C'est une démarche atypique que celle de Pierre Tilquin. A tel point que l'homme a éprouvé le besoin d'imaginer un néologisme pour en dessiner les contours. Sa "gueuzerie" - ne cherchez pas le mot au dictionnaire - se découvre comme un rêve de scientifique un peu fou implanté du côté de Rebecq. De la gueuze en Wallonie? Un quasi-crime de lèse-majesté, quelque chose que l'on n'aurait jamais cru possible si un illuminé n'avait pas secoué le cocotier brassicole. Tilquin n'a pas fait les choses à moitié: 650 fûts de chêne, de 400 ou de 600 litres, impeccablement rangés et annotés à la craie, revendiquent leur droit à la vie face au visiteur qui n'en croit pas ses yeux. Une démarche approuvée par l'Horal (Hoge Raad voor Ambachtelijke Lambiekbieren), sacro-saint organisme qui valide un mode de production traditionnel à la faveur d'un cahier des charges se démarquant des produits industriels blindés de sucre comme la Kriek Belle-Vue ou la Mort Subite framboise.
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C'est une démarche atypique que celle de Pierre Tilquin. A tel point que l'homme a éprouvé le besoin d'imaginer un néologisme pour en dessiner les contours. Sa "gueuzerie" - ne cherchez pas le mot au dictionnaire - se découvre comme un rêve de scientifique un peu fou implanté du côté de Rebecq. De la gueuze en Wallonie? Un quasi-crime de lèse-majesté, quelque chose que l'on n'aurait jamais cru possible si un illuminé n'avait pas secoué le cocotier brassicole. Tilquin n'a pas fait les choses à moitié: 650 fûts de chêne, de 400 ou de 600 litres, impeccablement rangés et annotés à la craie, revendiquent leur droit à la vie face au visiteur qui n'en croit pas ses yeux. Une démarche approuvée par l'Horal (Hoge Raad voor Ambachtelijke Lambiekbieren), sacro-saint organisme qui valide un mode de production traditionnel à la faveur d'un cahier des charges se démarquant des produits industriels blindés de sucre comme la Kriek Belle-Vue ou la Mort Subite framboise. On le sait: la gueuze naît d'un assemblage, plus ou moins savant, de différents lambics. Lambics? Des bières de fermentation spontanée produites dans la vallée de la Senne et le Pajottenland, composées de 60% de malt d'orge et 40% de froment. Véritables raretés brassicoles, les gueuzes qui en résultent sont un mythe belge élaboré à partir du mélange de ces lambics âgés d'un, deux ou trois ans. Non filtrés et non pasteurisés, les flacons sont refermentés en bouteille pour une durée de six mois minimum au bout de laquelle jaillit une douce effervescence qui sublime les notes acidulées. Il faut toutefois bien comprendre que ce processus complexe ne fait pas de Pierre Tilquin un brasseur, mais un "coupeur de gueuze", le seul de Wallonie comme on l'aura compris. Ingénieur agronome ayant enchaîné les doctorats et post-doctorats sur la génétique animale, ce Namurois s'intéresse à la bière au fil de ses longues études. Une passion qui lui fait pousser la porte d'institutions telles que Cantillon (Bruxelles) et 3 Fonteinen (Beersel). Peu à peu, l'intérêt se fait dévorant: il décide d'abandonner la recherche au profit du jus d'orge, de froment et de houblon. Surqualifié pour rejoindre une brasserie existante, il choisit de lancer sa propre entreprise. Le défi est impossible à relever pour celui qui ne dispose pas de capitaux. Cette contrainte, le coupeur va en faire un atout, en concentrant son attention et son savoir sur l'élevage des lambics. Les ténors de la profession - Boon, Lindemans, Girardin, Cantillon et Timmermans - deviennent alors ses fournisseurs... et lui accordent leur respect. "La plupart des brasseurs ont une approche poético-empirique, leurs gestes sont instinctifs, mon approche est plus scientifique, j'ai besoin de comprendre ce que je fais. Mon idée est de choisir les meilleurs lambics possibles, de les élever dans les meilleures conditions pour qu'ils expriment une rondeur et un moelleux capables de plaire à ceux que la gueuze effraie", résume Tilquin.