Encouragés par les apéro-zoom, les Belges ont en moyenne consommé chez eux dix pour cent d'alcool en plus en 2020, ce qui représente environ six cents euros par ménage. Ce sont surtout les alcools forts et les spiritueux (18%) et la bière (13%) qui ont séduit ceux qui étaient contraints de rester cloîtrés. "Il serait néanmoins beaucoup trop réducteur de dire, uniquement sur la base de ces chiffres, que notre consommation d'alcool a augmenté", déclare Tom Evenepoel, coordinateur du Drugline. Il faut voir les choses dans leur contexte : le secteur de la restauration a été fermé pendant longtemps, ce qui a entraîné un déplacement de la consommation de l'extérieur à l'intérieur du domicile.

Beaucoup d'études ont été faites sur ce sujet pendant les confinements. Il en ressort que vingt à trente pour cent des personnes avaient commencé à boire davantage, mais qu'un groupe presque égal avait commencé à boire moins. Pour environ la moitié des répondants, leur consommation d'alcool était restée identique".

Vous boirez moins si vous utilisez des verres droits

Dans une étude réalisée par l'École de psychologie expérimentale de l'Université de Bristol, les gens buvaient leur bière soixante pour cent moins vite dans un verre droit que dans un verre évasé. La théorie est qu'avec un verre au bord évasé on a la perfide illusion qu'on est moins vite à la moitié du verre. Dans cette même étude, il a été constaté que si vous placez des lignes de repère sur les verres, les gens ont également un meilleur contrôle sur leur consommation d'alcool. La conclusion ? Si vous savez combien vous buvez, vous régulez mieux votre consommation d'alcool.

Plus de pression, plus de boisson

Une étude réalisée par le centre flamand d'expertise sur l'alcool et les autres drogues (VAD) a montré que les personnes ayant un niveau d'éducation élevé semblent boire davantage depuis la pandémie. C'est moins surprenant qu'il n'y paraît, précise la directrice du VAD, Katleen Peleman. Les personnes hautement qualifiées ont toujours bu davantage que les personnes moins qualifiées. Nous le savons, entre autres, grâce aux enquêtes annuelles sur la santé des Belges. Ce que nous avons par contre constaté, c'est qu'en cas de situation exceptionnelle, cette catégorie a commencé à boire encore davantage. Ce phénomène peut avoir des causes multiples. Les confinements ont causé du stress aux gens pour de nombreuses raisons : perte de revenus, travail à domicile pendant des jours entiers, garde des enfants, solitude... Si ce stress est indépendant du niveau d'éducation, les personnes qui ont un niveau d'éducation et qui boivent déjà plus en temps normal risquent d'être aussi plus enclines à se tourner vers l'alcool lorsque la pression est forte".

En d'autres termes, il n'y a pas de réponse facile à la question de savoir si le Belge boit trop. "Nous sommes de grands buveurs", acquiesce Tom Evenepoel, "mais si l'on considère uniquement la consommation d'alcool, nous ne sommes que vingt-quatrièmes en Europe. On pourrait penser que ce n'est pas trop mal, mais d'un autre côté, plus d'une personne sur dix (12,6%) de 15 ans et plus rapporte avoir connu des problèmes liés à sa consommation.

Quelques chiffres:

En 2018, 9,7% des résidents belges de 15 ans et plus déclarent boire quotidiennement de l'alcool et 40,6% boit au moins une fois par semaine, mais pas chaque jour. La moitié de la population boit donc régulièrement. 16,8% de la population n'a jamais touché à de l'alcool, tandis que les ex-consommateurs représentent 6,6% de la population.

En Belgique, 24,1% de la population ne boit pas ou plus et 29,5% indique n'avoir jamais de leur vie bu 6 verres d'alcool en une même occasion, ou pas au cours des 12 derniers mois (chiffre d'avant pandémie). 18,9% s'hyper-alcoolise moins d'une fois par mois, 19,8% le fait une à plusieurs fois par mois, 7,0% le fait une à plusieurs fois par semaine et 0,6% consomme 6 verres ou plus par occasion tous les jours. En ce qui concerne l'ivresse ponctuelle (binge drinking), 4,3% de la population en fait l'expérience toutes les semaines et 7,1% tous les mois (mais pas chaque semaine).

Pourquoi tu ne bois pas ?

"C'est littéralement ancré dans notre culture", ajoute le sociologue médical Guido Van Hal. En tant que professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé (Université d'Anvers), il étudie le sujet depuis de nombreuses années. Notre culture de la bière est inscrite sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l'Unesco. Cela signifie que nous devons entretenir cette culture et faire des efforts suffisants pour la maintenir en vie. Cela signifie donc aussi que nous y sommes symboliquement attachés et qu'il existe une pression sociale pour boire. Culturellement et historiquement, les non-buveurs restent une minorité dans notre pays.

Lire aussi: Pourquoi l'alcool nous brûle-t-il la gorge?

"Si le groupe de non-buveur est en pleine expansion, il est encore souvent appelé à rendre des comptes", note encore Tom Evenepoel, coordinateur de Drugline. "Pourquoi tu ne bois pas ? Est-ce que tout va bien ? Ce sont autant de questions que les non-buveurs se prennent régulièrement. Nous consommons aussi de l'alcool dans tant d'endroits et à tant d'occasions, parfois contre toute logique. L'alcool, par exemple, est fortement déconseillé pendant la grossesse. Pourtant, lorsqu'une annonce est faite, une bouteille de mousseux est souvent sortie du réfrigérateur pour fêter l'événement. Ce réflexe est pour le moins étrange d'un point de vue de la santé.

Un petit verre, ce n'est pas trop grave non ?

Un verre ou deux de vin ne sont-ils pas bon pour la santé ? La légende populaire voudrait que oui. "Mais si on l'examine d'un point de vue purement scientifique, ce n'est pas le cas", selon Evenepoel. Il n'existe pas de limite inférieure sûre pour la consommation d'alcool. La question de savoir si un verre de vin est bon ou mauvais est un débat qui dure depuis des décennies. Pendant longtemps, on a cru qu'un petit verre de rouge était bon pour la santé puisque les recherches sur la santé menée auprès des buveurs et des non-buveurs allaient dans ce sens. Il avait été constaté que la santé des buveurs modérés était meilleure que celle des personnes buvant beaucoup d'alcool, mais que la santé des non-buveurs était moins bonne que celle des buveurs modérés. On en avait conclu que la consommation modérée d'alcool était l'option la plus saine. Ce message sera diffusé à foison par les médias et parfois même donné comme conseil par les médecins généralistes à leurs patients. Ces dernières années, les chercheurs se sont penchés sur la méthodologie de ces études. Il s'avère que les non-buveurs interrogés étaient souvent des personnes souffrant, par exemple, de maladies cardiovasculaires, de diabète ou ayant des antécédents de problèmes d'alcool. En d'autres termes : des personnes dont la santé était de toute façon plus fragile et à qui, pour cette même raison, on avait conseillé de plus boire ou qui avaient pris la décision elles-mêmes. Une nuance qui change tout de même significativement la donne.

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Depuis de plus en plus d'études ont mis en évidence les effets négatifs de l'alcool sur notre organisme, même en cas de consommation modérée. Une étude récente de l'Université d'Oxford portant sur 25 000 sujets s'est intéressée à l'influence de la boisson sur notre cerveau. Plus on boit d'alcool par semaine, plus le volume de certaines substances présentes dans notre cerveau, qui contribuent au traitement de l'information, diminue. Depuis quelque temps, un lien a également été établi avec différents types de cancer, par exemple le cancer de l'oesophage, du foie et des intestins, ainsi que le cancer du sein chez la femme. "Le lien existe, c'est certain, même si nous ne pouvons pas encore mettre le doigt dans quelle mesure l'alcool cause le cancer", explique Evenepoel.

Dans son dernier livre, le médecin et psychiatre britannique David Nutt met en garde contre les dangers d'une (trop) grande consommation d'alcool. La toxicité de l'alcool dépend de facteurs génétiques ainsi que de votre expérience de la boisson. Votre expérience, c'est votre tolérance, soit la mesure dans laquelle votre corps et votre cerveau sont capables de se préparer à l'alcool et d'y faire face. Votre tolérance s'installe très rapidement, car votre cerveau apprend vite. La tolérance est donc une sorte de dépendance, ou du moins à son début.

"L'alcool peut provoquer des lésions cérébrales, surtout chez les jeunes"

Mais jusqu'où peut-on aller ? Il y a encore quelques années, la British Medical Association conseillait aux femmes adultes de boire au maximum 14 verres standard d'alcool sur une base hebdomadaire pour réduire les risques liés à l'alcool, et aux hommes 21. Depuis novembre 2016, la VAD a réduit ces quantités à 10 verres, quel que soit le sexe. "Une restriction drastique, surtout pour les hommes, pour lesquels la consommation maximale a été divisée par deux", explique le sociologue médical Guido Van Hal. Et il s'agit ici de verres standard, comme une bière ordinaire ou un verre de vin de 10 centilitres. Si vous buvez une Westmalle Tripel de 33 centilitres, cela compte facilement pour deux ou trois verres.

"L'alcool peut aussi provoquer des lésions cérébrales, surtout chez les jeunes", affirme M. Van Hal, qui est membre de la chaire "Jeunes et alcool" de l'université d'Anvers, créée au début de cette année. "Plus on est jeune, plus le cerveau est sensible. Elle peut même entraîner une perte de QI. En d'autres termes, les jeunes qui boivent beaucoup d'alcool deviennent plus idiots. Environ la moitié des élèves ont un comportement à risque en matière de consommation d'alcool. Tous les quatre ans, nous menons des recherches dans les universités et les hautes écoles. À l'aide d'un questionnaire élaboré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), nous apprenons que de nombreux jeunes flirtent avec de vrais problèmes. Pas une surprise puisqu'on sait que l'on boit beaucoup d'alcool pendant les années d'études, mais aussi que, pour la plupart des étudiants, cette consommation diminue ensuite". Sauf que pour Tom Evenepoel on estime souvent à tort que l'alcool est un problème de jeunesse. "C'est une image dépassée. Nous constatons que la consommation quotidienne d'alcool est la plus importante parmi les générations plus âgées. La génération X et les générations précédentes ont grandi dans un contexte où il n'y avait pratiquement aucune réflexion critique sur l'alcool. Bien que les excès soient encore les plus importants chez les jeunes, nous constatons, par exemple lors de notre Tournée Minérale, que beaucoup de personnes âgées de 20 à 30 ans ont commencé à boire moins. Un phénomène plus large, puisqu'on constate à travers toute l'Europe que la consommation d'alcool chez les jeunes est en baisse depuis des années.

Like a virgin

"Nous assistons à une évolution majeure des mentalités", déclare Guido Van Hal. "Prendre le volant en ayant bu un verre de trop est généralement considéré comme une chose à ne pas faire, alors que c'était autrefois la chose la plus normale du monde. On constate une prudente évolution des moeurs. Avec le temps, on finira même par trouver normal de ne pas boire d'alcool et la pression sociale diminuera."

Ce revirement se reflète aussi progressivement dans les menus des cafés. Le nombre de mocktails et d'alternatives sans alcool ne se compte plus sur les doigts d'une main, et récemment la première bière trappiste sans promille a été lancée dans notre pays. Une évolution que Tom Evenepoel trouve positive, mais il reste prudent. En effet cela peut redonner aux personnes ayant déjà eu des problèmes d'alcool de boire à nouveau et pour les jeunes, c'est un moyen de s'habituer au goût et à la vue. Ce qui peut faciliter le passage vers les bières alcoolisées ou les cocktails.

"Il peut être frustrant de voir à quel point la consommation d'alcool est répandue dans notre société, mais l'un des rares avantages est qu'il existe de nombreuses règles non écrites sur la manière de gérer cette situation", conclut Evenepoel.

En grandissant dans une société où l'alcool est si omniprésent, nous apprenons progressivement ce qu'il faut faire et ne pas faire. Ainsi le contexte dans lequel l'alcool est consommé est un facteur déterminant et encore trop souvent négligé. Mais la nocivité éventuelle dépend aussi de la personne qui boit l'alcool. Un jeune ou un adulte ? Quelqu'un qui pèse cinquante kilos ou quelqu'un qui pèse quatre-vingt-dix kilos ? Ou pour le dire autrement : "c'est la dose qui fait le poison".

Pourquoi vous devriez être heureux avec une gueule de bois

Dans son livre Drink ? The Latest Insights on Alcohol and Health, le docteur David Nutt écrit que la consommation responsable d'alcool consiste à boire avec modération. Une chose "qui peut être plus facile si vous savez que vous regretterez votre beuverie le lendemain". Il cite une étude néerlandaise menée auprès d'étudiants âgés de 18 à 30 ans, selon laquelle 13,4 % d'entre eux ont déclaré qu'ils boiraient davantage s'il existait un remède contre la gueule de bois. Lorsque j'ai parlé à des alcooliques en traitement, j'ai découvert que pratiquement aucun d'entre eux n'avait jamais eu de gueule de bois. Une théorie possible est donc qu'ils n'avaient jamais été dissuadés de trop boire.

Encouragés par les apéro-zoom, les Belges ont en moyenne consommé chez eux dix pour cent d'alcool en plus en 2020, ce qui représente environ six cents euros par ménage. Ce sont surtout les alcools forts et les spiritueux (18%) et la bière (13%) qui ont séduit ceux qui étaient contraints de rester cloîtrés. "Il serait néanmoins beaucoup trop réducteur de dire, uniquement sur la base de ces chiffres, que notre consommation d'alcool a augmenté", déclare Tom Evenepoel, coordinateur du Drugline. Il faut voir les choses dans leur contexte : le secteur de la restauration a été fermé pendant longtemps, ce qui a entraîné un déplacement de la consommation de l'extérieur à l'intérieur du domicile. Beaucoup d'études ont été faites sur ce sujet pendant les confinements. Il en ressort que vingt à trente pour cent des personnes avaient commencé à boire davantage, mais qu'un groupe presque égal avait commencé à boire moins. Pour environ la moitié des répondants, leur consommation d'alcool était restée identique".Une étude réalisée par le centre flamand d'expertise sur l'alcool et les autres drogues (VAD) a montré que les personnes ayant un niveau d'éducation élevé semblent boire davantage depuis la pandémie. C'est moins surprenant qu'il n'y paraît, précise la directrice du VAD, Katleen Peleman. Les personnes hautement qualifiées ont toujours bu davantage que les personnes moins qualifiées. Nous le savons, entre autres, grâce aux enquêtes annuelles sur la santé des Belges. Ce que nous avons par contre constaté, c'est qu'en cas de situation exceptionnelle, cette catégorie a commencé à boire encore davantage. Ce phénomène peut avoir des causes multiples. Les confinements ont causé du stress aux gens pour de nombreuses raisons : perte de revenus, travail à domicile pendant des jours entiers, garde des enfants, solitude... Si ce stress est indépendant du niveau d'éducation, les personnes qui ont un niveau d'éducation et qui boivent déjà plus en temps normal risquent d'être aussi plus enclines à se tourner vers l'alcool lorsque la pression est forte".En d'autres termes, il n'y a pas de réponse facile à la question de savoir si le Belge boit trop. "Nous sommes de grands buveurs", acquiesce Tom Evenepoel, "mais si l'on considère uniquement la consommation d'alcool, nous ne sommes que vingt-quatrièmes en Europe. On pourrait penser que ce n'est pas trop mal, mais d'un autre côté, plus d'une personne sur dix (12,6%) de 15 ans et plus rapporte avoir connu des problèmes liés à sa consommation. "C'est littéralement ancré dans notre culture", ajoute le sociologue médical Guido Van Hal. En tant que professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé (Université d'Anvers), il étudie le sujet depuis de nombreuses années. Notre culture de la bière est inscrite sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l'Unesco. Cela signifie que nous devons entretenir cette culture et faire des efforts suffisants pour la maintenir en vie. Cela signifie donc aussi que nous y sommes symboliquement attachés et qu'il existe une pression sociale pour boire. Culturellement et historiquement, les non-buveurs restent une minorité dans notre pays. "Si le groupe de non-buveur est en pleine expansion, il est encore souvent appelé à rendre des comptes", note encore Tom Evenepoel, coordinateur de Drugline. "Pourquoi tu ne bois pas ? Est-ce que tout va bien ? Ce sont autant de questions que les non-buveurs se prennent régulièrement. Nous consommons aussi de l'alcool dans tant d'endroits et à tant d'occasions, parfois contre toute logique. L'alcool, par exemple, est fortement déconseillé pendant la grossesse. Pourtant, lorsqu'une annonce est faite, une bouteille de mousseux est souvent sortie du réfrigérateur pour fêter l'événement. Ce réflexe est pour le moins étrange d'un point de vue de la santé.Un verre ou deux de vin ne sont-ils pas bon pour la santé ? La légende populaire voudrait que oui. "Mais si on l'examine d'un point de vue purement scientifique, ce n'est pas le cas", selon Evenepoel. Il n'existe pas de limite inférieure sûre pour la consommation d'alcool. La question de savoir si un verre de vin est bon ou mauvais est un débat qui dure depuis des décennies. Pendant longtemps, on a cru qu'un petit verre de rouge était bon pour la santé puisque les recherches sur la santé menée auprès des buveurs et des non-buveurs allaient dans ce sens. Il avait été constaté que la santé des buveurs modérés était meilleure que celle des personnes buvant beaucoup d'alcool, mais que la santé des non-buveurs était moins bonne que celle des buveurs modérés. On en avait conclu que la consommation modérée d'alcool était l'option la plus saine. Ce message sera diffusé à foison par les médias et parfois même donné comme conseil par les médecins généralistes à leurs patients. Ces dernières années, les chercheurs se sont penchés sur la méthodologie de ces études. Il s'avère que les non-buveurs interrogés étaient souvent des personnes souffrant, par exemple, de maladies cardiovasculaires, de diabète ou ayant des antécédents de problèmes d'alcool. En d'autres termes : des personnes dont la santé était de toute façon plus fragile et à qui, pour cette même raison, on avait conseillé de plus boire ou qui avaient pris la décision elles-mêmes. Une nuance qui change tout de même significativement la donne. Depuis de plus en plus d'études ont mis en évidence les effets négatifs de l'alcool sur notre organisme, même en cas de consommation modérée. Une étude récente de l'Université d'Oxford portant sur 25 000 sujets s'est intéressée à l'influence de la boisson sur notre cerveau. Plus on boit d'alcool par semaine, plus le volume de certaines substances présentes dans notre cerveau, qui contribuent au traitement de l'information, diminue. Depuis quelque temps, un lien a également été établi avec différents types de cancer, par exemple le cancer de l'oesophage, du foie et des intestins, ainsi que le cancer du sein chez la femme. "Le lien existe, c'est certain, même si nous ne pouvons pas encore mettre le doigt dans quelle mesure l'alcool cause le cancer", explique Evenepoel.Dans son dernier livre, le médecin et psychiatre britannique David Nutt met en garde contre les dangers d'une (trop) grande consommation d'alcool. La toxicité de l'alcool dépend de facteurs génétiques ainsi que de votre expérience de la boisson. Votre expérience, c'est votre tolérance, soit la mesure dans laquelle votre corps et votre cerveau sont capables de se préparer à l'alcool et d'y faire face. Votre tolérance s'installe très rapidement, car votre cerveau apprend vite. La tolérance est donc une sorte de dépendance, ou du moins à son début.Mais jusqu'où peut-on aller ? Il y a encore quelques années, la British Medical Association conseillait aux femmes adultes de boire au maximum 14 verres standard d'alcool sur une base hebdomadaire pour réduire les risques liés à l'alcool, et aux hommes 21. Depuis novembre 2016, la VAD a réduit ces quantités à 10 verres, quel que soit le sexe. "Une restriction drastique, surtout pour les hommes, pour lesquels la consommation maximale a été divisée par deux", explique le sociologue médical Guido Van Hal. Et il s'agit ici de verres standard, comme une bière ordinaire ou un verre de vin de 10 centilitres. Si vous buvez une Westmalle Tripel de 33 centilitres, cela compte facilement pour deux ou trois verres."L'alcool peut aussi provoquer des lésions cérébrales, surtout chez les jeunes", affirme M. Van Hal, qui est membre de la chaire "Jeunes et alcool" de l'université d'Anvers, créée au début de cette année. "Plus on est jeune, plus le cerveau est sensible. Elle peut même entraîner une perte de QI. En d'autres termes, les jeunes qui boivent beaucoup d'alcool deviennent plus idiots. Environ la moitié des élèves ont un comportement à risque en matière de consommation d'alcool. Tous les quatre ans, nous menons des recherches dans les universités et les hautes écoles. À l'aide d'un questionnaire élaboré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), nous apprenons que de nombreux jeunes flirtent avec de vrais problèmes. Pas une surprise puisqu'on sait que l'on boit beaucoup d'alcool pendant les années d'études, mais aussi que, pour la plupart des étudiants, cette consommation diminue ensuite". Sauf que pour Tom Evenepoel on estime souvent à tort que l'alcool est un problème de jeunesse. "C'est une image dépassée. Nous constatons que la consommation quotidienne d'alcool est la plus importante parmi les générations plus âgées. La génération X et les générations précédentes ont grandi dans un contexte où il n'y avait pratiquement aucune réflexion critique sur l'alcool. Bien que les excès soient encore les plus importants chez les jeunes, nous constatons, par exemple lors de notre Tournée Minérale, que beaucoup de personnes âgées de 20 à 30 ans ont commencé à boire moins. Un phénomène plus large, puisqu'on constate à travers toute l'Europe que la consommation d'alcool chez les jeunes est en baisse depuis des années."Nous assistons à une évolution majeure des mentalités", déclare Guido Van Hal. "Prendre le volant en ayant bu un verre de trop est généralement considéré comme une chose à ne pas faire, alors que c'était autrefois la chose la plus normale du monde. On constate une prudente évolution des moeurs. Avec le temps, on finira même par trouver normal de ne pas boire d'alcool et la pression sociale diminuera."Ce revirement se reflète aussi progressivement dans les menus des cafés. Le nombre de mocktails et d'alternatives sans alcool ne se compte plus sur les doigts d'une main, et récemment la première bière trappiste sans promille a été lancée dans notre pays. Une évolution que Tom Evenepoel trouve positive, mais il reste prudent. En effet cela peut redonner aux personnes ayant déjà eu des problèmes d'alcool de boire à nouveau et pour les jeunes, c'est un moyen de s'habituer au goût et à la vue. Ce qui peut faciliter le passage vers les bières alcoolisées ou les cocktails."Il peut être frustrant de voir à quel point la consommation d'alcool est répandue dans notre société, mais l'un des rares avantages est qu'il existe de nombreuses règles non écrites sur la manière de gérer cette situation", conclut Evenepoel. En grandissant dans une société où l'alcool est si omniprésent, nous apprenons progressivement ce qu'il faut faire et ne pas faire. Ainsi le contexte dans lequel l'alcool est consommé est un facteur déterminant et encore trop souvent négligé. Mais la nocivité éventuelle dépend aussi de la personne qui boit l'alcool. Un jeune ou un adulte ? Quelqu'un qui pèse cinquante kilos ou quelqu'un qui pèse quatre-vingt-dix kilos ? Ou pour le dire autrement : "c'est la dose qui fait le poison".