En 1936, le poète, collectionneur et mécène britannique Edward James avait commandé à Salvador Dalí le fameux canapé reproduisant les lèvres de l'actrice Mae West, qui fascinaient tant le Catalan. A l'instar du homard-téléphone, l'objet était destiné à l'aménagement de la Monkton House, sanctuaire surréaliste perdu dans la verdoyante campagne du Wiltshire, et fut ensuite acquis par un musée, comme la p...

En 1936, le poète, collectionneur et mécène britannique Edward James avait commandé à Salvador Dalí le fameux canapé reproduisant les lèvres de l'actrice Mae West, qui fascinaient tant le Catalan. A l'instar du homard-téléphone, l'objet était destiné à l'aménagement de la Monkton House, sanctuaire surréaliste perdu dans la verdoyante campagne du Wiltshire, et fut ensuite acquis par un musée, comme la plupart de ses autres versions et prototypes de l'époque - le modèle le plus célèbre trônant au centre du salon Mae West dans le théâtre-musée Dalí à Figueras. Des années plus tard, à Milan, le Studio 65 s'échinait sur un projet de centre de fitness. Nom de code : Temple of Beauty. Au moment de déterminer quel élément allait dignement représenter la déesse des lieux, les jeunes architectes italiens osent un hommage à l'artiste espagnol et reprennent l'idée de son sofa lippu. Mais autres temps, autres sex-symbols : nous sommes au début des années 70, et l'aura de Marilyn Monroe n'a pas pâli malgré sa disparition prématurée, ce sont donc ses lèvres qui serviront de modèle à cette nouvelle mouture. Produite à seulement mille exemplaires estampillés par Gufram, la Bocca (" bouche " en espagnol) s'imposera dans les esprits comme le meuble glamour par excellence, et deviendra un authentique fantasme de collectionneurs, à la frontière entre design et art contemporain. En 2008 déjà, Gufram avait réactualisé son icône avec deux variantes modernes, Dark lady, sombre et piercée, et Pink lady, en fuchsia du plus bel effet, avant de célébrer son cinquantième anniversaire en 2016 avec une autre série très limitée, garnie d'or et intitulée Boccadoro. Cette fois, l'éditeur piémontais revient avec une petite révolution, un relooking unlimited ou presque pour le jubilé du pulpeux mobilier, marquant l'arrivée de vingt-cinq teintes inédites, tout l'arc-en-ciel et au-delà. De quoi offrir à son " abstraction de la beauté féminine " de nouvelles occasions d'embrasser les intérieurs, et prolonger sa légende en couleurs.