La lounge est morte ! Le verdict est sans appel et s'inscrit depuis un moment déjà sur les organiseurs PDA des trendsetters. Pour rappel, la " lounge attitude ", née dans le courant des années 1990, succédant au repli sur soi des années 1980, signait la réappropriation des lieux publics - bars, restaurants, clubs... - par la génération des " cocooners ". Cela, grâce à une série d'endroits répondant pile-poil à ses attentes de bien-être et de confort. Poufs et canapés dans lesquels on s'enfonce d'un bon mètre, musique relaxante et nourriture légère qui invite à grignoter... tout était réuni pour rassurer les convives et leur faire oublier les caprices du Nasdaq ainsi que l'insoutenable fragilité du monde. En peu de temps, l'esthétique et la musique lounge ont conquis l'univers de la restauration et du divertissement. Jusqu'à saturation...
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La lounge est morte ! Le verdict est sans appel et s'inscrit depuis un moment déjà sur les organiseurs PDA des trendsetters. Pour rappel, la " lounge attitude ", née dans le courant des années 1990, succédant au repli sur soi des années 1980, signait la réappropriation des lieux publics - bars, restaurants, clubs... - par la génération des " cocooners ". Cela, grâce à une série d'endroits répondant pile-poil à ses attentes de bien-être et de confort. Poufs et canapés dans lesquels on s'enfonce d'un bon mètre, musique relaxante et nourriture légère qui invite à grignoter... tout était réuni pour rassurer les convives et leur faire oublier les caprices du Nasdaq ainsi que l'insoutenable fragilité du monde. En peu de temps, l'esthétique et la musique lounge ont conquis l'univers de la restauration et du divertissement. Jusqu'à saturation... Aujourd'hui, à la manière d'un soufflé, l'enthousiasme est retombé... Mais déjà un nouveau courant émerge prenant l'exact contre-pied des " valeurs " de la lounge. Sans que l'on puisse vraiment le nommer, il se distingue par des décors bruts de décoffrage qui puisent leur inspiration dans les anciens commerces de bouche et les endroits populaires. Pour se donner des racines, leurs concepteurs plongent dans le passé à la recherche d'authenticité. A Bruxelles, Frédéric Nicolay, le gourou de la restauration créative, à qui l'on doit, entre autres, Bonsoir Clara et la Kasbah, se pose en précurseur. Omniprésence du bois, carrelage aux murs, refus du mobilier design, juxtaposition d'éléments hétéroclites, nostalgie de comptoir belgo-belge, lieux avec " gueule d'atmosphère ", tels sont quelques-uns des principes de l'approche " brut de décoffrage ". Elle qui, en réaction à un style décoratif international, prône un ancrage local du beau. Le QG ne se pousse pas du col : il s'agit, en fait, d'une pizzeria de base à la sauce néo-cantine. Brut de décoffrage, l'endroit l'est mais dans une version assez soft. Le concept est très cohérent, du jeu sur les couleurs à la palette de logos, en passant par les boissons proposées de façon très " snack " dans un large frigo. Logée dans un ancien bureau de poste, l'adresse fait valoir une très belle décoration végétale dédiée aux bambous. Le QG multiplie les petits clins d'£il sympas : vin maison logué " qg ", séries de variations autour de la lettre " g ", verres à eau dans le plus pur style Duralex... On est exactement du côté du bon plan où l'on se retrouve entre amis pour manger correctement - les pizzas sont bien composées - sans se ruiner. Quelques suggestions italiennes et bienvenues émaillent la carte. A midi, la formule " pizza au choix + boisson " s'affiche à 9 euros. Les prix des pizzas commencent à 7 euros et celui des pâtes à 8 euros. QG, 550a, chaussée de Waterloo, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 344 04 08.Le Vismet déploie une cool atmosphère. Plusieurs touches vintage façon vieux tourne-disques, vinyles, verres dépareillés, sets de table en papier et chaises en bois contribuent à donner l'impression d'être dans ce restaurant comme chez soi. On ne sera pas surpris d'apprendre que le cadre a été imaginé par Fred Nicolay. Cela dit, l'adresse ne serait rien sans le talent de Tom Decroos. Ce chef ostendais travaille le poisson avec une merveilleuse facilité. Daurade royale rôtie vinaigrette de légumes ou ravioli de raie et coq sauce vin blanc et câpres... Quel que soit le plat, il ne déçoit pas. Le repas, qui tourne aux alentours de 50 euros le couvert, est d'autant plus agréable que la carte des vins s'affiche en phase avec les mets proposés. Petite confidence : de temps à autre, le père du chef débarque d'Ostende avec des crevettes grises pêchées du jour qu'il se fait un plaisir d'éplucher à la main. Malheureusement, l'homme ne s'annonce pas... Le Vismet, 23, place Sainte-Catherine, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 218 85 45.Les frères Masson, propriétaires de cet établissement (70 places en salle), ont trouvé là une formule imparable en confiant la décoration à Frédéric Nicolay. Le cadre se présente comme une véritable ode au zebrano, ce bois africain qui a fait fureur dans les années 1930. Le clin d'£il au grand " paquebot " rénové qui domine la place Flagey est flagrant, l'architecte Joseph Diongre en ayant fait un bel usage dans le bâtiment de l'ex-INR, aujourd'hui centre culturel. On saluera l'audace de ce placage recouvrant la totalité des murs. Idem pour les chaises qui évoquent avec humour l'univers scolaire, sans rien concéder au confort. La bonne idée ? Avoir opté pour une rôtisserie proposant des mets décontractés. C'est un bonheur que cette sélection de plats simples et sans chichis, entre carrés d'agneau, côtes de b£uf et jambonneaux laqués au miel. A ne pas rater pour être à l'unisson de cette enseigne à la simplicité salutaire : le tartare de b£uf " couteau ". L'addition flirte avec les 30 euros le couvert. Le Variétés, 4, place Sainte-Croix, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 647 04 36. Chaises en bois chinées, tables rustiques, vieux poêle, revues qui traînent... L'Epicerie se la joue cool. Dans ce décor délicieusement bohème, Magalie prépare à manger comme elle le ferait pour des amis. La jeune femme a fait de son restaurant un hymne à la simplicité chaleureuse. Sous-titrée " salon de consommation ", l'adresse est peu chère : on y déjeune pour moins de 15 euros. Les assiettes composées permettent un voyage à travers le goût, de la salade fenouil-agrumes à l'Ebli en passant par les courgettes marinées et les baguettes à l'ancienne. L'Epicerie, 72, rue du Page, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 538 33 96. Egalement imaginée par Fred Nicolay, cette adresse près du Canal s'affiche atypique. En concevant des lieux qui rassemblent plutôt que des bastions qui excluent, l'homme-orchestre de la restauration bruxelloise a fait mouche une fois de plus : tous les publics s'y sentent bien et se mélangent. La petite restauration préparée minute est gourmande à souhait. Sandwiches bien garnis, portions de fromages, salades, yaourts et £ufs durs pour un casse-croûte aux accents populaires. Walvis, 209, rue Antoine Dansaert, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 219 95 32. Ouverte en 1932, la Friture René a su rester une affaire familiale. Trois générations y travaillent aujourd'hui avec la même simplicité chaleureuse. Cette convivialité répond avec bonheur à l'harmonie du cadre et des plats servis. Les moules sont parfaites - mention pour la version pastis au dosage idéal - tout comme les croquettes aux crevettes, les carbonades, l'américain... Jusqu'aux desserts faits maison. On adore le cadre de vieux bistrot bruxellois reconstitué avec une minutie de bénédictin. Les nappes à carreaux, les néons en losange, le carrelage... tout concourt à procurer de délicieuses bouffées nostalgiques de ce temps où Bruxelles brussellait. Un petit conseil : demandez à être installé dans l'ancienne salle, la première en entrant, qui possède un charme tout particulier. Addition autour de 25 euros. Friture René, 14, place de la Résistance, à 1070 Bruxelles. Tél. : 02 523 28 76. C'est au début de la rue de Flandre que se trouve Rosa's. Le décor s'apparente au degré zéro de la mise en scène, à savoir quelques tables disposées tout au long d'un espace en forme de couloir. Cette absence de look identifiable empêche de lui coller trop rapidement une étiquette. Le seul marketing que l'on peut débusquer ici est sensoriel : de magnifiques pâtisseries qui ornent le comptoir à l'entrée. Cookies, gâteaux au chocolat et cake carotte-cannelle-gingembre constituent la plus belle des invitations possible à découvrir l'esprit des lieux. On doit ce néo-snack à Laurence Duhot. La jeune femme s'active au fond du restaurant mais aussi en salle où elle prend les commandes et débarrasse. Dans un esprit très cuisine des copains, Rosa's restaure tous les midis simplement mais de façon très juste. Cela commence par deux tranches de bon pain servies sans façon dans un bol. La carte très courte permet ensuite le choix entre le Rosa's burger (9,25 euros), une assiette de légumes pour des envies plus végétariennes (8,95 euros), un plat de pâtes selon le marché (8,40 euros) et un plat carnivore (9,25 euros). Quelques petits détails viennent émailler le tableau idyllique qu'offre cette cantine : fond sonore bien choisi, public décontracté et, pour tous les nomades du midi, de succulents panini (3,25 euros). Rosa's, 10, rue de Flandre, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 512 43 93. Alors que de nombreux établissements se sont lancés dans une course au design hypersophistiqué, d'autres enseignes empruntent le chemin inverse. Pas de fard, pas de paillettes, le Café Belga se veut un lieu au naturel imprégné de l'esprit des rues. Amarré au paquebot qu'est le centre culturel Flagey, il émane de cet espace une nostalgie pour la Belgique de papa. Le Café Belga s'inscrit dans une tradition savoureuse de bistrot de quartier. Celle des tables en bois et des zincs où l'on vient commander sa chope en toute simplicité. La carte propose un large éventail de boissons. Non sans faire quelques clins d'£il nationaux façon Spa " plat et pétillant ", Duvel, Kwak ou Blanche... ou nomades : du Mojito au Mezcal en passant par la Grappa, boulettes à la coriandre, rillettes, tartines rôti-cressonnette ou chèvre-roquette, saucisse sèche... Bref, une restauration légère pas chère (moins de 15 euros), mangée sur le pouce et plutôt bien inspirée. Café Belga, 18, place Flagey, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 640 35 08. Les grands-mères bruxelloises - les célèbres bomas -, ont la réputation de nourrir généreusement leurs petits-enfants. Il était donc normal qu'une adresse placée sous leur haut patronage fasse honneur à leur réputation. Au mur de cette ancienne triperie carrelée de blanc de belles photos d'anciens commerces plantent le décor. Dans un esprit très bistro bruxellois, les plats canailles dominent la carte. De l'américain maison aux boulettes sauce tomate XL, en passant par le stoemp, on se régale d'une cuisine sans prétention d'une fraîcheur absolue. Les amateurs seront ravis par le beau choix de tripes : rognons, cervelle meunière, foie de veau, onglet, pis de vache... Les frites sont coupées à la main et l'addition n'est pas salée (environ 35 euros le couvert). Le service ne se prend pas la tête en faisant régner sur l'endroit une convivialité très bruxelloise. Viva M'Boma, 17, rue de Flandre, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 512 15 93. Cette adresse fait valoir une belle intégrité qui résiste depuis toujours aux sirènes de la mode. Le cadre est celui d'un bistro chaleureux où dominent briques apparentes et plancher de bois. La cuisine se la joue indémodable avec quelques tripes à l'honneur mais aussi des plats francs du collier façon épaule d'agneau au four ou roulades au chicon. L'endroit visite d'autres latitudes que la simple France avec des mets world bien balancés, entre poulet au curry et moambe. La grande force du Pavillon réside dans ses produits, issus de bons fournisseurs, ainsi que dans son respect pour les saisons. A ce bon sens, on ajoutera beaucoup de spontanéité et de gentillesse dans le service. Le Pavillon, 64, rue Defacqz, à 1050 Bruxelles.Tél. : 02 538 02 15. Encore une performance déco signée Fred Nicolay : habiller un tout petit espace où la lumière ne pénètre presque jamais. Une création que l'on pourrait qualifier de " maroc'n'roll ". Soit un décor audacieux, où un bardage de bois brut le dispute à des murs capitonnés. Le tout pimenté par de petites touches décalées : têtes de biches empaillées couvertes de perruques blondes, vestes des serveurs provenant d'un vieux garage Opel, étage mansardé où règne la peau de bête. La nourriture est simple et efficace. Pas de cartes mais des suggestions : mezzés marocains en entrée, viandes grillées (dans l'énorme cheminée) façon poulet, merguez, agneau ou b£uf en plat. Et aussi, de savoureuses brochettes accompagnées au choix de couscous ou d'une pomme de terre en chemise. Addition légère, aux environs de 25 euros. Welcome to Youssef, 905, chaussée de Waterloo, à 1180 Bruxelles. Tél. : 02 375 37 30. Senne a pris ses quartiers dans la très charmante rue de Bon Secours. C'est un peu le Bruxelles d'autrefois qui y coule des jours heureux à l'abri des grandes artères. Installée dans le cadre d'un ancien commerce, un dépôt de cartouches de chevrotine, dont les propriétaires ont eu l'intelligence de garder les grandes lignes, Senne se veut épicerie fine dédiée aux produits rares : sauces africaines, biscuits kasher, vins du monde et huiles spéciales. Au milieu de ce temple gourmand, quelques tables dans la plus pure tradition bistro. On y mange sur le pouce des plats simples mais fleurant bon le home made. Pâtes, pain de viande, cannellonis, lasagnes, quiches... Une ode au goût du jour et à la fraîcheur du marché. Un petit bonheur simple qui s'affiche au prix léger de 15 euros. Senne, 4, rue de Bon Secours, à 1000 Bruxelles.Tél. : 02 502 24 26. Dans le numéro du 14 avril prochain, Weekend* eating livrera les nouvelles adresses en vue à Anvers.Michel Verlinden