alcoologue Fatma Bouvet de la Maisonneuve, autrice de l'ouvrage Les femmes face à l'alcool. Pour elle, l'engouement médiatique autour des témoignages de Claire Touzard et Stéphanie Braquehais est "extraordinaire", rien de moins. Notamment parce que ce qu'elles disent "est en lien direct avec le vécu de la féminité et du corps. Ça nous a amené une quantité inimaginable de patientes en consultation, parce qu'elles touchent au coeur de tous les vécus féminins".

Des récits aussi divers qu'il y a d'alcooliques, même si pour la spécialiste, certaines similitudes se retrouvent chez ses patientes. "La maladie alcoolique est l'expression de toutes les souffrances féminines causées par l'environnement dans lequel on vit. La femme évolue dans un milieu hostile symboliquement, où son image n'est pas appréciée à sa juste valeur, ce qui mène à du surmenage et une perte de confiance en soi. Or le premier sédatif accessible, c'est l'alcool. D'ailleurs, les alcooliers l'ont bien compris, car aujourd'hui, ils ont pour cibles principales les jeunes et les femmes." Des femmes à mille lieues de l'image que la société se fait d'elles. "On s'imagine toujours que celles qui ont un problème d'alcool sont dans une situation de précarité, déguenillées", dénonce Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Alors même qu'elles auraient plutôt tendance à être tout l'inverse. "Des études ont montré que l'instruction et l'accès au travail sont des facteurs de risque chez les femmes en termes de consommation de produits. On s'est battues pour l'égalité, mais la société fonctionne toujours selon des codes masculins, donc la charge de pression qui repose sur la gent féminine est énorme. Si elles sont surmenées, c'est parce qu'il n'y a toujours pas de vrai partage entre les sexes, et ce cumul de responsabilités est un risque pour leur santé mentale. L'alcoolisme au féminin est une question éminemment politique", assène la psychiatre, cofondatrice d'Addict'elles. Une association pensée par les femmes, pour les femmes, qui leur offre un espace de parole sécurisé et nécessaire: ainsi que l'affirme Fatma Bouvet de la Maisonneuve, l'alcool chez ses pairs "est toujours accompagné de violences psychiques, physiques ou sexuelles".

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Se libérer de la honte

Ce profil, Stéphanie Braquehais, dont le Jour zéro n'en finit pas de faire parler de lui, n'y correspond toutefois pas vraiment. Dans ce livre-confession, sous forme de journal de sobriété, la journaliste française relate son ras-le-bol des réveils poisseux et des trous noirs et comment, du jour au lendemain, elle décide d'arrêter. Et s'y tient. Installée depuis quatorze ans à Nairobi, cette Parisienne d'origine, maman d'une petite fille et désormais autrice à temps plein, se raconte entre deux éclats de rire, depuis son jardin kenyan où les oiseaux gazouillent en arrière-fond. Un tableau lumineux, lui aussi bien éloigné de l'image qu'on a de la fille aux prises avec le démon de l'alcool. Sauf que justement, Stéphanie Braquehais tient à le souligner: elle n'était pas alcoolique et n'estimait même pas son cas plus problématique que celui de ses proches, quoi que puissent en laisser penser certains passages du bouquin. "Bien sûr que j'avais un problème, sinon je n'aurais pas rédigé cet ouvrage, mais ma consommation n'était pas suffisamment grave pour pousser le lecteur à se dire: "Ça ne me concerne pas." Evidemment, certaines scènes sont choquantes, parce que j'en rajoute pas mal aussi quand j'écris, mais quand je me suis mise en danger, c'était avec des amis et tout le monde en riait. Je pense que mon vécu est presque la norme à notre époque, ça traduit la manière dont on boit et dont on est tous un peu prisonniers de l'alcool à notre façon. Ça ne m'intéressait pas de partager un récit tragique de plongée dans l'alcoolisme, je voulais me libérer de la manière enfermante dont on en parle et dédramatiser le sujet. Il faut changer de vocabulaire, arrêter de prendre les personnes qui boivent pour des coupables et des victimes et choisir de questionner le produit plutôt que la personne qui le consomme." Pour enfin se libérer de la honte.

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Élise, 33 ans "J'ai déjà essayé de briser le cycle"

"Depuis le passage de la trentaine, la boisson me laisse un goût amer en bouche, et pourtant, je n'ai toujours pas franchi le pas de la sobriété, alors même que dès que je bois plus d'un verre, je suis incapable de dormir la nuit, sans parler de la pâteuse qui m'accable le lendemain. Je ne dirais pas forcément que j'ai un problème d'alcool, mais en tout cas, je n'ai pas de solution: boire un verre, puis plusieurs autres, est un automatisme quand je suis heureuse, que j'ai quelque chose à fêter, mais aussi quand je suis triste ou fâchée. J'ai déjà essayé de briser le cycle, mais particulièrement dans les moments heureux, j'ai l'impression que je passe à côté de quelque chose si tout le monde trinque aux bulles et que les miennes sont celles d'un soda ou d'une eau pèt'. Je me dis que ce n'est simplement pas le bon moment et que dans quelques années, quand le rythme des soirées et apéros entre potes se sera calmé, ce sera plus facile. En même temps, même en confinement j'ai trinqué via Zoom ou bien en duo avec ma coloc', donc je ne sais pas si ce sera plus simple plus tard."

Boire et déboires

Une honte qui "caractérise l'alcool au féminin", selon Laure Charpentier, qui en 1981 fait sensation avec la publication de Toute honte bue, réédité sans discontinuer depuis. C'est qu'à l'époque, elles sont extrêmement rares celles qui osent parler de leur addiction, et Laure, elle, le fait jusqu'à la moindre goutte de cette descente aux enfers qui a pris fin avec son dernier whisky, ingurgité le 9 septembre 1973. Et si la parole s'est quelque peu libérée depuis, c'est bien le seul changement que constate la presque octogénaire. "La honte et le rejet de la part des "gens normaux" sont hélas toujours bien présents, regrette celle qui est aujourd'hui autrice et réalisatrice. Beaucoup de femmes camouflent leur addiction sous le label "dépression" ou "burn-out", parce que la femme est vue avant tout comme une épouse et une mère, une sorte d'icône que l'alcool abîme et détruit." Et sa famille aussi, Laure soulignant encore que "quand une femme boit, c'est le toit de la maison qui brûle". Un regard injuste que dénonce également Fatma Bouvet de la Maisonneuve, qui fait remarquer que "quand un homme boit et est flamboyant, c'est un bon vivant, mais si une femme fait pareil, c'est une pute".

Quand un homme boit et est flamboyant, c'est un bon vivant, mais si une femme fait pareil, c'est une pute.

Fatma Bouvet de la Maisonneuve

Raison pour laquelle cette dernière va avoir plus tendance encore à faire cela en cachette, avec la volonté de "s'assommer et de raccourcir la soirée", tandis qu'un homme, lui, sera plus susceptible de trinquer accompagné, une alcoolisation dite "d'entraînement". Et il n'y a pas que leur manière de se remplir le gosier qui diffère, leurs déboires sont aussi différents et ces messieurs éprouvent en général bien moins de culpabilité lors de leurs lendemains de veille. Des remords étouffants qui poussent la gent féminine à donner le change à tout prix. "Celles que je vois en consultation sont épuisées, parce qu'elles déploient tous les efforts du monde pour ne pas paraître malades", raconte notre psychiatre, qui n'est pourtant pas dupe. Et d'énumérer le visage marqué et bouffi, les cernes, les cheveux et ongles cassants, les paupières enflées et "l'odeur de sueur âcre", autant de stigmates qui lui permettent de les reconnaître au premier coup d'oeil.

Laure, 36 ans "Ça fait deux ans que j'ai arrêté"

"J'ai toujours été celle qui boit le verre de trop, la fille marrante et no limit qu'on invite à toutes les soirées parce qu'on sait qu'elle va mettre l'ambiance et être la première à lancer les conneries dont on rira tous le lendemain en débriefant. Jusqu'au jour où ça ne m'a plus amusée, même si je dois avouer que ça faisait déjà des années que la honte grandissait et que je l'ignorais, parce que les autres avaient l'air de trouver ça tellement drôle ce que je regrettais d'avoir dit ou fait quand j'émergeais le lendemain de la veille. Prendre la décision d'arrêter de boire alors que j'étais jusque-là l'équivalent humain du "no Martini no party" de mon groupe de potes n'a pas été facile, j'ai perdu le compte du nombre de fois où on m'a répété que je n'avais pas besoin d'être si radicale, que ce n'était pas comme si j'étais alcoolique. Aujourd'hui, ça fait deux ans que j'ai arrêté de boire, et si les premières soirées ont été ultrapénibles, désormais, je n'ai plus aucun problème à m'amuser autant que les autres sans une goutte d'alcool. Et c'est moi qui rit gentiment de leurs frasques enivrées plutôt que de me donner en spectacle."

Conditionnées à cuver

Un portrait-robot auquel Stéphanie Braquehais n'a cependant jamais ressemblé. Et pourtant, quand elle a annoncé à ses proches son cheminement vers la sobriété, la suspicion s'est immédiatement installée. "Quand un drogué arrête de se piquer, on le félicite, mais quand quelqu'un arrête de boire, on ne peut pas s'empêcher de penser qu'il a un problème", souligne-t-elle avec ironie dans Jour zéro. Et d'éclater de rire quand on lui évoque ce passage lors de l'entretien. "C'est hallucinant, c'est comme s'il fallait se déclarer malade à partir du moment où on arrête de boire de l'alcool, parce que ne pas en boire est anormal dans notre société. On est conditionnés de manière formidable à penser que l'alcool est un produit de consommation comme un autre, et à se culpabiliser si on n'arrive pas à le consommer." Avant de remarquer, caustique, l'absurdité de se culpabiliser de ne pas savoir boire, "alors que j'aimerais bien qu'on m'explique ce que ça veut dire de bien ou mal boire". Pour elle, comme pour Fatma et Laure, il est bien plus simple de définir quand la relation à la boisson est problématique. "Si on pense qu'on a un problème avec l'alcool, c'est qu'on a un problème avec l'alcool", assure Stéphanie Braquehais, nuancée par Laure Charpentier: "On sait très vite qu'on a un problème avec l'alcool, mais la honte fait que le chemin est parfois long avant de le reconnaître. C'est pourquoi il faut trouver le bon interlocuteur, qu'il s'agisse d'un médecin ou d'un militant." Ou d'une association, celle qu'elle a fondée, par exemple, SOS Alcool Femmes, ou celle cofondée par Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Addict'elles. Et cette dernière de rappeler l'importance de demander de l'aide, sans en avoir honte. "Parce que l'alcoolisme est une maladie, et quand on est malade, on demande à être soigné. C'est une question de survie."

Si vous ou une proche souffrez de dépendance à l'alcool, vous pouvez joindre les alcooliques anonymes au tél.: 078 15 25 56. Le groupe de parole d'Addict'elles est accessible sur Facebook (facebook.com/addictelles/) et l'association SOS Alcool Femmes via son site Internet (alcoofem.pagesperso-orange.fr)

À lire

1. Sans alcool, par Claire Touzard, Flammarion, 2021

2. Jour zéro, par Stéphanie Braquehais, L'iconoclaste, 2021

3. Toute honte bue, par Laure Charpentier, Ed. Grancher, 2006

4. Les femmes face à l'alcool: résister et s'en sortir, par Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Odile Jacob, 2010

Le silence qui entoure la consommation excessive d'alcool, chez les femmes, est dangereux, au vu des effets néfastes de la boisson certes, mais également à cause des mécanismes destructeurs de la honte, qui empêchent nombre d'entre elles de demander de l'aide, voire de reconnaître en avoir besoin. Un engrenage que connaît bien la psychiatre et alcoologue Fatma Bouvet de la Maisonneuve, autrice de l'ouvrage Les femmes face à l'alcool. Pour elle, l'engouement médiatique autour des témoignages de Claire Touzard et Stéphanie Braquehais est "extraordinaire", rien de moins. Notamment parce que ce qu'elles disent "est en lien direct avec le vécu de la féminité et du corps. Ça nous a amené une quantité inimaginable de patientes en consultation, parce qu'elles touchent au coeur de tous les vécus féminins". Des récits aussi divers qu'il y a d'alcooliques, même si pour la spécialiste, certaines similitudes se retrouvent chez ses patientes. "La maladie alcoolique est l'expression de toutes les souffrances féminines causées par l'environnement dans lequel on vit. La femme évolue dans un milieu hostile symboliquement, où son image n'est pas appréciée à sa juste valeur, ce qui mène à du surmenage et une perte de confiance en soi. Or le premier sédatif accessible, c'est l'alcool. D'ailleurs, les alcooliers l'ont bien compris, car aujourd'hui, ils ont pour cibles principales les jeunes et les femmes." Des femmes à mille lieues de l'image que la société se fait d'elles. "On s'imagine toujours que celles qui ont un problème d'alcool sont dans une situation de précarité, déguenillées", dénonce Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Alors même qu'elles auraient plutôt tendance à être tout l'inverse. "Des études ont montré que l'instruction et l'accès au travail sont des facteurs de risque chez les femmes en termes de consommation de produits. On s'est battues pour l'égalité, mais la société fonctionne toujours selon des codes masculins, donc la charge de pression qui repose sur la gent féminine est énorme. Si elles sont surmenées, c'est parce qu'il n'y a toujours pas de vrai partage entre les sexes, et ce cumul de responsabilités est un risque pour leur santé mentale. L'alcoolisme au féminin est une question éminemment politique", assène la psychiatre, cofondatrice d'Addict'elles. Une association pensée par les femmes, pour les femmes, qui leur offre un espace de parole sécurisé et nécessaire: ainsi que l'affirme Fatma Bouvet de la Maisonneuve, l'alcool chez ses pairs "est toujours accompagné de violences psychiques, physiques ou sexuelles". Ce profil, Stéphanie Braquehais, dont le Jour zéro n'en finit pas de faire parler de lui, n'y correspond toutefois pas vraiment. Dans ce livre-confession, sous forme de journal de sobriété, la journaliste française relate son ras-le-bol des réveils poisseux et des trous noirs et comment, du jour au lendemain, elle décide d'arrêter. Et s'y tient. Installée depuis quatorze ans à Nairobi, cette Parisienne d'origine, maman d'une petite fille et désormais autrice à temps plein, se raconte entre deux éclats de rire, depuis son jardin kenyan où les oiseaux gazouillent en arrière-fond. Un tableau lumineux, lui aussi bien éloigné de l'image qu'on a de la fille aux prises avec le démon de l'alcool. Sauf que justement, Stéphanie Braquehais tient à le souligner: elle n'était pas alcoolique et n'estimait même pas son cas plus problématique que celui de ses proches, quoi que puissent en laisser penser certains passages du bouquin. "Bien sûr que j'avais un problème, sinon je n'aurais pas rédigé cet ouvrage, mais ma consommation n'était pas suffisamment grave pour pousser le lecteur à se dire: "Ça ne me concerne pas." Evidemment, certaines scènes sont choquantes, parce que j'en rajoute pas mal aussi quand j'écris, mais quand je me suis mise en danger, c'était avec des amis et tout le monde en riait. Je pense que mon vécu est presque la norme à notre époque, ça traduit la manière dont on boit et dont on est tous un peu prisonniers de l'alcool à notre façon. Ça ne m'intéressait pas de partager un récit tragique de plongée dans l'alcoolisme, je voulais me libérer de la manière enfermante dont on en parle et dédramatiser le sujet. Il faut changer de vocabulaire, arrêter de prendre les personnes qui boivent pour des coupables et des victimes et choisir de questionner le produit plutôt que la personne qui le consomme." Pour enfin se libérer de la honte. Une honte qui "caractérise l'alcool au féminin", selon Laure Charpentier, qui en 1981 fait sensation avec la publication de Toute honte bue, réédité sans discontinuer depuis. C'est qu'à l'époque, elles sont extrêmement rares celles qui osent parler de leur addiction, et Laure, elle, le fait jusqu'à la moindre goutte de cette descente aux enfers qui a pris fin avec son dernier whisky, ingurgité le 9 septembre 1973. Et si la parole s'est quelque peu libérée depuis, c'est bien le seul changement que constate la presque octogénaire. "La honte et le rejet de la part des "gens normaux" sont hélas toujours bien présents, regrette celle qui est aujourd'hui autrice et réalisatrice. Beaucoup de femmes camouflent leur addiction sous le label "dépression" ou "burn-out", parce que la femme est vue avant tout comme une épouse et une mère, une sorte d'icône que l'alcool abîme et détruit." Et sa famille aussi, Laure soulignant encore que "quand une femme boit, c'est le toit de la maison qui brûle". Un regard injuste que dénonce également Fatma Bouvet de la Maisonneuve, qui fait remarquer que "quand un homme boit et est flamboyant, c'est un bon vivant, mais si une femme fait pareil, c'est une pute". Raison pour laquelle cette dernière va avoir plus tendance encore à faire cela en cachette, avec la volonté de "s'assommer et de raccourcir la soirée", tandis qu'un homme, lui, sera plus susceptible de trinquer accompagné, une alcoolisation dite "d'entraînement". Et il n'y a pas que leur manière de se remplir le gosier qui diffère, leurs déboires sont aussi différents et ces messieurs éprouvent en général bien moins de culpabilité lors de leurs lendemains de veille. Des remords étouffants qui poussent la gent féminine à donner le change à tout prix. "Celles que je vois en consultation sont épuisées, parce qu'elles déploient tous les efforts du monde pour ne pas paraître malades", raconte notre psychiatre, qui n'est pourtant pas dupe. Et d'énumérer le visage marqué et bouffi, les cernes, les cheveux et ongles cassants, les paupières enflées et "l'odeur de sueur âcre", autant de stigmates qui lui permettent de les reconnaître au premier coup d'oeil. Un portrait-robot auquel Stéphanie Braquehais n'a cependant jamais ressemblé. Et pourtant, quand elle a annoncé à ses proches son cheminement vers la sobriété, la suspicion s'est immédiatement installée. "Quand un drogué arrête de se piquer, on le félicite, mais quand quelqu'un arrête de boire, on ne peut pas s'empêcher de penser qu'il a un problème", souligne-t-elle avec ironie dans Jour zéro. Et d'éclater de rire quand on lui évoque ce passage lors de l'entretien. "C'est hallucinant, c'est comme s'il fallait se déclarer malade à partir du moment où on arrête de boire de l'alcool, parce que ne pas en boire est anormal dans notre société. On est conditionnés de manière formidable à penser que l'alcool est un produit de consommation comme un autre, et à se culpabiliser si on n'arrive pas à le consommer." Avant de remarquer, caustique, l'absurdité de se culpabiliser de ne pas savoir boire, "alors que j'aimerais bien qu'on m'explique ce que ça veut dire de bien ou mal boire". Pour elle, comme pour Fatma et Laure, il est bien plus simple de définir quand la relation à la boisson est problématique. "Si on pense qu'on a un problème avec l'alcool, c'est qu'on a un problème avec l'alcool", assure Stéphanie Braquehais, nuancée par Laure Charpentier: "On sait très vite qu'on a un problème avec l'alcool, mais la honte fait que le chemin est parfois long avant de le reconnaître. C'est pourquoi il faut trouver le bon interlocuteur, qu'il s'agisse d'un médecin ou d'un militant." Ou d'une association, celle qu'elle a fondée, par exemple, SOS Alcool Femmes, ou celle cofondée par Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Addict'elles. Et cette dernière de rappeler l'importance de demander de l'aide, sans en avoir honte. "Parce que l'alcoolisme est une maladie, et quand on est malade, on demande à être soigné. C'est une question de survie."